|
George Romero, Stephen King : deux noms viscéralement attachés au fantastique et dont l'association a fait rêver de nombreux producteurs. Dès la deuxième moitié des années 70, George Romero est approché pour adapter Salem au cinéma. Le brusque revirement des producteurs, qui décident d'en tirer un téléfilm, l'éloigne du projet. Ami et grand admirateur de Stephen King, George Romero va de déconvenue en déconvenue dès qu'il s'agit de réaliser l'adaptation de l'un de ses romans, même lorsqu'il s'est occupé de toute la mise en oeuvre (script, storyboard, découpage) comme ce fut le cas pour Simetierre. De ce fait, leurs noms n'ont réellement été associés qu'une seule fois, lors du film à sketches Creepshow, avant que George Romero puisse enfin porter à l'écran l'un des romans de son ami.
Si l'on excepte le début et la fin du film, La Part des ténèbres évoque davantage le "psycho killer" que le fantastique. Doté d'une vie propre, George Stark enchaîne les meurtres à l'arme blanche (hommage à Dario Argento, avec lequel il venait de collaborer pour Deux yeux maléfiques ?), tout en dispensant de ci, de là, quelques bons mots. Véritable émanation des mauvais penchants de Thad Beaumont, George Stark prend des allures d'un rocker ringard, tout droit sorti des écrits signés de son nom. George Romero tarde à nous le dévoiler, entretenant à loisir un suspense inutile. Etant le double de Thad, George possède les mêmes empreintes digitales, ce qui place le gentil écrivain en tête de la liste des suspects dressée par le shérif de Castle Rock, Alan Pangborne. Tout porte à croire que Thad souffre de schizophrénie, lointaine séquelle de sa tumeur cérébrale extraite durant son enfance, et qu'à ce titre, George n'a aucune existence concrète. Thad mènerait alors un combat plus mental que physique, dont l'issue entraînerait, quelle qu'elle soit, de fâcheuses répercussions sur le devenir de sa famille. Si il n'était pas aussi respectueux de l'oeuvre originale, George Romero aurait sans nul doute joué sur ce registre moins spectaculaire. En l'état, il semble avoir éprouvé les pires difficultés pour se dépatouiller de George Stark, personnage qui l'intéresse peu. Il préfère s'attarder sur le quotidien totalement chamboulé de Thad, ce dernier se trouvant en quelque sorte dans la peau de Victor Frankenstein, contraint de constater qu'il n'a plus aucun contrôle sur sa création. Toutefois, George Stark existe, et il faut bien composer avec sa présence. Dès lors, de "psychokiller, le récit devient policier, Thad devant à tout prix prouver son innocence tout en préservant sa famille du danger. Et George Romero de clore son film sur la confrontation tant attendue entre l'écrivain et son double maléfique. Une confrontation plutôt sobre, qui a la bonne idée de ne pas perdre de vue l'idée directrice du film au profit d'une quelconque débauche de violence. La lutte entre Thad Beaumont et George Stark est avant tout une lutte d'égo, chacun d'eux estimant n'avoir plus besoin de l'autre. Leur duel se fera donc un crayon à la main - les paroles s'envolent, les écrits restent.
Ce film marque les débuts d'un long passage à vide pour George Romero. Farouchement indépendant, il met un point d'honneur à ne réaliser que des films qui le motivent. Il faudra attendre le début des années 2000 pour revoir l'une de ses réalisations à l'affiche, en l'occurrence Bruiser, plutôt fraîchement accueillie. Le récent Land of the dead, loin de me rassurer sur ses capacités à se mouvoir dans l'industrie cinématographique actuelle, confirme qu'il demeure toujours autant prisonnier de ses zombies. Souhaitons-lui de s'extraire au plus vite de cette malédiction qui nous prive d'un passionné du fantastique en le cantonnant à la redite de ses oeuvres passées.
Bénédict Arellano |
Voir thème :
|
|
Textes et images © Association Tortillapolis. Tous droits réservés.