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Octopussy. 1983.
Origine : Royaume-Uni / Etats-Unis
Genre : Action sporadique
Réalisation : John Glen
Avec : Roger Moore, Maud Adams, Louis Jourdan, Kristina Wayborn...



L'agent 009 ne possédant pas son talent, ni son aptitude à rester en vie, James Bond est contraint de le remplacer et de reprendre son enquête depuis le début. De nombreuses pièces issues des joyaux constituant le trésor historique de l'U.R.S.S. sont revendues un peu partout dans le monde et James Bond doit démanteler cet évident trafic. Un trafic qui cache de noirs desseins dont la finalité n'est, ni plus ni moins, que la résurgence d'une puissance trop hâtivement oubliée.



Depuis maintenant trois décennies, James Bond revient inlassablement occuper les cinémas du monde entier. Enfin, inlassablement, il faut le dire vite. Nous en sommes déjà au troisième interprète du célèbre agent secret et, le dernier en date se montre de plus en plus réticent à reprendre du service. Son refus de s'engager sur le long terme pousse la production à prospecter en quête d'un nouveau James Bond. Elle semble l'avoir trouvé en la personne de James Brolin, titulaire des mêmes initiales que le héros récurrent. Un signe. Sentant l'argent lui filer sous le nez, Roger Moore accepte finalement de reprendre le rôle. Prime est rendue à l'ancienneté.
Le visage de plus en plus marqué, Roger Moore peine à nous cacher l'imminence de la retraite. Pourtant, il ne change rien à son jeu, tout en décontraction et en oeillades rieuses. Il traverse ses aventures d'un pas assez tranquille, cédant sa place à une doublure dès que ça chauffe trop pour son matricule. Nous ne sommes pas loin de l'espionnage en pantoufles. D'ailleurs, les pantoufles devaient être de mise pour toutes les personnes qui ont officié sur ce film. En tout premier lieu, l'histoire ne brille guère par son originalité. Fini le temps des mégalomanes disposant de moyens colossaux pour arriver à leurs fins et, tellement sûrs de leur force qu'ils n'hésitaient pas à faire part au monde entier de leurs plans machiavéliques. Sur sa route, James Bond croise Kamal Khan, un prince richissime qui ne cherche qu'à amasser encore plus de richesses. Un ennemi sans envergure qui bénéficiera d'une des morts les plus anonymes qui soient au sein de la série. Il aura aussi le plaisir de rencontrer, fugitivement, le général Orlov. Nostalgique de la grande U.R.S.S des années 50-60, Orlov souhaite convertir le monde au socialisme en usant de la force, alors que ses homologues prônent une méthode plus pacifique. Lui n'aura pas l'honneur de mourir des mains de 007. Il paie sans doute des motivations et des méthodes trop proches d'un certain réalisme. Et le réalisme, James Bond s'y frotte le moins possible.
Succès aidant, les enquêtes de 007 deviennent de plus en plus abracadabrantes. Dans Octopussy, cela se matérialise par deux scènes aériennes qui ouvrent et closent le film. Deux scènes improbables qui contribuent à rendre presque surhumain l'insubmersible agent secret. Paradoxalement, toutes les scènes d'action manquent cruellement d'énergie, comme calquées sur le détachement de Roger Moore. Et puis il y a toujours ce gênant second degré, pour rester gentil, qui suit pas à pas le héros depuis que Roger Moore en a enfilé le smoking. Ainsi entendons-nous le cri de Tarzan lorsque James Bond utilise une liane pour échapper à ses ennemis. Un James Bond qui flirtait déjà dangereusement avec le monde du cirque dans le navrant L'Homme au pistolet d'or et qui, près d'une décennie plus tard, n'hésite plus à y plonger allègrement. Déguisé en gorille puis en lanceur de couteaux, le clou du spectacle est atteint lorsque le meilleur agent secret de sa majesté revêt le costume d'un clown. Son irruption, ainsi accoutré, sur la scène du cirque provoque son lot de rires parmi le jeune public. A n'en pas douter, il en fut de même dans les salles obscures. Pour élargir encore un peu plus son audience, James Bond se mue en véritable amuseur public, rôle qui le met quelque peu en porte à faux par rapport à son statut d'agent d'élite. Mais le pire est atteint sur le plan de l'exotisme. Grand voyageur devant l'éternel, James Bond arpente le monde en logeant toujours dans les plus grands palaces. Cela sied parfaitement à l'image de gentleman qu'il aime donner de lui. Sauf qu'ici, l'exotisme prend des allures de tourisme bas de plafond. La poursuite en triporteurs sert de prétexte aux scénaristes pour insérer tous les clichés possibles et imaginables sur l'Inde. En un cours laps de temps, Bond croise tour à tour un fakir, un avaleur de sabre et franchit un tas de cendres chaudes. Le tout sur un mode comique du plus mauvais effet. On se croirait revenu du temps de Tintin au Congo.



Bien qu'il fasse partie des plus mauvais épisodes de la saga, Octopussy dispose tout de même de l'un de ses personnages féminins les plus intéressants. Incarnée par Maud Adams, qui joue dans la série pour la deuxième fois (un record!), Octopussy est une femme qui a su se faire une place dans un univers exclusivement masculin. Elle s'est construite toute seule avec un franc succès. En plus de ses activités de receleuse, elle possède un cirque et une chaîne d'hôtels. Elle a bâti de ses mains un immense empire qui rendrait jaloux bien des hommes. Elle s'est également constituée un harem, sorte de terre d'asile pour toutes les femmes cherchant à fuit le machisme ambiant. On la devine peu attirée par les hommes. Malheureusement, ce personnage souffre de la médiocrité environnante. A peine apparaît-elle que James Bond l'entraîne déjà dans son lit, coupant court à tout éventuel développement. Une James Bond Girl ne peut faire de l'ombre au héros, ni même être son égal. Il s'agit là d'une constante invariable de la série, toujours en vigueur aujourd'hui.

En cette année 1983, le public eut droit à deux James Bond, tout deux interprétés par des acteurs vieillissants. La différence se joua sur la manière d'appréhender le personnage. Dans Jamais plus jamais, le James Bond dissident, Sean Connery reprend du service, acceptant de jouer sur son âge, alors que Roger Moore, le James Bond officiel, procède comme si de rien n'était, préférant entretenir l'illusion le plus longtemps possible. Et cela a marché puisque Octopussy fit plus d'entrées que son concurrent. A croire que le public s'était installé dans un confort identique à celui des concepteurs de cet énième épisode.

Bénédict Arellano

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