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Orca, the killer whale. 1977.
Origine : Etats-Unis
Genre : Aventure maritime
Réalisation : Michael Anderson
Avec : Richard Harris, Charlotte Rampling, Will Sampson, Bo Derek...


Au large des côtes canadiennes, le Capitaine Nolan (Richard Harris) et son équipage s’apprêtent à harponner un requin blanc lorsque la présence impromptue de la biologiste Rachel Bedford (Charlotte Rampling), qui plongeait dans les parages, et de son assistant les coupe dans leur élan. Alors qu’elle monte à bord du bateau de Nolan, son assistant tombe à l’eau, constituant une proie de choix pour le requin blanc. Il ne doit la vie sauve qu’à la venue inespérée d’un orque qui expédie le prédateur des mers dans l’au-delà. Ebahi par ce qu’il a vu, le capitaine Nolan se passionne soudain pour l’orque. Une passion intéressée puisqu’il envisage d’en capturer pour les vendre à des zoos aquatiques. Il se met rapidement en chasse mais sa tentative se transforme rapidement en cauchemar. Il blesse mortellement la femelle enceinte, s’attirant l’ire du mâle. Doué d’une mémoire incroyable, l’orque n’aura de cesse de pourchasser Nolan pour se venger.



Un succès comme celui des Dents de la mer ne pouvait rester sans conséquence. Au-delà des inévitables suites à venir du film de Steven Spielberg (Les Dents de la mer – deuxième partie sort en 1979), d’autres films allaient s’engouffrer dans la brèche des prédateurs venus de la mer. Après sa tentative osée de redonner vie à King Kong l’année précédente, Dino De Laurentiis se lance dans le sillage du requin de Steven Spielberg en produisant Orca qui, comme son titre l’indique, s’intéresse à ce cétacé réputé très vorace. La mise en scène incombe à Michael Anderson dont la réputation de bon faiseur de films d’action a dû peser dans le choix effectué par Dino De Laurentiis. Il aurait été facile pour les deux hommes de s’atteler à un banal ersatz du film de Steven Spielberg. Or, si Orca en épouse la structure (première partie, l’orque attaque la ville portuaire ; deuxième partie, l’affrontement en haute mer), il n’en partage pas les ambitions. Michael Anderson ne cherche pas à œuvrer dans le thriller, et encore moins à jouer sur l’attente d’une éventuelle attaque. L’orque a ceci d’avantageux par rapport au requin blanc qu’il peut être apprivoisé. Dès lors, il n’est nul besoin d’avoir recours à un orque mécanique puisque dans la majorité des cas, les scènes maritimes peuvent être tournées avec un vrai orque. Cela offre à ces scènes un surplus de véracité non négligeable. La présence du personnage du biologiste répond également à ce souci de réalisme. Que ce soit Les Dents de la mer ou Orca, il est amusant de constater que dans les deux cas, le personnage du biologiste annonce l’orientation du film. Dans le premier, le biologiste interprété par Richard Dreyfuss insiste sur le côté carnassier et dangereux du requin blanc, conformément au souhait du réalisateur de jouer sur la peur ancestrale que ce poisson inspire à l’homme. Alors que dans le second, le personnage de Rachel Bedford apporte un éclairage nouveau sur un mammifère que l’on connaît finalement peu. Sans pour autant nier son statut de prédateur des mers, elle attire l’attention sur l’intelligence de l’épaulard qui, par bien des aspects, se révèle supérieure à la nôtre ainsi que sur ses penchants pour la monogamie et ses qualités parentales. Elle nous sensibilise -et le film avec elle- aux qualités d’un animal qui ne devrait pas être considéré que comme un trophée de pêche. Partant de là, l’orque du film devient un personnage à part entière, doté de sentiments et agissant selon un but bien précis. Il ne constitue en aucune façon une menace invisible, et n’agit pas aveuglément. Sa présence va bien au-delà de celle d’une espèce de croquemitaine, elle a valeur de rappel quant à l’extrême complexité du monde animal et quant au besoin d’apprendre à le connaître plutôt que de le dépeupler. Le capitaine Nolan va l’apprendre à ses dépens.



Au début du film, le Capitaine Nolan incarne à la perfection le danger que l’homme peut représenter à l’encontre des espèces animales de toutes sortes. Tout pêcheur qu’il soit, sa méconnaissance de la faune maritime en dit long sur le peu de considération qu’il a envers les multiples espèces qui peuplent les fonds marins. Tout ce qui l’intéresse, c’est l’argent que certaines d’entre elles peuvent lui rapporter, le requin blanc en tête. Rémunéré en fonction de la taille de ses prises, l’orque a de quoi susciter son intérêt. Il profite de sa rencontre avec Rachel pour en savoir un peu plus au sujet du cétacé. A la passion et au respect que Rachel éprouve pour les orques, Nolan oppose toute sa morgue pour ce qu’il ne considère que comme un gibier de plus. La traque est inévitable et celle-ci constitue le passage le plus éprouvant du film, représentatif de la volonté des auteurs de nous faire ressentir au plus près la souffrance éprouvée par l’orque. Ce dernier, père de famille, devient par la seule faute de Nolan et de son aveuglement, veuf et sans enfant. Attribués à un orque, ces termes peuvent prêter à sourire et pourtant, ils correspondent tout à fait à la situation et à l’optique du film. Alors qu’il souhaite capturer des orques vivants, Nolan, en blessant gravement la mère, provoque en elle des pulsions suicidaires. Celle-ci, émettant des sons déchirants de douleur, se jette volontairement sur l’hélice du navire avant d’être finalement hissée à bord. Là, son fœtus se retrouve éjecté sur le pont où il meurt sous le regard horrifié, et de Nolan et son équipage et de l’orque mâle. Pour le cétacé, Michael Anderson accentue l’anthropomorphisme déjà latent dans les propos de Rachel en nous gratifiant d’un gros plan sur son œil humide. Un autre gros plan suivra sur l’œil du mammifère lorsque celui-ci fixera le capitaine Nolan, le responsable de tous ses maux. On dit l’orque doté d’une remarquable mémoire visuelle et d’un instinct de vengeance très développé, égal à celui de l’homme. Et toute la suite de l’intrigue de jouer sur ce ressort dramatique, jouant du parallèle entre le passé de Nolan et ce que vit l’orque mâle. Car au fond, Nolan n’est pas un mauvais bougre. Il cherche juste à regagner sa liberté en exerçant le seul métier qu’il maîtrise à peu près. Son incrédulité du départ se mue progressivement en compassion pour l’animal à mesure que celui-ci fait montre de toute sa détermination. Lui aussi a perdu femme et enfant, et sans doute que lui aussi aurait aimé pouvoir les venger. Finalement, l’orque représente en quelque sorte son double, et c’est ce qui l’effraie. Il n’est alors pas question d’un combat métaphorique entre l’homme et dieu comme dans Moby Dick, mais plus simplement de la lutte d’un homme en proie à ses démons intérieurs. Dans le rôle pas facile de celui par qui le malheur arrive, Richard Harris s’avère parfait. Il exprime à merveille les vacillements d’un homme aux airs d’enfant mal dégrossi que l’entêtement d’un animal amène à se questionner en son for intérieur. Pour une fois, il ne peut plus se contenter de fuir, devant faire face à ses responsabilités.



Techniquement, le film est parfait. Grâce à la présence de véritables orques, chaque scène d’attaque brille par sa fluidité et sa clarté. En dépit de sa forte corpulence, l’orque se révèle très agile et surtout très rapide. Et puis le film le dote d’une intelligence qui le rend machiavélique. En l’espace de quelques nuits, il parvient à monter tout un village contre Nolan, l’homme dont il souhaite la mort, et réussit à le sortir de sa torpeur lors d’une scène que n’aurait pas désavoué Bruce, le requin de Spielberg. Cependant, tout n’est pas parfait. A trop se focaliser sur le combat à mort entre Nolan et l’orque (dans de superbes paysages glacés), Michael Anderson en est réduit à sous-exploiter les personnages alentours. Passé la conférence que Rachel donne au début du film, son personnage perd au fil des minutes tout intérêt pour devenir l’égale d’une potiche durant les scènes en haute mer. Mais cela n’est rien en comparaison de son assistant -Ken- dont la présence aléatoire ne se justifie jamais, si ce n’est à la fin par le souhait évident du réalisateur de parsemer son film de quelques morts. Et ce ne sont là que des exemples parmi d’autres qui témoigne d’un gros problème de traitement des personnages annexes. Malgré ce bémol, Orca se révèle très intéressant par son approche et d’une grande efficacité. Et pour rendre hommage aux épaulards, il constitue une option bien plus sérieuse que le mièvre Sauvez Willy et ses suites.

Bénédict Arellano

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