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Agent for H.A.R.M. 1966.
Origine : Etats-Unis
Genre : Action
Réalisation : Gerd Oswald
Avec : Peter Mark Richman, Carl Esmond, Barbara Bouchet, Martin Kosleck...


Adam Chance (Peter Mark Richman), l'espion vedette du H.A.R.M. (les services secrets américains), est envoyé en Californie auprès du Docteur Steffanic (Carl Esmond), scientifique soviétique récemment passé à l'ouest et vivant désormais avec sa nièce Ava (Barbara Bouchet), elle aussi un transfuge. Il y apprendra la nature des travaux de Steffanic : créer un antidote destiné à contrer les effets d'une bactérie capable de transformer les humains en champignons, que les soviétiques ont eu la chance de recevoir de l'espace (!) et qu'ils s'apprêtent à lancer sur les champs américains par l'intermédiaire du vilain Malko (Martin Kosleck), qui cherche aussi à mettre la main sur l'antidote de Steffanic.

Prenant certes un titre assez proche de celui de la série Man from U.N.C.L.E. (Des Agents très spéciaux en français), Agent from H.A.R.M. est pourtant un film ne devant son existence qu'au pillage caractérisé des films de James Bond. D'ailleurs, comme chez les productions 007, le film démarre en plein milieu d'une scène d'action et se conclue par le héros badinnant avec une fille sous le regard mi-effaré mi-amusé de ses supérieurs. Seulement, les moyens ne sont pas les même, malgré une production co-signée par Universal Pictures. On se demande encore ce que cette major est venue faire là, et même si elle a effectivement participé au film, tant ce qu'a pondu Gerd Oswald transpire le manque de moyens, et par extension l'impossibilité de concurrencer 007 sur son propre terrain. Ce n'est pourtant pas faute d'avoir pris les mêmes recettes : un agent secret séducteur un rien machiste et à l'humour très fin, un cadre paradisiaque, une fille en bikini, des soviétiques concoctant un plan diabolique, des gadgets, des voitures... Mais malgré tout cela, nous sommes loins, très loins, à des années-lumières de la série dans laquelle Sean Connery brillait encore à l'époque. Ainsi, l'agent Chance a beau se présenter en disant "Mon nom est Chance. Adam Chance", il a beau être coiffé comme James Bond et imiter sa personnalité (singer serait peut-être un terme plus adapté), on ne peut que sourire à sa prétention sans bornes, lui qui se trimballe lors du climax dans un petit gillet en laine de couleur jaune et qui a pour code d'identification la phrase "Minnie a de grands pieds". Peter Mark Richman n'est pas Sean Connery, et du reste la quasi-integralité de sa carrière se fit à la télévision, à quelques exceptions près dont la plus notable se trouve être le rôle du vieux prof grincheux qu'il tint dans Vendredi chapitre 8 avant que Jason Voorhees ne vienne lui faire boire la tasse en débarquant à New York. Sa crédibilité est encore davantage entammée à la vue de cette mission ressemblant plus à un week-end à la plage qu'à une mission sauvetage de l'Amérique. Le film ne change ainsi pratiquement jamais de décors, se déroulant pour la majeure partie du temps dans cette maison du bord de mer dans laquelle le docteur Steffanic expérimente, pendant que sa nièce, quand elle n'est pas occupée à trahir son monde (c'est une espionne soviétique !) part se baigner en compagnie d'un étudiant étranger qui n'a strictement aucun autre rôle dans l'intrigue si ce n'est celui de venir dire bonjour aux occupants des lieux (pour un peu, on s'attendrait presque, avec son sourire d'heureux benêt, à le voir ramener le pain et les croissants). Le bon vieux Adam Chance, pendant ce temps, trouve le temps long et tient la grappe de ceux qu'il surveille, faisant mine de faire croire au péril encouru par le Docteur (qui le savait déjà) et flirtant innocement avec une Barbara Bouchet débutante et déjà physiquement prometteuse (d'ailleurs elle a même un sein qui à un moment déborde du bikini, la forçant à tenter maladroitement de le remettre à sa place sans que le spectateur ne remarque rien). Et surtout, il a recours à la technologie. Oubliez les gadgets de James Bond, ses montres offensives et son Aston Martin à rebondissements, l'agent Chance a trouvé mieux : il electrifie les poignées de porte en les reliant au téléviseur de la maison. Du grand art. Ce salaud de Docteur Steffanic trouvera encore à redire en disant qu'il aimerait se promener chez lui comme bon lui semble. D'ailleurs ses relations tendues avec Chance sont notables et constituent à peu près la seule marque d'évolution psychologique chez les personnages du film, l'instant le plus éloquent étant lorsque Chance menace de le renvoyer à l'est au nom de la liberté. Cela marquera maheureusement le début de la normalisation des relations entre nos deux protagonistes. Et on le comprend, le Docteur Steffanic, puisque l'est, ce sont Malko et ses trois hommes de main venus à l'ouest pour empêcher le traître de donner son antidote à l'occident. Ces méchants soviétiques sont les parfaits pendants de leurs ennemis, les gentils américains : comme eux, ils ne sont pas nombreux, ils n'ont pas de charisme (mais l'un d'entre eux a des lunettes de soleil, quelle classe) et surtout, ils n'ont que des idées tordues (des flingues à bactérie).

Tout ceci est il va sans dire régit par les incohérences du scénario (un homme dans lequel on a tiré dans la hanche trouve le moyen de combattre le méchant en chef), les scènes d'action d'une molesse peu commune (l'homme de main soviétique éléctrifié par la poignée de porte) et, plus marrant, par le manque d'ampleur général qui donne son identitée propre au film en contrastant avec force sur les ambitions apocalyptiques de ce qui se trame au niveau international (les soviétiques venant incognito dans un fourgon de teinturerie). Le tout assemblé par des effets de montage typiquement années 60 et rythmé par une musique pseudo-John Barryenne ressemblant davantage à celle de la série télé Batman. Finalement, il s'agit d'un bon quoiqu'involontaire complément au Casino Royale avec David Niven, Peter Sellers, Orson Welles, Woody Allen et... Barbara Bouchet. D'ici à croire que la parodie officielle de James Bond ait été inspirée par Le Mur aux espions, il n'y a qu'un pas. Même les concepteurs de Des agents très spéciaux s'en inspirèrent, et invitèrent les quatre principaux acteurs du film de Gerd Oswald à apparaître dans un ou plusieurs épisodes de leur série.

Loïc Blavier

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