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Munich. 2005.
Origine : Etats-Unis
Genre : Drame
Réalisation : Steven Spielberg
Avec : Eric Bana, Daniel Craig, Ciarán Hinds, Mathieu Kassovitz...


Un film de Spielberg est toujours très attendu, ça vire souvent au débat, il y a les pro-Spielberg, et ceux qui ne l’aiment pas, ceux qui le trouvent trop… mielleux. Cela n’a jamais été mon avis, son univers m’a toujours beaucoup touché, beaucoup marqué, avec cette impression persistante d’avoir passé un excellent moment, même mieux, un moment historique.

Munich a longtemps mûri dans la tête de Spielberg. Une première fois annulé, c’est déçu que j’ai appris que Steven arrêtait le projet. Quelques années plus tard, mais aussi La Guerre des Mondes dans sa filmo, il relance son projet. Peut-être avait-il besoin d’un peu plus de maturité. De toute évidence, après vision du film, il l’a.

Spielberg est dans le paysage hollywoodien plus qu’un réalisateur, c’est un empereur. Mais nulle dictature, sinon celle de l’amour du septième art. On sait éperdument, que Spielberg n’est pas parfait, on sait qu’il a parfois fait des films assez moyens, Le Terminal en étant l’exemple le plus frappant. Mais Spielberg fait du cinéma comme Proust faisait de la littérature, même si on n’aime pas, y’a un vrai style. Pire, il y a un style inimitable et qui plus est, c’est une référence. Alors qu’est-ce que je pourrais dire de plus sur la mise en scène de Spielberg ? Il faut le dire, ne pas s’en cacher, mais il est rare de trouver des réalisateurs aussi soignés, aussi doués que lui, et que, cela serait prétentieux de pouvoir dire que ce film est bien réalisé, parce qu’à ce niveau là, la mise en scène de ce nouveau produit est aussi maîtrisée que ses précédentes réalisations : précision, efficacité, beauté, et grâce.

Alors je ne m’étendrai pas sur le soin apporté aux décors, ni sur la lumière, et encore moins sur l’ensemble artistique et technique de Munich. Car au-delà du simple film proposé, on est confronté à un thème fort, un thème, qui sur fond de guerre secrète, s’exprime d’une façon prodigieuse, le thème de l’innocence, celui de la perte de cette innocence. Cette guerre nous est aujourd’hui encore contemporaine, celle que l’on voit tous régulièrement à la télévision, depuis des dizaines d’années. Beaucoup ont choisis leur camp. Personnellement, je n’ai jamais pu. J’ai beaucoup de sympathie, autant pour l’état d’Israël que pour La Palestine. Ce que je regrette, c’est l’incompatibilité entre ces deux peuples. Je n’ai jamais cru en Dieu, et j’ai toujours pensé qu’avant d’être Français, Blanc, Catholique (j’ai été baptisé…) j’étais avant tout un être humain. Mon peuple c’est l’humanité. Donc, la mort d’un Israélien est pour moi aussi importante que la mort d’un Palestinien. Qui est en tort ? Qui suis-je pour le dire ?
Je ne suis hélas pas historien, à peine un étudiant en Histoire, et, le conflit israélo-palestinien n’est pas ma spécialité. En revanche, j’aime le cinéma, j’adore l’Histoire (je veux en faire mon métier), et c’est donc d’un œil curieux, un petit peu éclairé, et légèrement adorateur de Spielberg que je me suis jeté sur ce film, troublé de découvrir le nouveau Spielberg, l’homme qui m’a fait aimer le cinéma, l’homme qui m’a fait pleurer devant La Liste de Schindler, devant Rencontres du troisième type, E.T. (et oui, je suis un sentimental), qui m’a fait frémir devant Les Dents de la mer, qui m’a donné envie de devenir archéologue (j’en ai fait un an cela dit, de l’archéologie…), bref, son cinéma et moi, c’est de l’ordre de l’affectif, donc, être objectif c’est d’autant plus difficile. Mais je vais faire ce que je peux.

Troublé, je disais, car, j’avais en moi cette appréhension, celle d’un film qui choisit son camp. J’avais peur que Spielberg se trompe, que Spielberg ne fasse pas le film qu’il fallait faire sur ce sujet. Et encore une fois, après Schindler, après La Couleur Pourpre ou Amistad, Spielberg relève le défit avec une facilité qui en est presque déconcertante.

Ainsi, j’ai laissé le film commencer, et j’ai regardé le début de la tragique prise d’otage. Alors le doute s’installe, la violence qui découle de cette scène d’ouverture laisse présager comme un sentiment de parti-pris. Très vite, mes doutes s’estompent. Spielberg mélange images d’archives des télévisions de l’époque, et ses propres images. La mise en scène est efficace. Nous voilà alors plongés dans un drame. Je ne pourrais pas rajouter à drame, le terme historique, car ce film n’en a pas la prétention. C’est d’ailleurs ce qui fait selon moi, toute la force de ce film. Car ce Munich, bien qu’il s’inspire de faits réels, s’en détache rapidement, dès que la prise d’otage est terminée. Puis, on voit la vengeance de l’intérieur, par le Mossad, les services secrets israéliens. Spielberg, ici, ne cherche pas à faire une reconstitution fidèle de cette vengeance, non, il cherche, au contraire, à se servir de cette histoire (comme il l’avait si bien fait pour Il faut sauver le soldat Ryan), pour poser des questions. Pour surtout poser les bonnes questions. Dans un conflit dont on ne voit pas la fin, dans un conflit où les haines font le tour du monde, où chacun ose prendre parti, dans un conflit où des efforts énormes sont à faire, Spielberg montre des hommes, qui face à l’horreur vont devenir encore plus horribles, à en perdre leurs âmes.

Ainsi, un groupe d’agents du Mossad va être formé dans le but de localiser les commanditaires de la prise d’otage de Munich, et de les assassiner. Car c’est bien d’assassinats dont il s’agit. Aux grands maux les grands moyens… Le schéma est simple, on tue des Israéliens, on répond en tuant des Palestiniens, et vis-versa. Et c’est ainsi qu’une guerre à distance va s’établir. Le spectateur, lui, ne voit que le travail de ce groupe, qui doute, qui croit pourtant en Israël, mais qui va se remettre en question. De quel droit est-ce qu’Israël se fait justice en assassinat des gens présumés coupables ou devrais-je dire, présumés innocents ? Sans réelles preuves, des hommes vont -de ce fait- être tués. Mais à quoi sert la justice ? Pourquoi ne pas arrêter ces hommes et les traîner devant un tribunal ? Pourquoi ne pas appliquer les lois ? Pourquoi ne pas se comporter en être humain ? A cela, on répondra aisément que, face au terrorisme, il faut répondre par la force… Et si on donnait l’exemple plutôt ? Si on montrait que ce qui intéresse, c’est la paix à tout prix. Le film le dit très bien d’ailleurs, l’essentiel c’est d’être juste. Et abattre des êtres humains parce qu’ils ont participé à des crimes, ce n’est pas être juste. Quand un homme -quel qu’il soit- commet un crime, on ne doit pas se venger, on doit le juger. Evidemment, on pourra me dire, à moi, petit Français bien à l’abris des bombes, que c’est facile de critiquer une situation qui ne me touche pas. Pourtant si, je suis touché. Et ce film me le rappelle. Et il me le rappelle intelligemment, parce que ce film n’est ni pro-palestinien, ni pro-israélien, il est de ces films qui s’engagent dans une toute autre voie, celle de l’amour pour l’humanité, celle de ne jamais jeter la pierre aux uns et aux autres, celle de poser les bonnes questions : ne peut-on pas vivre ensemble ? Est-ce que c’est en tuant mon voisin que je ferais la paix avec lui ?

Alors oui, évidemment, c’est un film important. Mais au-delà de son discours, c’est aussi un film d’espionnage, qui montre les rouages d’un univers d’argent, de violence, de manipulation, d’hypocrisie. On se bat pour la paix, mais on vend des armes aux deux peuples belligérants. De quoi vous dégoûter de l’humanité...

Il faudrait incontestablement dire deux mots sur le casting. Quel casting ! Et de plus, Steven fait la part belle aux Français dans son film ! Et tant mieux pour nous ! Vraiment, Kassovitz y est excellent. Mais c’est Eric Bana, qui joue le personnage principal, qui confirme qu’il a l’étoffe d’un grand acteur. Jeu tout en finesse, il campe un personnage manipulé, et on suit à travers lui sa chute vers l’obscurité, ce côté d’où on ne revient pas, quand on a tué au nom d’un idéal auquel on ne croit plus, au nom d’une chose qui n’a plus de sens dès lors qu’elle a pris le parti d’être au niveau de ses ennemis. Un homme qui perd tout simplement son innocence.

C’est un film fort, très fort. L’intensité dramatique est présente tout au long des 2h40 qu’on ne voit pas passer, on se laisse porter, on ne veut pas de vengeance, trop de sang a déjà coulé, on veut justice c’est tout. Oui, c’est un drame, c’est un drame qui vous prend aux tripes, c’est un drame qui met en scène des moments puissants, écœurants même. Mais c’est aussi un drame où la détresse des hommes se fait ressentir, cette triste détresse qui vous rappelle que vous n’êtes qu’un homme et que nul ne peut jouer à Dieu en faisant justice lui-même. Je crois bien que je n’avais plus eu de larmes aux yeux depuis de nombreuses années au cinéma. C’est chose faite.

Alors, la question qui brûle toutes les lèvres : un grand Spielberg ? Assurément oui. Parce que c’était un film risqué, et il s’en sort magnifiquement bien. Un grand Spielberg, pour un grand humaniste.

Jérémie Conde

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