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The Story of Dr. Wassell. 1944.
Origine : Etats-Unis
Genre : Aventures
Réalisation : Cecil B. DeMille
Avec : Gary Cooper, Laraine Day, Signe Hasso, Dennis O'Keefe…




Médecin de l'Arkansas, le docteur Wassell s'engage dans un dispensaire en Chine. A la déclaration de guerre entre Japon et Etats-Unis, il est envoyé à Java pour évacuer des blessés. Sa conduite héroïque, bien qu'il ait désobéi aux ordres, lui vaudra d'être décoré.

Patriotisme, nationalisme, impérialisme colonial et bons sentiments sont au rendez-vous de ce qui reste un must du bariolage d’aventures si chère à son réalisateur, avec comme étendard, un héros au grand coeur comme on n’ose plus en faire. Celui-ci, en plus de sauver une bande soldats blessés en leur faisant traverser l’océan (ce, en désobéissant à la hiérarchie militaire en temps de guerre !), se verra remercié puis montré comme exemple de dévouement par le président des Etats-Unis himself, Franklin Delano Roosevelt. Histoire on ne peut plus véridique puisque c’est en entendant l’allocution dudit président que Cecil B. DeMille décida d’en faire un film. De là à penser que sa retranscription au-delà du discours est fidèle, il y a un pas que je ne franchirais pas. Tout d’abord ça n’est pas le but de son réalisateur qui a rarement été aussi idéaliste dans son propos et c’est bien cette naïveté toute républicaine qui paradoxalement en fait le charme, ainsi que le ridicule, il faut bien l’admettre. Voir un soldat hollandais, ne voulant pas quitter sa colonie, se sacrifier en restant à son poste, puis se prendre une balle et se tordre avant de mourir en lâchant toutes ses dernières forces dans un : « God save the queen ! » improbable, est aujourd’hui implacable. Ca ne fonctionne pas et l’on croirait assister à une parodie du film de genre aventures guerrières patriotiques un peu comme l’aurait fait Blake Edwards et son soldat indien de Gunda Din dans sa Party. Soit, on peut le remettre dans son contexte et les enjeux n’étant pas les mêmes, il fut une époque où cela conservait encore un sens, quand bien même outré, ce n’est hélas plus le cas.



Je dis hélas, car cette Odyssée du Dr Wassell fut l’un des gros chocs télévisuels de ma tendre enfance. Pensez-vous ! Un médecin qui trouve un vaccin miraculeux dans une Chine envahie par le Japon, un homme dont l’intégrité et l’obstination à faire le bien a tout de la figure héroïque à laquelle l’enfant aime à se rattacher ! Difficile toutefois de garder son âme d’enfant intact et c’est peut-être là qu’est à la fois la magie et la faiblesse du cinéma de DeMille. Un peu de magie donc, car on y retrouve ici tous les ingrédients dits de l’âge d’or hollywoodien, à savoir, romance, drame, humour, guerre, exotisme, aventures, bref un joyeux mélange de genre dans lequel son réalisateur se montre très habile. En témoignent les trois flashs-backs mettant en scène Gary Cooper (le fameux Corydon Wassell donc) et qui s’insèrent on ne peut mieux en plus d’enrichir, et son personnage, et l’intrigue, sans jamais nuire au rythme. De la faiblesse aussi, car tout cela ne dépasse jamais le cap de la pure naïveté à ce jour dépassée avec des valeurs qui le sont toutes autant. Soit, c’est avec passion que DeMille décrit l’abnégation et la ténacité de son héros, luttant au milieu des dangers et à travers la jungle pour arracher à la mort ceux dont il se considère être le seul espoir, mais pour se faire il passe par un manichéisme autant intimiste que politique. Ainsi, l’histoire d’amour avec Laraine Day avec comme aboutissement le sacrifice de notre héros, peut facilement paraître désuette à l’instar du décorum qui les entoure, semblant comme ‘pastellisé’. De même le respect sans borne des soldats et de chaque personnage passant par là, envers notre saint homme semble forcé, appuyé, pour tout dire, d’une sincérité idéaliste pesante et surtout peu crédible à hauteur humaine. On le sait, l’être humain n’est pas fait d’un bloc de bonté ou de générosité. Du coup, à force de mettre l’accent sur l’admiration qu’a son entourage pour notre bonhomme, Cecil B. DeMille tire sur la corde jusqu’à dépasser la limite. Les plans d’avions alliés décollant en toile de fond derrière une bannière américaine navale, tandis que la lyrique partition de Victor Young s’emballe, sont à ranger dans la catégorie du kitch et l’on peut légitimement se dire qu’un Howard Hawks fut dans ses réalisations estampillées ‘effort de guerre’ beaucoup plus fines et inspirées, et ce n’est pas le seul à dépasser en subtilité monsieur DeMille. Il en va de même pour ces soldats anglais, débarquant en Jeep à Java en chantant comme dans les meilleures comédies musicales, voilà qui prête encore à rire. Il y a comme un fossé générationnel là-dedans. Mais bon voilà, le paradoxe c’est que Cecil B. DeMille a toujours œuvré aux abords du rococo qui confère aujourd’hui à ses films, le charme des cartes postales d’antan ou bien même de certains romans photos surannés, et c’est à ce niveau uniquement que l’on peut apprécier le spectacle. Spectacle dont on peut du reste aisément relever certains défauts plus classiques. Un certain statisme dans sa mise en scène dans sa première partie, trop confinée dans l’hôpital de fortune de Corydon Wassell et embarrassée d’une histoire d’amour parallèle entre une infirmière javanaise et un soldat américain (L’histoire entre Cooper et Laraine Day aurait suffit), des personnages trop désintéressés pour être honnêtes (non, la Terre n’est pas uniquement remplie d’anges avec comme seuls diables de vilains jap !). En revanche lorsque le film se fait moins bavard et tombe dans le pur récit d’aventures, c’est un vrai régal. Régal pour les yeux grâce à ses faux extérieurs somptueux, de par ce Bonze géant dans une jungle auprès duquel Wassell ira se recueillir un temps pour trouver le courage de sauver ses malades d’une mort certaine, et par des scènes d’action portées parfois par un souffle étonnant. Le metteur en scène a le mérite de n’avoir pas peur du ridicule, du coup parfois ça marche, parfois son excessivité fait un effet boomerang et se retourne contre son œuvre elle-même.



Gary Cooper qui aimait bien tourner avec DeMille malgré les remarques de ses proches (Une Aventure de Buffalo Bill, Les Tuniques écarlates, Les Conquérants d’un nouveau monde) est ici épatant et porterait sinon le film, avec tous les défauts qu’on peut bien lui trouver à ce jour, sur ses épaules. Charismatique en diable, beau comme un Bouddha, il illumine cette aventure patchwork de sa présence.
Soit, politiquement, il n’est pas certain qu’à ce jour, si l’on tournait un tel spectacle, les japonais seraient décris comme les envahisseurs de Java. C’est même certainement vers leurs colons néerlandais qu’on s’en prendrait, mais c’est une autre affaire. L’affaire une fois encore d’un autre temps dirons-nous. De toute façon Cecil B. DeMille a toujours fait manifestement parti de l’ancien temps, aussi, il est clair que si l’on n’est pas disposé à accepter cela, on ne goûtera guère la chose. Si l’on parvient à faire l’impasse là-dessus et à laisser ses convictions de côté, en même temps que d’être prêt à s’embarquer pour remonter un peu le temps, on peut s’en contenter facilement et même s’en délecter. Il me semble que l’aventure ou plutôt ‘l’odyssée’ est à tenter.

Gilles Vannier

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