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Persepolis. 2007.
Origine : France
Genre : Film d'animation / Comédie dramatique, historique et autobiographique
Réalisation : Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud
Avec les voix de Chiara Mastroianni, Catherine Deneuve, Danielle Darrieux, Simon Abkarian...


Autant le dire d’emblée, ce film est une merveille ! Et un prix du Jury à cannes amplement mérité !
Persepolis raconte l’histoire de Marjane, petite iranienne pleine de rêves, choyée par des parents modernes et cultivés, qui grandit dans un pays en révolution et en guerre. Persepolis c’est aussi l’histoire d’un pays, de la révolution qui provoquera la chute du régime du Chah et l’instauration de la république Islamique et son cortège de règles morales sur la tenue et le comportement...
Adapté de la toute première bande dessinée iranienne dans laquelle la talentueuse auteur résume habilement l’histoire de ces 30 dernières années en Iran en passant par le prisme de sa vie à elle, de son ressenti et de ses sentiments.

Il en résulte donc un film à la foi personnel et fort, qui traite de sujets graves avec sensibilité, humour et humanité. Le film se situe à des lieues de toutes les productions Disney, à la fois par l’intelligence et l’engagement de son propos, que par le ton employé, frais, tendre et humoristique. En choisissant de se concentrer avant tout sur l’histoire de cette jeune femme et sur son passage à l’âge adulte, le film évite à la fois de tomber dans un moralisme donneur de leçon lourd à digérer et de faire une œuvre politique impersonnelle et ennuyeuse. En effet Persepolis attache plus d’importance à la narration d’une histoire vraisemblable et peuplée de personnages drôles et incroyablement attachants. De la petite fille aux réactions naïves et spontanées jusqu’à l’adulte lucide et à la langue pendue, le spectateur n’aura aucun mal à éprouver une sympathie profonde et réelle pour l’héroïne. La narration est de plus particulièrement bien menée, on ne s’ennuie jamais, on rit beaucoup et on éprouve beaucoup d’émotions. Marjane Satrapi a su trouver un ton juste et incroyablement approprié pour son film. Elle s’y dévoile avec humanité, elle adopte le ton subjectif, sincère et sans prétention qui convient à cette histoire. Ses talents de conteuse sont criants, et c’est sans peine qu’elle embarquera les spectateurs avec elle dans son histoire.
Le film prend aussi parti de montrer des évènements qui n’ont rien à voir avec l’histoire de l’Iran proprement dite, comme lors de ses passages hilarants ou la petite fille décrit son admiration pour Bruce Lee, va voir Godzilla au cinéma, ou Terminator à la télé. Citons également ce sublime passage où la musique de Rocky est reprise !

Mais si l’histoire de l’héroïne prend le devant de la scène, l’arrière plan engagé et historique n’en est pas moins prégnant. Persepolis est un film important, car avant tout instructif. Ce film est un témoignage sur ce qu’est devenu l’Iran. Si le trait est également parfois forcé et éminemment subjectif, il n'en est pas moins criant de vérité dans la mesure ou il s’attache à décrire le ressenti et le vécu d’une personne. Le film s’attarde donc dans la description des conditions de vie en temps de guerre, de la révolution, et surtout des iraniens eux-mêmes. Le film est très proche des gens, de la population; et la réalisatrice a fait le choix judicieux de raconter l’histoire de l’Iran « par le bas », préférant montrer une population dans une quête quasi désespérée de bonheur et qui n’hésite pas à braver les interdit islamiques pour boire, fumer et faire la fête.
Saluons aussi la fraîcheur du ton adopté et les répliques parfois cinglantes mais tellement vraies. Comment ne pas éclater de rire alors que Marjane enfant s’exclame de manière spontanée « Eh mais c’est un connard en fait ! » quand elle apprend que le Chah n’est pas « l’élu de Dieu » que vante la propagande ?
Ensuite, si Persepolis est évidemment une critique de la société islamique, l’occident en prend aussi plein la gueule, et on a droit à une description fine et lucide de nos sociétés désincarnées où on peut « crever dans la rue dans l'indifférence générale ».
Enfin, le film est une réussite éclatante du point de vue visuel. L’animation est vraiment parfaite, et les dessins épurés en noir et blancs conviennent parfaitement à ce récit et contribuent à lui donner une touche universelle. La légèreté du ton est aussi très bien servie par ce type de dessins, sans toutefois que ceux-ci n’handicapent les passages plus graves qui nous montrent les horreurs de la guerre.
Les images sont vraiment fraîches et originales, et le film se permet de très beaux passages oniriques et poétiques, alors que d’autres ont un ton réaliste et cynique, et que d’autres encore s’approchent de 1984 d’Orwell.

Bref, Persepolis est un bijou, une œuvre intelligente et d’une rare lucidité. Mais plus que tout c’est un film humaniste qui nous fera ressentir de l’empathie pour les héros, ainsi que tout un tas d’émotions diverses. Persepolis est un film drôle, émouvant, dramatique, poétique, terrible, tendre, tragique, touchant, hilarant…C’est un film qu’on regarde les larmes aux yeux et le sourire aux lèvres, un très grand film !

Arnaud Schilling

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