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Miami Vice. 2006.
Origine : Etats-Unis
Genre : Action
Réalisation : Michael Mann
Avec : Colin Farrell, Jamie Foxx, Li Gong, Luis Tosar...




Miami Vice, plus connu en France sous le nom de Deux flics à Miami est une série des années 80 mettant en scène deux flics de Miami (d’où le titre n’est-ce pas ?) devant combattre les gros trafiquants de drogues qui se promènent sur les plages de Floride. Pour cela, on les habille comme des milliardaires, on les fait rouler dans des voitures de sport qui coûtent des centaines de milliers de dollars, tout ça pour l’apparence, pour avoir l’air de gros cracks de la drogue.

Ainsi, on peut revoir les épisodes de la série avec le plaisir de voir les années 80, et d’entendre les musiques d’un univers finalement très kitch. Michael Mann, heureux producteur de la série, décide d’adapter lui-même au cinéma une série qu’il a enfantée. Une vingtaine d’années plus tard, les fans l’attendaient au tournant. Est-ce que Michael Mann allait fidèlement adapter sa série, ou bien allait-il faire quelque chose de différent ?

C’est un peu un mélange des deux. En premier lieu, Michael Mann continue à faire un cinéma expérimental, en se permettant une réalisation plus cinématographique, une réalisation à laquelle il donne tout son sens durant un film qui ne baisse jamais de rythme ni de tension. Ainsi le réalisateur de Collateral signe un film tendu, nerveux, sec. Le film s’ouvre dans une boite de nuit, musique de Linkin Park en duo avec Jay Z, le son crache tout ce qu’il a, on est déjà dans le film sans même avoir encore aperçu nos deux valeureux flics. Puis tout s’enchaîne, tout va très vite, la tension palpable -dès le début- de cette équipe de flics bossant ensemble sur une mission ne s’arrête pas. Tout va très vite, et voilà nos deux héros, Sonny et Ricardo, infiltrés dans un trafic de drogue où le danger permanent se fait sentir à l’écran. Et c’est là la force du film, cette tension omniprésente qui ne baisse jamais et qui connaît son apogée dans la dernière demi-heure du film, grandiose !

Ainsi, peu importe un résumé de cette aventure, là n’est pas l’intérêt. D’ailleurs, Michael Mann ne prête pas vraiment attention à son scénario, son histoire est simple, il part d’un point donné et veut aller vers un autre point. Peu importe les détails, le réalisateur veut un film simple et efficace, sans fioritures, sans réelle psychologie. Ses personnages ne sont pas étudiés sous toutes les coutures comme il aimait à le faire dans des films comme Ali, Heat ou Révélations, non ce qui l’intéresse, c’est l’environnement. Et cet environnement, c’est ce danger omniprésent, cette pression sur ces flics infiltrés pour déloger une taupe qui bosse pour le FBI. D’ailleurs, Mann assume son histoire, il n’en a rien à faire, car on ne saura jamais, nous public, qui est cette taupe. Mann nous le montre, l’intérêt de ce film, c’est l’environnement, c’est le superficiel de cet univers pourri et violent de la drogue. Car tout n’est que superflu ici. Costards, bateaux, maisons, voitures, tout cela pour des millions de dollars, tout cela si futile et si fragile.



Ainsi Mann nous offre un polar musclé, gonflé, un polar dans l’apparence, un film dur, concret, nerveux. Servi par une BO encore une fois exceptionnelle, les images se déroulent devant nous avec l’étrange sensation qu’on est de l’autre côté de l’écran. Les effets sonores contribuent à cette sensation d’immersion dans le film. Un coup de feu, et on a l’impression qu’il a été tiré dans la salle tellement le bruit « fait vrai ». Une explosion, et on se sent soufflé avec la troupe des personnages. L’immersion est totale, et renforcée par la réalisation HD, granuleuse parfois, qui offre ce sentiment de quasi documentaire sur certaines scènes. Et puis les séquences de « gun fight », bien que rares sont vraiment géniales ! La nervosité se fait sentir, avec cette caméra à l’épaule proche des personnages. De plus, Mann nous évite les effets ralentis chiants au possible dans ce genre de productions. Bon, on pourrait parler de la réalisation de ce film pendant des heures…, mais juste rajouter que c’est une réalisation très expérimentale, et qui gênera beaucoup de monde, ce qui est une énorme qualité pour moi peut vite se transformer en énorme défaut pour d’autres. Et c’est aussi pour ça que j’aime le film et par ailleurs Mann, c’est qu’il prend des risques et ne sert pas des films formatés qu’on a déjà vu cent fois.

La force de Mann, c’est aussi sa direction d’acteurs ! Foxx et Farrell forment un bon duo, même si Farrell est parfois agaçant dans certains de ses films, ici, il est tout à fait à la hauteur, et le duo s’avère très vite fort charismatique. Les rôles féminins ne sont pas oubliés, avec une Gong Li magnifique de sensualité et de subtilité. Parlons des histoires d’amour, qui ne tombent jamais dans la mièvrerie, et des scènes intimes où encore une fois la nervosité et la tension se font sentir.

Ainsi Miami Vice se présente comme un film efficace, pas bourrin, mais qui va là où il veut aller sans fioritures. Certains regretteront une intrigue minimaliste, d’autres se satisferont de l’intelligence de l’utilisation d’un scénario un peu faible cherchant tout simplement à être efficace.

Bref, Miami Vice est un film sombre, un polar nerveux où l’intensité se fait présente du début à la fin. C’est à la fois un blockbuster et un film d’auteur. C’est du Mann. C’est beau, c’est dur, c’est tendre, c’est nerveux, c’est du bon !



Jérémie Conde

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