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The Night of the following day. 1968.
Origine : Etats-Unis / Royaume Uni
Genre : Polar ouaté
Réalisation : Hubert Cornfield
Avec : Marlon Brando, Richard Boone, Rita Moreno, Pamela Franklin...




Tout juste arrivée à l’aéroport de Orly à Paris, une jeune femme se fait kidnapper par un groupe de trois hommes et une femme. Le plan a été savamment monté, et la jeune femme se retrouve enfermée dans une maison proche du Touquet. Là, ses ravisseurs lui garantissent qu’il ne lui arrivera rien, et qu’elle sera libérée dès que son père aura payé la rançon. Tout s’annonce au mieux, mais des tensions apparaissent au sein du groupe avivant le spectre d’un probable échec.

Lorsqu’il réalise La Nuit du lendemain, Hubert Cornfield se trouve à la tête d’une filmographie aussi peu conséquente que méconnue. Son film précédent, Pressure point (1962), a souffert du remontage sauvage perpétré par le producteur et cinéaste Stanley Kramer, avec lequel il s’était brouillé. Sans doute échaudé par cette mésaventure, il s’évade de Hollywood pour tourner son nouveau film en France au sein d’une production anglo-américaine. Avec sa star en haut de l’affiche (Marlon Brando) et son appartenance au film de genre (le polar), La Nuit du lendemain ressemble à une tentative de toucher un public plus large qu’à l’accoutumée. Las, le public ne suit pas, et cet échec sonne le glas d’une carrière qui s’achèvera définitivement avec la réalisation, toujours en France, de Les Grands moyens en 1976.



Tout film de genre qu’il soit, La Nuit du lendemain joue sur un registre plus intimiste, retardant le plus longtemps possible l’explosion de violence qui ne manquera pas de survenir. Hubert Cornfield ne cherche pas à multiplier les points de vue. Peu lui importent les réactions de monsieur Dupont, le père de la jeune fille, ainsi que les manœuvres policières pour retrouver les kidnappeurs. Tout ce qui est annexe à l’enlèvement se trouve réduit à sa plus simple expression. Seul l’intéresse le microcosme constitué par les quatre kidnappeurs, et leurs attitudes induites par les événements. Malgré tout, ces quatre personnages demeurent des énigmes jusqu’au terme de l’histoire. Le réalisateur procède par petites touches pour tenter de vaguement dessiner leur profil. Ainsi, nous apprenons que Vi (Rita Moreno) et Wally (Jess Hahn) sont frère et sœur. Wally se montre très protecteur pour sa petite sœur qui souffre d’une accoutumance à la cocaïne. Ce kidnapping représente pour lui le plus gros coup de sa carrière et, à 40 ans, le moyen de se la couler douce pendant longtemps sans se soucier de rien. Bud (Marlon Brando), quant à lui, se retrouve embringué dans cette histoire à double titre. Premièrement, Vi et lui sont amants. Et deuxièmement, Wally est son meilleur ami ainsi que le gars sans lequel il ne jouirait pas actuellement de sa liberté. Quelque part, il agit plus par reconnaissance que par véritable envie. Les deux hommes partagent des valeurs communes comme cette volonté d’agir sans violence à l’égard de l’otage, d’une part par respect de la personne et, d’autre part, pour ne pas augmenter la somme de leurs ennuis à venir. Lorsque les choses se compliquent et que l’issue de l’enlèvement devient plus qu’incertaine, Bud évoque son envie de tout plaquer. Mais il demeure un homme d’honneur qui se refuse à abandonner son ami alors que la situation s’envenime. L’honneur est le cadet des soucis de Leer (Richard Boone), le quatrième homme. Au début, tout laisse penser que c’est lui qui dirige les opérations. Hubert Cornfield maintient volontairement Bud dans un mutisme presque total et Wally très en retrait des autres. C’est à Leer que revient la tâche d’expliquer la situation à la jeune femme et, par là même, à lever légèrement le voile sur ce à quoi nous assistons. Or ce personnage n’entretient aucun lien avec les trois autres. Sa présence n’est due qu’à la nécessité de compter un membre de plus pour mener l’opération à bien. On sent qu’il goûte peu les méthodes de Wally et Bud et qu’il prend sur lui pour ne pas agir à sa guise. Vi et lui constituent les éléments instables du groupe. Elle car sa dépendance la rend particulièrement nerveuse et soupçonneuse, lui, parce qu’il cherche à tirer la couverture à lui. Au milieu d’eux, l’otage (Pamela Franklin) peine à exister. Hubert Cornfield a sciemment pris une jeune actrice sans aspérité et plutôt effacée. Après tout, elle n’est qu’une innocente victime du début à la fin et qui, à ce titre, n’est vouée qu’à subir les événements. Elle tente bien de s’enfuir, ou d’amadouer Bud, mais ce ne sont là que de vaines tentatives pour se sortir de la passivité inhérente à sa condition d’otage. D’ailleurs, nous ne connaîtrons jamais son prénom, ce qui atteste de l’insignifiance du personnage qui n’est qu’un moyen de toucher la fortune du père.



Avec La Nuit du lendemain, Hubert Cornfield entre dans une démarche de dédramatisation. Il filme le kidnapping de la manière la plus neutre qui soit. La jeune femme débarque à l’aéroport, se fait accueillir par le faux chauffeur -Bud- puis nous assistons au long cheminement de l’otage jusqu’à la maison en bord de plage. Lors de ces scènes le réalisateur se passe de dialogues (seule l’otage exprime brièvement son incompréhension), une absence qui, loin d’être gênante, témoigne au contraire du professionnalisme de la bande, celle-ci n’ayant pas besoin de s’adresser la parole tant chacun de ses membres connaît son rôle sur le bout des doigts. Il filme indifféremment de l’intérieur même de la voiture ou de l’extérieur, mais en prenant bien soin à chaque fois d’installer ses plans dans la durée. Une manière efficace de traduire l’assurance des kidnappeurs. Le jeu consiste à mettre progressivement à mal cette douce assurance tout au long du film. Cela commence par Vi qui, droguée, oublie d’aller chercher comme convenu Bud et Wally à l’aéroport du Touquet. Puis cela se poursuit par la présence envahissante d’un gendarme du coin qui semble toujours être là quand il faut (à l’aéroport, donc, mais aussi lorsque la voiture tombe en rade), comme si il épiait les moindre faits et gestes de la bande. Il n’en faut pas plus pour attiser la paranoïa de Vi. Petit à petit, la sérénité du début s’effrite pour laisser place à des accrochages entre chacun des membres de plus en plus fréquents. Pourtant, l’opération suit son cours, chacun tenant son rôle jusqu’à son terme. Les masques tombent lors du dernier acte, et cette violence sous jacente qui habitait le film éclate soudain. Mais là encore, fidèle à sa ligne de conduite, Hubert Cornfield filme tout ça sans fioriture ni embellissement d’aucune sorte. Le lieu choisi -la plage- et le moment -une nuit sans lune- confèrent à cette scène une atmosphère ouatée qui sied bien à cet affrontement qui ne souffre d’aucun élément parasite.



D’aspect assez froid et à l’ambiance parfois pesante, La Nuit du lendemain réserve quelques moments de légèreté grâce au lieu de l’action. Si les kidnappeurs, tous américains, baragouinent quelques mots de français, le plus souvent, se sont les autochtones qui font l’effort de s’exprimer en anglais. Cela donne quelques échanges savoureux, notamment entre Leer et un conducteur de taxi, ce dernier tentant maladroitement de se faire comprendre en prononçant un mot sur trois en anglais. Dans l’ensemble, Hubert Cornfield mène rondement son affaire jusqu’à la fin, qui laisse dubitatif. Pour conclure son film, il reprend ni plus ni moins les mêmes scènes qu’au début, à savoir l’atterrissage de la jeune femme puis sa prise en charge par Bud. Cela laisse une drôle d’impression, comme si il voulait nous signifier que tout ce que nous avons vu n’était qu’un rêve prémonitoire effectué par la jeune femme durant le trajet. On peut voir ça comme une tentative maladroite d’apposer sa signature au film, accentuant son côté étrange (la dialogue muet entre Bud et la jeune femme), ou bien comme un énorme pied de nez signifiant que les films de genre, au fond, ce n’est pas bien sérieux. Je préfère encore la première solution.

Bénédict Arellano

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