Parents. 1989. Origine : Canada / Etats-Unis Genre : Horreur / Comédie Réalisation : Bob Balaban Avec : Randy Quaid, Mary Beth Hurt, Bryan Madorsky, Sandy Dennis...
Le petit Michael (Bryan Madorosky) vient d'emménager dans une nouvelle ville avec ses parents (Randy Quaid et Mary Beth Hurt). Nouvelle maison, et nouvelle école, où il ne tarde pas à se faire remarquer pour ses penchants morbides, entretenus par sa seule amie, la marginale Sheila. Traumatisme du déménagement ? Pas du tout ! Michael est en fait persuadé que ses parents mangent de la chair humaine...
Le miracle économique, les débuts de la grande consommation, les progrès technologiques pour tous, les belles voitures, les couleurs pastels, les débuts du rock and roll (comme la chanson "Chantilly Lace" du Big Bopper, utilisée dans le film)... On ne peut trouver plus reluisant. Et c'est pourtant dans ce cadre que Balaban inscrit la fixation déviante de Michael. Quelle qu'en soit l'issue, la perversion est en tout cas de mise. Il est aussi tordu d'envisager que le jeune Michael soit un psychopathe en gestation que de considérer les parents comme des cannibales intégrés à la société. Car si le second cas choque à un niveau instinctif, le premier, en plus de rompre avec le charme policé des années 50, nous montre la dérive morbide d'un gamin somme tout assez banal, qui aurait tout pour être heureux au sein d'une famille aimante. Grâce au point de vue adopté par Balaban, l'objet de la rêverie de Michael, au lieu de s'inscrire dans les préoccupations habituelles des enfants de son âge, devient une obsession de mort, de sang, de chair. Loin d'être attendrissante, sa timidité devient inquiétante. C'est ainsi que le ressent l'assistante sociale de son école, déjà peu à l'aise en règle générale avec les enfants. Et la folie du moutard d'envahir de plus en plus son quotidien. En plus de la vision ironique sur une société adulte trop respectable, Balaban agrémente son film d'une vision de l'enfance particulièrement osée, rappelant que nos chères têtes blondes ne sont pas forcément aussi innocentes que cela. Michael n'est d'ailleurs pas le seul concerné : son amie Sheila prête elle aussi à confusion. Faut-il la croire quand elle affirme que son isolement est dû aux maltraitances de ses parents, ou bien faut-il croire ses parents, qui se dévoilent sous un jour tout à fait normal et bienveillant ? Dans le cas de Sheila comme dans celui de Michael, peu importe la vérité, finalement. Balaban aura fait d'une pierre deux coups, s'attaquant aussi bien aux adultes qu'aux enfants. Les deux sont aussi inquiétants, et on peut féliciter le réalisateur de ne jamais révéler définitivement le fin mot de l'histoire, se délectant de semer des indices ici où là, entretenant le mystère. Si l'on en croit uniquement les images, les parents de Michael sont effectivement cannibales. Mais faut-il croire ces images, quand l'on sait qu'elles sont issues de la perception du gamin ? Ainsi, comment interpréter cette scène où il découvre ses parents en train de faire l'amour ? Certes, il y a du sang sur leurs corps, et ils agissent en bêtes sauvages. Mais d'un autre côté, la scène est retranscrite dans un de ces élans surréalistes mentionnés plus haut, et il ne serait pas étonnant que Michael, ne comprenant pas grand chose au sexe, surtout lorsqu'il s'agit de ses très respectables parents, interprète ce qu'il voit en fonction de sa lubie. Les gros plans sur chaque tranche de viande, les effets de montage assimilant de la simple barbaque à de la chair humaine, les dialogues à double sens ("y'a un gros nonos à ronger" dit le père de Michael à sa femme pendant qu'ils s'échauffent devant le frigo), tout cela fait de Parents un film sur la corde raide, à la fois comique et dérangeant. Balaban surpasse même Brian Yuzna, qui sur sur un thème similaire avait livré avec Society son meilleur film. De nos jours, beaucoup de réalisateurs se verraient bien devenir les nouveaux Sam Raimi ou Peter Jackson, frappant fort dès leur premier essai. Et pour se faire, ils essayent systématiquement de copier sur le style furieux de leurs maîtres à penser, espérant marquer les esprits par la surenchère généralisée. Il y a vingt ans, pour le véritable coup d'envoi de sa carrière, Balaban a fait dans la discrétion, marchant un peu sur les pas de David Lynch tout en faisant un film qui en terme de répulsivité n'a rien à envier aux démonstrations gores. Bien qu'aujourd'hui on ne parle plus trop ni de Parents ni de Balaban, il y a fort à parier que ce n'est pas demain la veille que le premier Eli Roth venu saura réaliser un film aussi maîtrisé.
Loïc Blavier |