critiques


réalisateurs


acteurs


thèmes


origines



52 Pick-Up. 1986.
Origine : Etats-Unis
Genre : Polar adultérin
Réalisation : John Frankenheimer
Avec : Roy Scheider, Ann-Margret, John Glover, Clarence Williams III...


Harry Mitchell a tout pour être heureux. Une femme aimante et toujours attirante, un travail qu'il adore et qui nourrit plus que correctement son homme et, cerise sur le gâteau, un petit bolide qui fait la fierté de son propriétaire. Alors comment se fait-il que trois hommes le fassent chanter à cause d'une liaison extraconjugale? Tout simplement parce que le bougre a succombé aux sirènes de la tentation, oubliant un temps sa petite vie bien rangée.

Portant bien haut l'étendard du puritanisme, le peuple américain est toujours prompt à s'effaroucher du moindre écart d'un homme publique, quitte à s'en repaître à outrance. Qu'un président aime s'amuser avec un cigare et une secrétaire, et c'est le monde entier qui est pris à témoin. Derrière cette attitude moralisatrice se cache une forme de jubilation, comme si les gens trouvaient plaisir à déballer sur la place public tout le linge sale du gratin mondain. Un moyen comme un autre de se dédouaner. "Tu vois, chérie, notre président aussi, il trompe sa femme !" Dieu en personne l'a inscrit sur les tables de la Loi : "Tu ne commettras pas d'adultère". Pour les éventuelles brebis galeuses, qui prennent malin plaisir à sécher les cours de catéchisme, le cinéma se propose aimablement de les mettre en garde. C'est bien simple, tout adultère entraîne une punition. Non, pas divine, il ne faut pas déconner. Dieu a autre chose à faire que de s'intéresser à nos histoires de fesses. La paix dans le monde, ça ne s'instaure pas en six jours.
Harry Mitchell ne déroge pas à la règle. Pourtant, ce n'est pas l'envie qui lui manquait. Après trois mois d'amusement, il s'est dit qu'il était temps d'arrêter les conneries. Sauf que les événements ne lui laisseront pas le loisir de rompre avec sa jeune maîtresse. En lieu et place, il trouve trois hommes masqués qui lui révèlent la vérité. Cette jolie jeune femme travaillait pour eux et, maintenant, ils disposent de suffisamment de preuves pour le faire chanter. Mine de rien, il s'agit d'un rude coup porté aux certitudes et au sex appeal de Harry. De constater qu'il pouvait encore plaire à de jeunes femmes l'a encouragé à braver l'interdit. Du haut de sa cinquantaine, il s'est enorgueillit de pouvoir satisfaire une aussi jeune femme. Sa volonté de rompre avec elle ne signifie en rien qu'il souhaite revenir à la monogamie. Au contraire, cela semble s'inscrire dans un parcours de réaffirmation de sa virilité. Tout vieux qu'il soit, c'est encore lui qui prend les devants, même avec une jeunette. Cela lui donne le sentiment de ne pas être tributaire des événements, ni des éventuelles sautes d'humeur de sa maîtresse. Le chantage dont il est victime le renvoie au statut d'un simple pantin, peu enclin à faire se pâmer les femmes devant lui. Tout l'univers qu'il s'est échiné à construire tout au long de sa vie se retrouve réduit à néant. Cet imprévu l'oblige à tout avouer à son épouse, dont les ambitions politiciennes seraient incompatibles avec un scandale de ce genre. Lors de cette scène d'aveux, le film aurait pu emprunter une voie tout à fait différente de celle finalement choisie. Au moment de cracher le morceau, Harry se montre particulièrement évasif quant au devenir de la jeune femme. Il n'entre pas dans les détails. Cet élément, anodin de prime abord, prend de l'importance lors de la mort de la fille. A partir de là, Harry aurait pu être soupçonné du meurtre, par les forces de l'ordre tout d'abord, mais, plus grave, par sa propre épouse. Or le film préfère s'orienter vers la tentative de Harry pour se réapproprier son autonomie. Dès lors, l'adultère initial perd de son importance, bien que cette révélation jette un froid dans les rapports entre Harry et Barbara, son épouse. Cependant, on peut compter sur les scénaristes pour que les péripéties à venir conduisent à la reformation du couple.
Mais revenons-en à Harry, héros du film, ne l'oublions pas. Véritable "self made man", il ne tolère pas qu'un trio d'extorqueurs à la manque rogne sur son niveau de vie. De pantin, il passe au rôle de marionnettiste. Désormais, c'est lui qui tire les ficelles, jouant sur la cupidité des maîtres chanteurs, dans le but de les monter les uns contre les autres. Par là même, il affiche sa supériorité, et oppose la solidité de son couple (le divorce, voire une simple séparation, n'ont jamais été évoqués) à la fragilité de leur association.

D'ordinaire solide artisan, John Frankenheimer peine à insuffler de la vitalité à son film. En outre, Paiement cash souffre d'un traitement beaucoup trop sage, alors que la plongée de Harry Mitchell dans le milieu du sexe californien aurait pu revêtir les oripeaux d'une descente aux enfers. Finalement, Harry gère tout ça comme un chef, bien aidé, il est vrai, par l'extrême naiveté de l'opposition. Si le film évite de sombrer dans une banale illustration de la loi du talion, Harry use davantage de ses méninges que de sa force brute, il n'évite pas l'écueil du couple encore plus fort dans l'adversité. Bien que coupable d'un léger faux pas, Harry n'a pas à en souffrir plus que ça, car l'amour est toujours le plus fort. C'est beau de voir la vie en rose.

Bénédict Arellano

Textes et images © Association Tortillapolis. Tous droits réservés.