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My name is Bruce. 2007.
Origine : Etats-Unis
Genre : Mise en abîme potache
Réalisation : Bruce Campbell
Avec : Bruce Campbell, Grace Thorsen, Taylor Sharpe, Ben L. McCain et Ted Raimi...




Dans la petite bourgade de Gold Lick, les occasions de s’amuser se font rares. Alors certains jeunes gens, pour tromper leur ennui, donnent rendez-vous à des jeunes filles dans le cimetière chinois du coin afin de s’adonner si possible aux plaisirs de la chair, non sans avoir au préalable détruit quelques stèles. Manque de bol, en s’emparant d’une sorte de médaillon incrusté dans une planche de bois vermoulue, le plus timide d’entre eux réveille Guan-Di, une divinité chinoise protectrice du tofu (sic). Celle-ci s’empresse alors de semer la terreur au sein de la population, dont elle réduit le nombre d’habitants à grands coups de sabre. Avec l’aval de la communauté, Jeff, le responsable du réveil du monstre, part chercher la seule personne qu’il juge apte à les sortir de ce mauvais pas, son héros l’acteur Bruce Campbell en personne.



Pour qui s’intéresse peu au cinéma d’horreur ou méconnaît totalement la trilogie Evil Dead de Sam Raimi, l’énorme côte de popularité dont jouit Bruce Campbell demeure un mystère. Or c’est un fait, son personnage de Ash est devenu une icône du cinéma horrifique, au même titre que les croquemitaines Jason Voorhees et Freddy Krueger, auxquels il fut un temps envisagé de l’associer l’espace d’un film. A tel point que ce personnage tend à occulter le reste de sa carrière, certes emplie de caméos chez son acolyte Sam Raimi (Darkman, la trilogie Spiderman) ou les frères Coen (Le Grand saut, Fargo, Intolérable cruauté) et de premiers rôles dans d’obscurs téléfilms (Projet Tornado, Alien Apocalypse), mais comptant également quelques bonnes séries B à son actif (Maniac Cop, Bubba Ho Tep). Loin d’en prendre ombrage, le comédien continue son petit bonhomme de chemin, acceptant toujours de bonne grâce de participer à des conventions pour y rencontrer ses nombreux fans. Il ne faut pas chercher plus loin l’aura de sympathie qui entoure le comédien. Bruce Campbell semble imperméable aux affres de la célébrité et au plan de carrière. Proche de ses fans, il paraît très accessible et pas du tout du genre à s’enfermer dans sa tour d’ivoire. Enfin, ça, c’est l’image idyllique que nous pouvons en avoir. A travers My name is Bruce, le comédien s’essaie à la mise en abîme, et nous donne une image de lui-même nettement moins glamour et sympathique.
Oublions le postulat de départ, prétexte à un film d’horreur conventionnel que l’épilogue, en plus de rendre caduque le sujet même du film –l’acteur Bruce Campbell en prise avec un vrai monstre– achève de rendre ridicule par son flagrant manque d’imagination, et intéressons nous plutôt à son cœur, à savoir le quotidien d’un acteur de seconde zone. Dire de Bruce Campbell qu’il est un acteur de seconde zone n’est pas lui faire injure. D’ailleurs, lui-même en a parfaitement conscience et en joue allégrement dans le film. Passé le prologue introduisant l’élément fantastique, My name is Bruce nous invite à suivre le tournage d’une des nombreuses séries Z qui parsèment la filmographie de l’acteur. Il s’agit de "Cavealien 2", un titre inventé de toutes pièces mais dont les conditions de tournage empreintes d’un sérieux amateurisme et d’un budget riquiqui (les aliens sont des acteurs enfermés dans d’affreux costumes, aussi ringards que les monstres de Bioman) rendent parfaitement compte des aléas de ce genre de productions, assujetties à la seule présence d’une tête d’affiche. Des dialogues ineptes déclamés par des acteurs déplorables le disputent à des situations risibles et mal mises en scène. Au milieu de tout ça, Bruce Campbell accompagne la médiocrité ambiante, se contentant de faire acte de présence avec un je-m’en-foutisme palpable. Il s’offre même le luxe de jouer les starlettes, réclamant à corps et à cri sa citronnade. Cette dernière, d’une composition particulière, nous affranchit rapidement quant à la teneur de l’humour du film, plutôt grivois, et la volonté de l’acteur / réalisateur de ne pas se ménager. D’ailleurs, ce qui suit va loin dans l’auto flagellation. Plutôt que de se mettre en valeur, Bruce Campbell se dépeint comme un has been, roulant dans une vieille Mazda qu’il est réduit à pousser pour pouvoir rentrer chez lui, et logeant dans une caravane miteuse avec pour seule compagnie un chien qu’il a initié au whisky, histoire d’avoir toujours un compagnon de beuverie sous le coude. Nous sommes en présence d’un homme au fond du trou, vivant sur les oripeaux de sa gloire passée et dont l’avenir s’annonce tout sauf radieux (ses seuls projets professionnels se limitent à Cavealien 3 et 4). Sous couvert de second degré, il y a forcément un fond autobiograhique dans ce triste constat. Sans tomber à ce point dans l’extrême, on imagine aisément Bruce Campbell avoir connu les mêmes tourments à un moment donné de sa carrière. Et le fait qu’il soit passé à la réalisation depuis Man with the screaming brain en 2005 atteste d’une volonté de reprendre sa carrière en main, même si il reste toujours fidèle à un fantastique un peu potache. Mais il n’en est nullement question ici. Dans le film, le salut de Bruce Campbell ne passera que par l’intrusion de la fiction dans la réalité, autrement dit lorsque ses actes seront conformes au héros qu’il incarne aux yeux de tous.
A son arrivée à Gold Lick, la désillusion est de rigueur pour les habitants de cette paisible bourgade. En lieu et place du héros tant vanté par Jeff, ils sont en présence d’un type imbuvable. Convaincu qu’il s’agit de la surprise dont lui a parlé la veille son agent Mills Toddner, Bruce Campbell se comporte comme un gros con, traitant ses interlocuteurs avec condescendance et ne songeant qu’à culbuter la jolie maman de Jeff, Kelly Graham. A aucun moment il ne prend la menace exposée au sérieux. Nous ne sommes pas loin du Ash de L’Armée des ténèbres, les deux personnages partageant cette même suffisance confinant à la bêtise. Toutefois, Bruce Campbell s’en écarte car sa motivation première est justement de déconstruire son image de héros, tout bêta qu’il soit, véhiculé par la trilogie de Sam Raimi. De fait, lorsqu’il s’aperçoit que la menace est « réelle », il se révèle dans toute sa pleutrerie en un enchaînement de bassesses qui constitue paradoxalement la séquence la plus drôle du film. Il faut le voir prendre ses jambes à son cou devant la divinité vengeresse, tout en lui tirant maladroitement dessus, en blessant voire tuant quelques malheureux villageois qui ont eu le tort de croire que sa seule présence réglerait leur problème. Bruce Campbell nous a été décrit comme étant au fond du trou ? Par cette fuite, il vient carrément de se jeter sur la tête les dernières pelletées de terre qui l’empêcheront définitivement de remonter la pente. Jeff, son plus grand admirateur, vient de perdre ses dernières illusions en ce qui le concerne. Le film aurait pu poursuivre ce triste constat, renvoyant définitivement le Bruce Campbell de fiction à sa misère professionnelle et affective. Or le scénario n’a pas prévu d’issue aussi noire à un récit qui se veut autant coloré que les hideuses chemises hawaïennes arborées par l’acteur. D’ailleurs, le scénario n’a pas prévu grand-chose d’autre, le film s’enlisant par la suite dans la banale réhabilitation du héros jusqu’à cet épilogue grotesque, concluant la mise en abîme par un majeur tendu au spectateur, témoignant de l’incapacité des auteurs à conclure leur histoire de manière satisfaisante et surtout cohérente avec ce qui a précédé.



My name is Bruce laisse donc une impression mitigée. Si le film séduit par son aspect festif et ses clins d’œil pour public averti (outre Ted Raimi, nanti de trois rôles, on retrouve au générique Ellen Sandweiss, Dan Hicks et Timothy Patrick Quill, chacun ayant tourné dans un Evil Dead différent), il déçoit par sa manière de reléguer in fine son sujet au profit d’un dénouement trop gentillet. Sans être dupe de sa fragile condition qui dépend avant tout du public, Bruce Campbell aime trop son statut de héros pour y renoncer. Un peu à l’image du Elvis Presley qu’il incarnait dans Bubba Ho Tep, il souhaite croire en la pérennité des mythes et non se poser en fossoyeur.

Bénédict Arellano

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