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The Offspring. 1987.
Origine : Etats-Unis
Genre : Horreur
Réalisation : Jeff Burr
Avec : Vincent Price, Susan Tyrrell, Martine Beswick, Clu Gulager...


Katherine White (la vénérable Martine Beswick amorçant un retour au cinéma après des années de télévision), la tueuse en série qui officiait dans les alentours d'Oldfield dans le Tennessee, est exécutée par empoisonnement. La scène de sa mort et son regard de démente fait forte impression sur Beth Chandler (Susan Tyrrell), une journaliste qui décide alors d'aller illico à Oldfield pour rendre une visite à Julian White (Vincent Price), oncle de Katherine, bibliothécaire et historien de la ville. A travers différents récits, il essaiera de la convaincre que sa nièce s'inscrit dans la tradition macabre d'une ville pas comme les autres...

Après s'être fait brièvement remarquer dans quelques festivals avec Divided we fall, un drame situé dans le contexte de la Guerre de Sécession co-réalisé avec son ami Kevin Meyer, Jeff Burr revient à ses premières amours : le cinéma d'horreur. Grand consommateur de séries B dans son enfance, il opte pour une structure de film à sketchs qui depuis Creepshow connaissait un certain regain d'intérêt. Doté d'un budget minime mais d'un enthousiasme communicatif, il parvient à convaincre un Vincent Price en pré-retraite de tourner pour lui. Ce n'est pas seulement une aubaine : c'est le choix parfait pour le rôle de ce vieux bibliothécaire vivant seul dans son manoir reculé, au milieu de bouquins poussiéreux et de meubles qui ne le sont pas moins. Avec le temps et la mort du grand acteur en 1993, ce fut aussi la dernière véritable apparition de Price dans un rôle macabre "à l'ancienne", puisque son apport à la comédie Flic ou Zombie fut anecdotique et que sa prestation dans Edward aux mains d'argent reste marquée par une émotion typiquement tim-burtonienne difficilement assimilable aux films qui ont fait sa réputation. Burr le place dans un contexte idéal et si le rôle de Price est très calme (l'âge en est certainement un facteur décisif) il fait appel à ses talents d'orateur pour introduire chaque sketch de façon très convaincante sur la malédiction qui pèse sur Oldfield.



Quatre sketchs composent Nuits sanglantes. Le premier nous invite à découvrir la misérable vie de Stanley (Clu Gulager), freluquet vieillissant aux allures de Derrick. Rejeté par les femmes et coincé avec sa sœur larmoyante et possessive, il va être pris de visions puis de démence. Le second envoie un gangster dans les pattes d'un vieux sorcier reclus dans les marais. Le troisième parle d'un phénomène de foire mangeur de verre, dont la romance avec une cliente est perturbée par son employeuse, une sorcière tyrannique. Le dernier prend pour cadre la Guerre de Sécession (une réminiscence de Divided we fall ?) et précipite trois salopards de soldats nordistes dans une maison tenue par des enfants désireux de venger leurs parents assassinés par des militaires.

Placés par ordre chronologique décroissant (respectivement il y a quelques années, les années 50, 1933 et la Guerre de Sécession, date de fondation de la ville), les sketchs creusent l'histoire d'Oldfield comme le faisaient déjà les récits de Mike Hanlon pour le Derry de l'excellent roman Ca de Stephen King. Si ce n'est pour des détails (ainsi qu'un anachronisme musical dans le second sketch), ils effacent les différences de temps entre chaque époque, laissant entrevoir la constance de l'horreur qui frappe la ville depuis des lustres. Jeff Burr gomme ces différences en ayant recours à des lieux hors du temps : la maison vieillotte de Stanley et de sa sœur, la cabane au milieu des marais, la foire de campagne et la maison délabrée isolée en pleine nature. Tous ces endroits atypiques évoquent le vieux sud décrépit, gagné par une dégénérescence trouvant son point d'orgue à Oldfield, Tennessee. Ce n'est pas un hasard si le sorcier du second sketch est un vieux noir immortel, ancien esclave opposé à un blanc bec. Pas un hasard non plus si le quatrième concerne la guerre civile (l'origine de conflits moins officiels), si le troisième parle lui aussi à sa façon d'esclavage sur des êtres jugés inférieurs (incluant aussi des nains, évocation de Freaks) et si le premier met en scène une famille désunie. Nous ne somme pas chez Faulkner, mais on s'en rapproche. De tous les sketchs, c'est certainement le premier qui illustre le mieux les dérives de la ville. On y trouve des allusions incestueuses et nécrophiles qui rendent d'autant plus mal à l'aise qu'elles interviennent chez des gens en apparence tout ce qu'il y a de plus modestes. Bien dissimulé sous les binocles en cul de bouteille de Clu Gulager, le second degré est très noir, très mordant, et permet de conclure l'épisode avec un bébé zombie agressif qui donne au sketch des allures de Zuni, la poupée tueuse mère des Chucky et consorts vue dans un des sketchs de La Poupée de la terreur. Quelques années plus tard, Jeff Burr reprendra d'ailleurs en main la saga Pupper Master. Les dénouements d'une cruauté prompte à l'humour seront quand à eux la marque de fabrique de Nuits sanglantes (y compris pour la conclusion avec Vincent Price et la journaliste), comme de tout bon film inspiré par les BD horrifiques qui se respecte. Mais ceux du film de Jeff Burr ont ceci d'avantageux qu'ils sont très corsés, que ça soit par la présence de gore ou par la torture morale qu'il laisse entendre pour leurs victimes. La fin du second sketch est un modèle de cruauté, quant à celle du troisième elle aide à faire passer un développement en-deçà des autres. Sans aller jusqu'à affirmer qu'il y ait une thématique commune, chacun des épisodes se base sur des histoires de vengeance. Directe ou non (les enfants du quatrième se vengent des soldats, le sorcier du second se venge du gangster, Stanley dans le premier se venge de la vie...), positive ou négative (les enfants partent d'une bonne intention, ce qui n'est pas le cas de la sorcière du troisième...) la vengeance frappe ce vieux Sud aux traditions pas très recommandables, remplacées par d'autres qui se sont imposées avec une même violence. Le dernier sketch, celui dévoilant l'origine de la ville, reflète très bien cette violence qui engendre la violence.

Jeff Burr signe-là un film très plaisant, doté d'une réelle atmosphère générée par un fil conducteur (le vieux sud) unissant véritablement tous les sketchs ainsi que leurs transitions par Vincent Price. Ca change de toutes les mini-adaptations de Stephen King, qui sans être forcément mauvaises squattaient le rayon "films à sketchs" en de trop larges proportions. Ce fut certainement en voyant Nuits sanglantes que les producteurs de Massacre à la tronçonneuse 3 eurent l'idée de confier à Jeff Burr leur propre famille sudiste dégénérée.



Loïc Blavier

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