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Mutant Aliens. 2001.
Origine : Etats-Unis
Genre : Science-fiction (animation)
Réalisation : Bill Plympton
Avec les voix de Dan McComas, Francine Lobis, George Casden, Matthew Brown...


Earl Jensen est astronaute. Il s’envole pour une mission dans l’espace dirigée par le Docteur Frubar. Earl laisse derrière lui Josie, petite fille de 5 ans. Le décollage se passe bien, mais le Docteur Frubar sabote la mission en vidant le carburant de la navette de Jensen. Frubar fait passer cela pour un accident et réclame au grand public des dons pour éviter que ce genre d'accident ne se reproduise. Et voilà l’astronaute coincé dans l’espace, voué à mourir.
Vingt années plus tard, Josie qui surveille le ciel depuis un observatoire, découvre le retour de son père sur Terre. Mais il n’est pas venu seul.
Arrivé sur Terre, Earl Jensen, barbu, raconte son histoire selon laquelle il s’est retrouvé sur une planète habitée par des nez, des doigts, des yeux, des mains qui se font la guerre. Là, il tomba amoureux de la reine des nez et fonda une famille. Mais la guerre le poussa à repartir, et voilà comment il se retrouve sur Terre, vingt ans plus tard, avec un nez géant qui l’accompagne. Mais tout cela n’est que mise en scène.



Bill Plympton est un artiste à part dans le paysage du film d’animation. En premier lieu, il réalise lui-même de bout en bout chaque dessin de ses films. Il se fait seulement aider pour le son et la musique. Son style particulier s’écarte fondamentalement de ce que le grand public est habitué à voir avec les productions Disney par exemple. Son trait volontairement brouillon (il le dit lui-même) ne l’est pas. En effet, il fait preuve d’une maîtrise graphique qui s’inscrit dans un style brut et pur.
Plympton est un OVNI. Attaché à ses propres valeurs, il a par exemple refusé de travailler sur Aladdin car Disney ne lui offrait aucune propriété sur ses idées ni aucun droit de regard. Ses valeurs dans l’animation, c’est de faire des films provocants. Aimant mélanger sexe et violence, il s’amuse à critiquer de manière virulente l’Amérique libéralo-capitaliste, un monde où la raison de l’argent passe avant celle de l’être humain. Ainsi, dans Les Mutants de l’espace, il n’hésite pas à mettre en scène des situations qui choqueraient l’Amérique puritaine qu’il déteste tant. Il montre alors son héros s’accoupler avec une extraterrestre ressemblant à un nez géant, mais aussi se reproduisant avec des animaux. La zoophilie, énorme tabou, permet à Plympton de pousser son délire jusqu’au bout. Car c’est sans doute une de ses qualités, il est jusqu’au-boutiste. Cette qualité peut parfois déranger, et il le sait, il en joue d’ailleurs. Mais il va plus loin. Pour lui, cette scène zoophile n’est qu’un prétexte pour dénoncer cette surenchère des scientifiques, prêts à tout pour avoir un résultat. Le sien, c’est de créer des mutants qu’il ramènera sur Terre pour se venger du Docteur Brubar.
S’il critique la science, il critique aussi la société de consommation. Brubar ayant fait fortune, il a pour projet de lancer une navette qui placera un écran géant en orbite autour de la Terre pour servir d’écran publicitaire. Les publicitaires en salivent d'avance.



Mais si sa critique de la société est volontairement provocatrice et choquante, il n’en reste pas moins que c’est très drôle. L’humour, toujours omniprésent, sert d’outil de provocation. S'appuyant beaucoup sur le visuel, son humour fait mouche dans les situations burlesques. L’absurde est sans doute son arme principale. Pour lui, il semble que tout n’est qu’absurde, que notre société va si loin dans ses propres délires, que l’humanité se permet si peu de frontières, ou toujours à les repousser, qu'il en fait de même. Ainsi, son œuvre, absurde et irréaliste, bien qu’ancrée dans une réalité propre est un pamphlet efficace contre ce monde dénué d’humanité qui s’appuie sur l’image de ceux qui nous dirigent et qu'ils veulent bien nous donner. Un monde où la manipulation est à la base de nos sociétés.

Plympton est donc un artiste à part. Commençant sa carrière dans la BD, il se tourne vers l’animation avec un premier court métrage dénonçant les dépenses militaires. Cet esprit, il le gardera tout au long de sa carrière.

Avec Les Mutants de l’espace, cet artiste a amélioré sa technique de travail. Il abandonne le dessin au crayon de couleur, trop long à travailler. De plus, avec cette technique, il n'arrivait pas à refléter ce qu'il avait en tête. C'est avec L' Impitoyable Lune de miel qu'il change son style en utilisant des photos en noir et blanc de jouets miniatures qu'il peint à l'huile, et utilise aussi des collages photos. Avec Les Mutants de l'espace, sa technique se peaufine et atteint, de ses propres aveux, sa maturité.

Ainsi, avec son héros Earl Jensen, Bill Plympton démontre une imagination folle. En effet, perdu dans l’espace, Earl tombe par hasard sur une navette remplie d’animaux de laboratoires envoyés dans l’espace par le passé : "Je lisais un magazine et je suis tombé sur une photo de Laika, le chien cosmonaute russe. Je me suis mis à penser que la pauvre bête était toujours là-haut, en orbite autour de la Terre, probablement folle à lier et qu'il y avait certainement d'autres animaux de laboratoire [...] abandonnés dans l'espace. Que se passerait-il si ils se rassemblaient et engendraient une armée de mutants ?"

Les Mutants de l’espace est un film atypique. Bill Plympton dénonce les dérives de l’Amérique et par extension de la société de consommation. Poussant son délire jusqu’au bout, il signe là un film d’animation hors norme. Pourtant, cet homme n’est pas fermé à d’autres formes d’animations. Il adore les films de Pixar dont il avoue que les auteurs sont très doués, mettant en avant leur travail sur Les Indestructibles et Le Monde de Nemo.
Avec cette œuvre, il réalise là quelque chose de fondamental, rappelant à sa façon, mélangeant violence, sexe et absurde, que si notre société est ce qu’elle est, c’est parce qu’on a laissé faire les choses.
Un très grand film.



Jérémie Conde

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