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My Bloody Valentine. 1981.
Origine : Canada
Genre : Slasher
Réalisation : George Mihalka
Avec : Paul Kelman, Lori Hallier, Neil Affleck, Keith Knight...


Depuis le succès de Halloween et de Vendredi 13, le slasher s'exporte, en utilisant si possible l'un des jours festifs, commémoratifs ou tout simplement "spéciaux" qui jalonnent le calendrier. Les canadiens sautent très tôt sur la Saint Valentin, avant que quelqu'un ne le leur pique. Il est vrai que le jour des amoureux dispose de ceci d'avantageux qu'il justifie d'emblée la présence de jeunes couples particulièrement acoquinés. Son caractère fleur bleue permet aussi de manier l'ironie avec une force que l'on ne retrouve guère à Halloween ou un vendredi 13, déjà macabres à la base. Le réalisateur George Mihalka l'a bien compris, et en guise d'avertissement, son tueur envoie des cœurs humains enveloppés dans des emballages en forme de cœur. Malin !



Une petite ville nord-américaine s'apprête à fêter la Saint Valentin. Les magasins sont décorés de petits cœurs, les guirlandes rouges et blanches ont envahi les devantures, les jeunes couples se font beaux et les moins jeunes retrouvent le sentimentalisme de leur vingt ans. C'est mignon tout plein. L'engouement populaire s'explique aisément : voilà pile vingt ans que les autochtones n'ont pas fêté les amoureux ! Vingt ans de sobriété imposés par le tragique évènement ayant endeuillé la précédente célébration. A l'époque, pendant que les gens guinchaient, les mineurs de fond continuaient à travailler. Les deux employés chargés de la sécurité désertèrent leurs postes pour retrouver leurs moitiés. Un coup de grisou, et ce fut le drame : les mineurs se retrouvèrent ensevelis. Un seul survécu : Harry Warden. Un an plus tard, les deux responsables du drame furent massacrés, et leurs cœurs furent envoyés aux fêtards, brisant net leur bonne humeur. Dans un message joint aux organes sanguinolents, Harry Warden interdisait toute nouvelle célébration de la Saint Valentin...
Vingt ans après, le shérif et le maire sont enclins à penser que la prescription est de rigueur. Grossière erreur : les meurtres reprennent quelques jours avant la fête. Pas fous, ils annulent les manifestations. Mais les jeunes ouvriers de la mine ne l'entendent pas de cette oreille : ils organisent une fête secrète sur leur lieu de travail.



Ayant été tourné peu de temps après Vendredi 13, Meurtres à la Saint Valentin colle au plus près du film de Sean S. Cunningham, qui lui-même reprenait beaucoup des éléments de Halloween. Une introduction meurtrière sortie de tout contexte, une baisse de régime justifiée par la présentation des personnages, l'évocation de la sinistre légende (ici sous forme de flash back) par un gardien du temple, quelques meurtres annonciateurs puis un déferlement meurtrier. La structure est en tous points semblable à celles des pères fondateurs du slasher, encore que le film de George Mihalka fasse davantage songer à celui de Cunningham qu'à celui de Carpenter eu égard au léger second degré qu'il développe. Vendredi 13 est même évoqué de manière indirecte, puisque la veille de cette Saint Valentin n'est autre qu'un vendredi 13, jour choisi par le tueur pour dézinguer la pauvre vieille gérante d'une blanchisserie qui se voyait déjà annoncer sa flamme au shérif de la ville. Celui-ci ne recevra la déclaration d'amour qu'après avoir découvert le corps déchiqueté dans une machine à laver. Une trace d'humour bienvenue, dans un film qui, à l'instar de beaucoup de ses congénères, s'égare dans son premier tiers sur la vie de ses jeunes personnages principaux. Le même genre de lumières qu'à l'accoutumée, boute-en-train inclus. A noter tout de même une audacieuse pirouette : le héros, rentré récemment au pays après une fugue dans l'ouest, a retrouvé sa copine dans les bras d'un autre. La pauvre fille se sent tiraillée, et résultat des courses, le héros fait la gueule, l'héroïne pleure et le petit ami légitime devient méchant... Un comble : pour la fête de la Saint Valentin, seuls les personnages secondaires peuvent batifoler, tandis que les "vedettes" s'empoignent comme des collégiens ! Tout en évitant les gags trop gras, Mihalka a la bonne idée de ne pas prendre ses têtes d'affiches (par ailleurs des acteurs sortis de nulle part) au sérieux, ce qui place son film à un niveau autrement plus respectable que les piètres potacheries n'ayant que trop nuit à la réputation des slashers.



Amené proprement sur des patins et non sur des gros sabots boueux, ce second degré peut alors s'étendre au tueur lui-même. Obscur dans la première partie du film (davantage conçue sur le mode "thriller"... comme dans tous les autres slashers ou presque), il se révèle surtout dans la dernière partie, assez longue. Mais ce n'est pas tant le tueur en lui-même qui importe ici, même si la question de son identité se pose dès lors qu'il porte un masque à gaz... Ce qui importe est le cadre dans lequel il agit : toujours dans l'optique de cette douce ironie, le réalisateur pervertit petit à petit l'esprit de la Saint Valentin en utilisant l'industrie minière de la ville. Quoi de plus opposé au romantisme que ces mineurs crasseux, que leur vieille mine mal éclairée ? Les amoureux se retrouvent ainsi à faire l'amour dans une salle des machines désaffectée ou encore dans un entrepôt reconverti en vestiaire. Le clou du spectacle se déroule même au cœur des labyrinthiques galeries minières, éclairées aux ampoules crasseuses. Particulièrement soigné, ce décor provoque une impression de claustrophobie qui vient nous rappeler que le film fut produit par le producteur de Frissons et de Rage, les deux premiers Cronenberg.

La seule chose manquant véritablement à ces Meurtres à la Saint Valentin est la présence de sang. L'hémoglobine se fait cruellement absente, ce qui pour un film affichant un joli décompte de meurtres (souvent à la pioche, arme de prédilection du tueur) laisse perplexe. Non pas que George Mihalka n'y ait pas pensé : de telles scènes furent bel et bien tournées. Mais on ne badine pas avec l'amour, et les censeurs taillèrent dans le lard. Pas de quartiers. Les coupes se font parfois ressentir, conférant une sensation d'inachevé à certaines scènes. Voilà qui est bien dommage : ce très bon petit slasher méritait d'être traité autrement.

Loïc Blavier

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