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The Night of the Hunter. 1955.
Origine : Etats-Unis
Genre : Thriller / Drame
Réalisation : Charles Laughton
Avec : Robert Mitchum, Shelley Winters, Lillian Gish, James Gleason…


Harry Powell est un faux prêcheur, qui utilise son charisme et sa voix doucereuse pour séduire des veuves, leur soutirer leur argent et les tuer… Après s’être fait arrêté pour vol de voiture, il se retrouve à partager sa cellule avec un voleur en passe d’être exécuté. Celui-ci a caché son argent avant d’être pris et ses deux enfants sont les seuls à connaître l’endroit de la cachette. Powell finit par sortir de prison, bien décidé à aller voir la veuve et ses deux enfants pour récupérer le magot...

Chef d’œuvre immortel du cinéma, La Nuit du chasseur est l’unique film que réalisa l’acteur Charles Laughton. L’échec commercial de cet œuvre rare au box office est la cause de cette carrière avortée. Laughton, bien que La Nuit du chasseur soit son premier film, n’en est pourtant pas à sa première expérience derrière la caméra. En effet il réalisa sans être crédité une partie de L'Homme de la tour Eiffel, dans lequel il jouait l’inspecteur Maigret. Mais bien que novice dans la réalisation, Charles Laughton a quand même réussi à insuffler tout le lyrisme et l’angoisse qu’il souhaitait donner au film.

Le film est l’adaptation du roman éponyme de Davis Grubb, publié en 1953. L’histoire y revêt à la fois la forme du polar, du western et du conte. Tout le film est construit sur les contrastes : entre la nuit et le jour, les enfants et les adultes, le personnage de Powell et celui de la nourrice… Tout ceci est renforcé par l’utilisation magistrale d’un noir et blanc flamboyant qui n’a rien à envier aux plus beaux films expressionnistes. La photo de Stanley Cortez y est sublime, et des scènes comme celle du meurtre de Willa (et son corps reposant au fond du lac, les cheveux emportés par le courants et se mêlant aux algues), ou encore de l’arrivé de Powell, son ombre gigantesque écrasant les deux enfants, sont faites pour rester dans les annales du cinéma.
Le film est vu au travers du regard des enfants, c’est ce qui donne aux séquences nocturnes ce caractère à la foi inquiétant et incroyablement poétique, qu’on pourrait croire tout droit sorti de quelque conte de fée. Le film nous présente donc des personnages à la symbolique très forte, la nourrice y joue le rôle de bergère protectrice qui défends ses brebis (le enfants) des attaques de Powell, le « loup déguisé en agneau ». Les contrastes du noir et blanc utilisent également la lumière comme symbole de cet aspect conte de fées. Le contraste avec ces scènes d’une violence brute où Powell tente de faire cracher aux enfants le lieu du magot n’en est que plus saisissant. Ainsi il est impossible de ne pas être affreusement angoissé lors de cette scène ou le prophète maudit se retrouve seul avec les deux enfants dans la maison de leur mère.

Au scénario malin et à la réalisation inspirée s’ajoute un casting de premier choix : Dans le rôle de Powell, le grand Robert Mitchum crève l’écran, il s’agit là sans doute d’un de ses plus grands rôles, celui où il arrive le mieux à exprimer à la fois sa démesure (il faut le voir éclater de son rire de psychopathe) et son caractère de "solitaire cool" massif et les yeux constamment mi-clos. Quand à Lilian Gish, star du cinéma muet pour avoir notamment tourné dans A travers l’orage de David Wark Griffith ou dans Le Vent de Victor Sjöstrom, elle trouve dans La Nuit du chasseur l’occasion de jouer l’un de ses plus beau rôle parlant. Et les enfants, qui portent tout le film sur leurs épaules, sont incroyablement convaincants ! D’ailleurs assez paradoxalement c’est Robert Mitchum qui fut chargé de diriger les enfants, le réalisateur Charles Laughton confiant qu’il n’était pas à l’aise avec eux.

Bref, je vois mal quels reproches on pourrait faire a ce film, tant il est maîtrisé, original et véritablement unique. Et ce n’est pas le pitoyable remake que David Greene a réalisé pour la télévision qui va le détrôner.

Arnaud Schilling

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