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Planet of the Apes. 2001.
Origine : Etats-Unis
Genre : Science-fiction
Réalisation : Tim Burton
Avec : Mark Wahlberg, Helena Bonham Carter, Tim Roth, Estella Warren...




Ironie du sort : c'est après avoir quitté un projet perdu dans un développement infernal (Superman Lives) que Tim Burton mit un point final à un autre projet au développement tout aussi tortueux : la seconde adaptation de La Planète des singes de Pierre Boulle. Avant lui, plusieurs réalisateurs furent attachés au projet, parmis lesquels Oliver Stone et James Cameron. Pas exactement le même profil que Burton. Mais celui-ci semblait alors bien décidé à se ré-essayer aux mastodontes hollywoodiens, dix ans après un Batman Returns dont les orientations typiquement burtoniennes semblaient prouver que le cinéaste n'était décidément pas fait pour se soumettre aux figures imposées par des gros studios qu'il avait d'ailleurs lui-même vivement critiqué dès son premier Batman. Et pourtant, était-ce pour se prouver à lui-même de quoi il était capable ou était-ce pour désamorcer les pressions dûes à son nouveau statut de réalisateur vedette, on ne le sait pas, mais toujours est-il qu'il accepta cette Planète des Singes pour le compte de la 20th Century Fox, ravie de pouvoir employer un réalisateur aussi bien coté et cette-fois décidé à ne pas mettre des épouvantails à l'écran toutes les dix minutes (une seule fois dans le film, celà lui suffit). Certainement amateur du livre d'origine ainsi que de son adaptation de 1968, Burton ne se livre en effet aucunement aux appropriations effectuées par exemple sur le second Batman. Son histoire, si elle s'affranchit logiquement de ses deux modèles, en conserve les grandes lignes. Le héros se nomme cette fois Leo Davidson (Mark Wahlberg), et c'est en allant à la rescousse d'un singe cobaye dont la capsule s'est perdue dans l'espace qu'il traverse une tempête éléctromagnétique qui le conduira à s'écraser sur la fameuse planète des singes. Là, l'humanité est réduit en esclavage par la dominante société simiesque. Seule Ari (Helena Bonham Carter), fille d'un important politicien, se consacre à la défense des droits de l'homme, malgré la réprobation de ses semblables, au nombre desquels figurent le Général Thade (Tim Roth), leader de l'armée qui bien qu'étant amoureux d'Ari est l'un des plus virulents opposants aux droits de l'homme. Venu des étoiles et parvenu à se libérer grâce à l'aide d'Ari, Leo va devenir la grande figure de résistance de l'humanité et va conduire celle-ci (en compagnie d'Ari et de son garde du corps) jusqu'aux territoires interdits, là où la société des singes est censée être apparue avec le premier des singes, Semos, dont Thad est censé être le descendant.



Rien que de très classique, donc. Vu comme cela, La Planète des singes selon Tim Burton ne serait qu'un Braveheart déplacé dans le milieu de la science-fiction, avec ses combats épiques pour la liberté, pour la dignité, opposant de gentils romantiques à de vilains militaires. La relative absence d'acteurs réguliers de Burton (Helena Bonham Carter ne supplantera Lisa Marie dans le coeur du réalisateur -pour notre plus grand malheur- qu'au terme du tournage) n'était pas faite pour rassurer les fidèles. Certes, il y a bien Glen Shadix et Lisa Marie dans de petits rôles, mais la troupe de Burton demeure très réduite (surtout qu'avec les maquillages de Rick Baker, toujours autant porté sur les macaques, il n'est pas facile de distinguer qui est qui). A ses habituels mascottes et à ses marques de fabriques, Burton préfère ici faire des clins d'oeil à la précédente adaptation cinématographique, reprenant quelques dialogues ou confiant un caméo à Charlton Heston dans le rôle du père de Thade, seul singe à disposer d'une arme à feu (référence aux engagements de l'acteur auprès de la NRA). Et pourtant, derrière ces allures plutôt impersonnelles, tout en prenant un sujet qui n'est pas le sien, l'ancien dessinateur de chez Disney parvient malgré tout à rattacher La Planète des singes à ses propres thématiques. Mars Attacks ! avait déjà prouvé les capacités de Burton à oeuvrer dans un sujet politique. La satire et le look rétro du film avaient alors dissimulé le changement de cap du réalisateur (qui avec Ed Wood avait bouclé une trilogie indirecte, commencée avec Edward aux mains d'argent et poursuivie avec Batmans Returns), mais il n'en restait pas moins que Burton ammorcait un nouveau départ. Sleepy Hollow fit office de paisible pause dans cette évolution, mais La Planète de singes la reprit de plus belle. Quelque part entre cette nouvelle vision politique très corrosive qu'on ne lui connaissait pas et entre sa fascination pour les marginaux, Burton tomba sur un thème logique, qui à forcer de parler des exclus de la société lui pendait au nez depuis longtemps : le racisme. Jusqu'ici plutôt sensible, le réalisateur s'était évertué à éviter ce thème violent, peu en adéquation avec ses inspirations poétiques. Mais avec son évolution sous le signe politique, impliquant l'abandon de sa patte si recherchée, le racisme allait être justement au coeur de La Planète des singes. En étant réduit à l'esclavage, l'humanité toute entière est appelée à connaître ce que certaines de ses soit-disantes "races" ont imposé à d'autres "races". Pour cela, Burton fait de la société des singes l'équivalent de la Rome Antique, paradoxal berceau de la démocratie aux structures politiques complexes n'hésitant cependant pas à faire de l'esclavage un des piliers de la société. Certains propos dépassent même le cadre Romain pour aborder des polémiques séculières (le commerce des esclaves, ou encore le déni d'âme chez les races jugées inférieures, sans parler de ce racisme au quotidien du type "ils se ressemblent tous") ou pour s'inscrire dans les pires heures du racisme humain (Thade qui évoque l'extermination de la race inférieure). Dans cette logique d'assimilation des singes à l'humanité, le réalisateur va jusqu'à donner à ses singes leur propre Messie, Semos, au nom duquel ce racisme est justifié. Il verse également à de rares occasions dans un humour un peu facile duquel on se serait volontiers passé (les gamins singes qui jouent au basket, les zonards...) ou dans une ironie tout de suite plus efficace (la signification que prennent les Droits de l'Homme dans ce monde de singes, l'adoption d'une fillette humaine effectuée comme nous mêmes allons aux refuges SPA pour adopter des animaux). Le procédé est tout de même un peu facile, et Burton se contente en réalité de renverser les rôles, plaçant le spectateur dans la peau des exclus. Sa vision du racisme n'a rien de bien inventive et concrètement, Burton ne fait que dénoncer le racisme ayant gangréné l'histoire humaine. Il en remet même une couche par le biais de son héros qui, pénitent, prend conscience du traitement reservé aux singes par les Terriens, qui en font des objets d'expérimentation ou les parquent dans des zoos après avoir détruit leur habitat. Il oublie au passage que les singes terrestres, contrairement aux hommes sur la planète des singes, ne sont pas exactement réduits en esclavage et que leur cas relève plus de la SPA que de SOS racisme. Et il n'évite pas non plus le couplet sur l'intelligence, qui au vu des massacres sur Terre n'est pas forcément une bonne chose.



En revanche, le film se fait davantage interessant dans la liaison qui unit Leo et Ari, l'homme et la singe. Cette liaison contre-nature, défiant totalement les normes à la fois de la société humaine et de la société simiesque, évoque l'amour unissant Johnny Depp et Wynona Ryder dans Edward aux mains d'argent. Nous retrouvons là un Burton provoquant, qui joue de sa métaphore assimilant les singes aux humains pour mieux traduire la prédominence des sentiments sur les normes morales et, ici, raciales. Les pontes de la Fox, peu ouverts aux métaphores, n'y virent qu'une romance entre un homme et une macaque, et tentèrent de pousser Burton à amoindrir cet aspect. Ils mirent notamment à sa disposition Estella Warren, blonde pulpeuse éprise du héros, que Burton n'arrive pas vraiment à gérer. Ses interventions dans le récit, en plus d'être inutiles, semblent réellement être une contrainte pour le réalisateur. D'autres défauts typiquement hollywoodiens parsèment le récit, mais ceux-ci semblent avoir été bel et bien le fait de Burton lui-même : un personnage principal plutôt quelconque (gros désaventage pour un "sauveur", surtout que ses bestiaux ennemis en imposent), un combat aux velléités épiques caricaturales (le héros qui va secourir un enfant), et puis bien sûr un dénouement coup-de-théâtre cherchant à mêler la fin du livre de Pierre Boulle à celle du film de Franklin J. Schaffner. Ce dénouement, incompréhensible, fit couler beaucoup d'encre, obligeant Burton à donner une explication guère convaincante, selon laquelle tout aurait été expliqué dans la séquelle, qui avait déjà été prévue mais qui fut annulée suite aux résultats décevant du film au box office. Mouais. De toute façon, dès qu'une faille spaciotemporelle apparaît quelque part, comme c'est le cas ici, la situation dégénère vite en bordel.

L'entrée professionnelle de Tim Burton au vingt-et-unième siècle se fit donc de façon maladroite. Ne tenant guère son pari de s'illustrer dans le "blockbuster" hollywoodien et n'arrivant pas vraiment à traiter le thème du racisme de façon inventive, le réalisateur allait tout de suite se voir critiqué férocement. Et pourtant, la tolérance veut que tout le monde ait droit à des erreurs.

Loïc Blavier

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