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About Schmidt. 2002.
Origine : Etats-Unis
Genre : Comédie dramatique
Réalisation : Alexander Payne
Avec : Jack Nicholson, Kathy Bates, Hope Davis, Dermot Mulroney...


Monsieur Schmidt est un statisticien pour assurances à la retraite. Fier d’avoir donné sa vie à son boulot, il regrette son départ et vit avec une certaine amertume d’être remplacé par un jeunot sans expérience.
Les premiers jours de sa retraite s’avèrent longs, devant partager ses journées avec sa femme qu’il ne supporte que difficilement, écœuré par ses manies. Parallèlement à cela, son unique fille se marie avec un garçon qu’il ne supporte pas et qu’il ne trouve pas à la hauteur de sa progéniture.
Alors que les journées passent lentement, il découvre à la télévision une pub pour parrainer un enfant dans un pays pauvre. Il décide de s’y investir, comme pour y trouver une sorte de sens à cette nouvelle vie qui s’offre à lui. Lorsqu’il reçoit les papiers lui expliquant le fonctionnement de la fondation, on lui demande d’écrire une lettre à son filleul en lui donnant quelques détails sur sa vie privée. Cette lettre puis celles qui vont suivre vont être le fil rouge de ce film mélancolique, parfois drôle, mais qui met un homme face à une réalité évidente : quel est le sens de la vie quand ce n’est plus son travail ? Dans ses lettres à ce petit garçon, Schmidt va trouver un échappatoire et aussi une façon de mettre à plat tout ce qui ne va pas dans sa vie. Bien sûr, il garde toujours à l’esprit qu’il s’adresse à un orphelin crevant de faim à l’autre bout du monde, ce qui l’aide à relativiser.
Lorsque sa femme meurt soudainement, Schmidt se retrouve tout seul dans une maison qui n’a vécu que grâce à son épouse. Refusant d’accepter que sa vie avait aussi un sens au côté de sa femme, il va s’enfermer dans une petite déprime qui l’amènera à se prendre lui-même en main. Alors qu’il découvre que sa vie a été une réussite aussi grâce à celle qui a partagé sa vie, il tombe sur des lettres d’un vieil amant. Cet amant n’est rien d’autre que son meilleur ami. Il décide alors de rejoindre sa fille qui va se marier dans quelques semaines. Cette dernière refuse de le voir, ne voulant pas s’occuper de lui, de peur qu’il devienne un poids trop lourd à supporter.
Schmidt qui espérait retrouver un peu de vie sociale au travers de sa fille se retrouve seul sur la route avec son camping-car. Il décide donc de visiter les alentours et de se laisser aller.

Toute la première partie du film nous montre un homme qui se cherche dans cette société qui lui enlève son travail. Il ne faut néanmoins pas croire dans ce discours qu’Alexander Payne, le réalisateur, cherche à justifier le sens de la vie à travers le travail. Non, bien au contraire, Payne critique cet aspect là de la société qui cherche à tout prix à faire du travail la raison de vivre de tout être vivant qui se respecte. Son personnage, Monsieur Schmidt, incarné par Jack Nicholson, est un homme qui n’arrive pas à tourner la page. Tant qu’il avait à se lever pour aller travailler, sa vie ne lui posait aucun problème. Mais dès lors qu’il se lève alors que personne ne l’attend, cela lui fait soucis. Que faire alors de ce temps libre ? Passer du temps avec sa femme ? Quarante années à ses côtés, et voilà qu’il ne supporte plus ses petits défauts, ceux-là même qu’il avait sans doute appris à apprécier dans sa jeunesse. La vie à deux devient alors un calvaire pour ce retraité qui cherche par tous les moyens à sortir de chez lui. De son côté, sa femme est aux petits soins, tentant d’apporter quelques fantaisies à leur quotidien. Elle sert le petit déjeuner dans le camping-car garé dans le jardin, comme pour faire semblant d’être en vacances. Mais tout cela le rend amer.
Après ce décès donc, Schmidt va partir et découvrir de nouvelles choses, s’intéresser à ce qui l’entoure. Le point de mire de tout cela est le mariage de sa fille qu’il n’arrive pas à accepter. Au-delà du fait qu’il déteste son futur gendre, laisser sa fille se marier, c’est accepter le fait qu’elle est adulte, qu’elle n’est plus l’enfant dont il s’est occupé plus tôt.

Le film ne s’enferme alors pas dans une quelconque nostalgie, il montre un homme dont la vie s’accélère brusquement et qui se rend compte qu’il ne sait pas être heureux seul, que tout son bonheur, que toute sa vie a été ce qu’elle a été parce qu’il avait cette femme aimante à ses côtés qui lui simplifiait la vie. Payne met alors en valeur ces côtés de la vie qui nous font oublier que notre entourage contribue pleinement à notre bonheur. Ainsi, Payne va brosser le portrait d’un homme seul. Seul alors que sa femme est avec lui, encore plus seul alors qu’elle ne l’est plus. Schmidt cherchera donc à combler ce vide avec sa fille qui le rejette, elle a sa vie à faire, pour évoluer, il faut quitter le cocon familial. Pourtant, le réalisateur ne peint pas là un portrait fait de noir et de blanc. Il y insinue des nuances subtiles comme pour rappeler la réalité des choses. Si la fille de Schmidt le rejette, elle ne rejette néanmoins pas les chèques qu’il lui envoie chaque mois. Payne met alors en valeur cette dépendance des uns et des autres. Alors que Schmidt cherche du réconfort, de l’amour, sa fille, qui a trouvé chaussure à son pied, n’est plus intéressée par l’amour d’un père, mais par le confort matériel que ce dernier lui offre, cette assurance de la vie. Schmidt joue alors son rôle de père vieillissant qui n’est là finalement que pour sécuriser la nouvelle vie de sa fille, la vie qu’elle a choisi. Bien que la suppliant de ne pas se marier, le mariage aura lieu. Schmidt se retrouve alors dans une solitude des plus complètes.
La solitude, en voilà un des thèmes fort de ce film. La question est posée, comment peut-on trouver une once de bonheur dans la solitude ? Comment se crée cette solitude ? Nous y enfonçons-nous consciemment ou inconsciemment ?
Payne brosse ainsi le portrait d’un homme amer, supportant mal la différence, supportant mal cette solitude qui lui est tombée dessus et qui cache au fond de lui-même une colère qu’il dissimule tant bien que mal.

La seconde partie du film se transforme en une sorte de road-movie, ceci permettant au réalisateur de confronter son personnage à autre chose que son quotidien habituel. Cette partie va donc contribuer à l’évolution du personnage, ce qui est d’ailleurs une particularité des plus intéressantes du road-movie. A travers la solitude, à travers les rencontres, à travers la découverte de nouvelles choses, le héros va être confronté à sa réalité, celle-là même qu’il fuit. La réflexion qui résultera de tout cela ne changera peut-être pas grand-chose à sa vie, mais elle lui permettra de mieux comprendre et d’accepter surtout.
De plus, le film se développe grâce à ces lettres que Schmidt envoie à son filleul, lettres où il dévoile toute sa mélancolie, tous ses drames, toute sa détresse. Elles lui permettent ainsi de tout mettre à plat. L’écriture devenant ainsi une forme d’auto-psychanalyse.

Le film brille par sa finesse, son intelligence de sentiments, son intelligence d’écriture. Jamais il ne tombe dans le sentimentalisme, au contraire, cette comédie dramatique sait subtilement être parfois décalée, parfois légère, parfois drôle, et parfois empreinte d’une mélancolie communicative. C’est un film très fort dans ses échanges d’émotions.
Jack Nicholson, comme à son habitude, y est exceptionnel, réussissant à camper un homme cachant une énorme colère, un homme paumé, un homme abattu par sa solitude. Sans jamais trop en faire, ce que nombre de personnes lui reprochent beaucoup, Nicholson est complètement dans la subtilité, c’est un délice.

Un film très intéressant qui permettra à son réalisateur de se faire un peu plus connaître du grand public, lui qui pourtant aime à rester dans le circuit indépendant, ce qu’il confirmera avec Sideways. Adapté librement du roman de Louis Begley, Mr. Schmidt, Alexander Payne et son scénariste Jim Taylor ont créé là une œuvre éloignée de l’originale, mais une œuvre poignante, une œuvre forte dans la filmographie impressionnante de Jack Nicholson, et une œuvre essentielle dans la filmographie d’Alexander Payne qui signait là son troisième film. Un coup de maître.

Jérémie Conde

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