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It happened one night. 1934.
Origine : Etats-Unis
Genre : Comédie
Réalisation : Frank Capra
Avec : Clark Gable, Claudette Colbert, Ward Bond, Walter Connolly...


Elie Andrew s'est fiancée secrètement avec un coureur de dot. Son père, un riche banquier, veut faire annuler les fiançailles, mais Ellie ne veut rien entendre et s'enfuit. A la station d'un bus de nuit, elle rencontre un journaliste au chômage, Peter Warne, qui la reconnaît aussitôt. Tandis qu'ils bavardent, elle se fait voler sa valise. Sans ressources, elle accepte l'aide de Peter. Pour éloigner le passager qui importune la jeune femme, Peter se fait passer pour son mari. Dès la première nuit, les deux jeunes gens sont contraints de partager la même chambre du motel où ils sont descendus. Pour ménager la pudeur d'Ellie, Peter sépare la pièce par une couverture tendue sur une corde, baptisant cette cloison improvisée "murailles de Jericho" ; celles-là même, dit-il, que Josué fit s'écrouler en sonnant de la trompette.
Au cours de leur périple, Peter et Ellie font de l'auto-stop, ce qui permet à celle-ci de faire une démonstration de ses talents en ce domaine. Bientôt l'amour s'en mêle. Alors que Peter cherche de l'argent pour pouvoir demander la main d'Ellie, la jeune femme, se croyant abandonnée, retourne chez elle et décide, par dépit, de se marier avec son coureur de dot...



A la Columbia personne ne voulait de New York-Miami, personne à l'exception de Frank Capra et de son scénariste Robert Riskin. Ils avaient tiré l'idée d'un récit de Samuel Hopkins Adams, lequel était paru dans la revue Cosmopolitan. Ils avaient acheté les droits d'adaptation cinématographique pour une somme dérisoire, mais le projet était resté dans les tiroirs, Capra et Riskin étant complètement absorbés par la réalisation de Lady For a Day (1933).

Pour la suite des évènements, il faut se référer à Capra lui-même qui a tout raconté dans son autobiographie The Name Above the Title (parue en France sous le titre de Hollywood Story). On peut y lire qu'Irving Thalberg demanda à la Columbia de prêter Capra à la MGM pour tourner le film mais que, Thalberg étant tombé malade, Louis B. Mayer refusa et le projet et la mise à l'essai du metteur en scène. C'est ainsi que Capra, finalement bien content de rester à la Columbia demanda l'autorisation de tourner Night Bus. Le premier obstacle vint du titre : plusieurs films sur les bus avaient déjà été tournés, sans résultats satisfaisants au box-office. On changea donc le titre en It Happened One Night. Pour que l'intrigue fut adaptable à l'écran, il fallut réécrire entièrement le sujet original afin d'approfondir les personnages principaux pour leur donner plus de poids. Cependant, même après ces remaniements, New York-Miami continuait à susciter des réticences. C'est grâce à l'intérêt que Harry Cohn portait au sujet que Capra put enfin se mettre au travail. A qui confier les rôles de Peter Warne et d'Ellie Andrews, les inoubliables protagonistes de l'histoire ? Côté femmes, Myrna Loy, Margaret Sullavan, Miriam Hopkins et Constance Bennett firent savoir qu'elles n'étaient pas disponibles. La MGM, par suite d'un contrat concernant Capra, "devait" encore une star à la Columbia : Robert Montgomery ne voulut pas en entendre parler mais Clark Gable, en disgrâce auprès de Luis B. Mayer, fut envoyé à la Columbia en dépit de ses protestations. Il restait un problème : Ellie. Problème qui fut résolu grâce à Claudette Colbert, qui trouvait malgré tout assez peu plaisante l'idée de faire ce qu'elle appelait "un autre film d'autobus". Pour la convaincre, il fallut doubler son salaire.



Toutefois personne ne s'illusionnait beaucoup sur les chances du film ; lors de la première au mois de février 1934, la critique l'accueillit avec une certaine froideur, mais par contre le public lui réserva un véritable triomphe. L'année suivante New York-Miami obtint cinq Oscars : celui du meilleur film, de la meilleure adaptation cinématographique, de la meilleure mise en scène, du meilleur acteur et de la meilleure actrice. Claudette Colbert pouvait ainsi se féliciter d'avoir pris le risque de jouer dans "un autre film d'autobus"...

Ce film qui allait devenir un classique, fut le prototype de la comédie américaine des années 30 : sans New York-Miami, il est presque évident que L'Extravagant M. Deeds (1936), pour ne prendre que ce seul exemple, n'aurait jamais vu le jour. On peut aussi ajouter que New York-Miami tira sans doute des difficultés du tournage la vitalité, la justesse de ton et le brio qui firent son succès. Sur le plateau, pendant les premiers jours de tournage, le climat n'était pas très bon : Gable et Colbert semblaient se détester, et ce fut une chance pour le film. Ainsi les scènes de dispute ont été réalisées dans un climat "favorable". Le film illustre l'affrontement brillant de deux fortes personnalités qui luttent moins pour se dominer l'une l'autre (ce n'était pas encore la guerre des sexes), que pour se prouver qu'elles sont capables de se débrouiller seules face aux difficultés de la vie quotidienne. Le reporter part avec une longueur d'avance sur l'héritière, puisque celle-ci lui avoue ne s'être jamais trouvée seule avec un homme. Peter en profite pour faire étalage de son expérience de vieux bourlingueur.
Au petit déjeuner, il lui fait tout un cours sur la façon de "tremper" sa brioche, mais il se trompe lorsqu'il prétend lui apprendre à faire de l'auto-stop : il glorifie la puissance et l'éloquence de son pouce, mais les automobilistes, indifférents, passent à toute allure. C'est alors qu'Ellie, sous le regard étonné de Peter, se place au bord de la route, soulève sa jupe, fait semblant d'ajuster sa jarretelle. Le résultat ne se fait pas attendre...



La qualité du film est rehaussée par la complicité, faite d'ironie et de sympathie, qui unit les deux adversaires, le brillant reporter et la petite fille gâtée (c'est ainsi que Peter l'appelle). Par la justesse de l'approche psychologique, et sur ce plan, Capra fut bien l'égal d'un Lubitsch ou d'un Cukor, le metteur en scène fait de l'histoire plus qu'une bluette : une analyse des rapports humains qui ne tombe jamais dans le sentimentalisme. En outre, il n'y a pas de moments superflus dans New York-Miami ; le plus petit événement, la moindre phrase ou le moindre geste sont parfaitement insérés dans la continuité narrative. Le film tire tout son impact de cette vivacité et de cette spontanéité, et l'ironie constante qui le nimbe en fait l'une des meilleures réalisations du réalisateur.
Preuve fut faite, enfin, qu'un acteur en disgrâce pouvait influencer les habitudes d'une nation entière. En effet, si l'on en croit les informations que donnèrent par la suite plusieurs magasines américains, la scène où il enlève sa chemise et montre qu'il ne porte pas de maillot de corps provoqua une grave crise dans ce secteur particulier de l'habillement masculin !

Gilles Vannier

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