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Star Wars episode I : The Phantom Menace. 1999.
Origine : Etats-Unis
Genre : Space opera
Réalisation : George Lucas
Avec : Liam Neeson, Ewan McGregor, Natalie Portman, Jake Lloyd...




Qui aurait pu imaginer à l’époque de la sortie de La Guerre des étoiles en 1977 que les Luke Skywalker, Princesse Leïa, Han Solo, Obi Wan Kenobi et autres Dark Vador entreraient à jamais dans l’imaginaire collectif ? En vérité personne, pas même George Lucas, leur créateur. Indéniable réussite commerciale, La Guerre des étoiles a en outre engendré un véritable phénomène de société tout en modifiant de manière considérable l’industrie cinématographique dans son approche des films à grand spectacle (produits dérivés, matraquage publicitaire, …). Au sortir du Retour du Jedi en 1983, George Lucas se trouve à la tête d’un gigantesque empire financier qui lui offre toute latitude pour faire ce qu’il lui plaît. Pour satisfaire un public qui en redemande, la facilité aurait été qu’il poursuive les aventures de Luke et compagnie selon la logique mercantile du « toujours plus », que les studios s’ingénient à employer à outrance à l’heure actuelle. Sauf que George Lucas n’y tient pas, pour la simple et bonne raison qu’en l’état, sa trilogie lui laisse comme un goût d’inachevé. Le manque de moyens (surtout sur le tournage du premier film) et les limites des effets spéciaux de l’époque ont en quelque sorte bridé son imagination, l’obligeant à supprimer de nombreuses scènes contenues dans le scénario qui lui tenaient à cœur. Alors il a pris son mal en patience, concentrant l’essentiel de ses activités à la production jusqu’à la révolution Jurassic Park en 1993.
En abandonnant son souhait originel de réaliser son film avec 80% d’effets mécaniques au profit d’images de synthèse jugées plus concluantes, Steven Spielberg a donné le point de départ d’une véritable révolution technologique. Toujours à la pointe du progrès, Industrial Light and Magic -la firme fondée par George Lucas- a réussi des prouesses sur ce film. La firme dirigée par Dennis Muren est parvenue à redonner vie à tout un pan du bestiaire préhistorique de manière bluffante, tant par leur réalisme que par leur incrustation à l’écran. Et dans le même temps, ILM a donné sans le savoir le coup d’envoi de la mise en chantier de la nouvelle trilogie estampillée Star Wars. Fort de cette nouvelle technologie, qui ne cesse depuis de s’améliorer (en 1997, Le Monde perdu sera ainsi plus impressionnant que son prédécesseur Jurassic Park), George Lucas se sent même d’attaque pour repasser à la mise en scène, lui qui n’en raffole pourtant pas. Cependant, en bon gestionnaire qu’il est, il s’attache d’abord à « dépoussiérer » la première trilogie en restaurant les films d’origine tout en y adjoignant quelques effets spéciaux numériques en plus, voire des scènes inédites comme cette discussion entre Han Solo et Jabba the Hutt sur Tatooine dans La Guerre des étoiles. En ressortant les trois premiers films au cinéma, non seulement il relance l’attente des fans de la première heure mais en plus, il permet à une nouvelle génération de découvrir à son tour l’univers de Star Wars. Ceci fait, il peut désormais se lancer dans le tournage de La Menace fantôme qui, à la surprise générale, ne s’intéressera pas à Luke Skywalker et ses amis mais à son père, Anakin. La nouvelle trilogie (ou prélogie) que George Lucas a en tête se déroule avant les événements décrits dans la trilogie originale et se propose de nous faire vivre le basculement progressif de Anakin Skywalker du côté obscur de la force. Contre toute attente, Dark Vador devient donc le personnage principal de la saga.

Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine…La République Galactique est en proie à de sérieux troubles. La taxation des routes commerciales entre les différents systèmes solaires provoque quelques difficultés. La cupide Fédération d’Echange souhaite régler le problème par la force et instaure un blocus militaire autour de la planète Naboo, de la jeune reine Amidala (Natalie Portman). Alors que le Congrès de la République se perd en d’interminables débats, le Chancelier suprême dépêche deux chevaliers Jedi -Qui Gon Jinn (Liam Neeson) et Obi Wan Kenobi (Ewan McGregor)- pour régler le conflit.



Avec le recul, le choix de George Lucas de revenir aux origines de Dark Vador est somme toute logique. Si il avait opté pour la suite des aventures de Luke Skywalker, il se serait heurté à toute une somme d’histoires déjà existantes, que cela soit en livres ou en bandes dessinées, ce fameux univers étendu né de la frustration des fans. Néanmoins, si son choix semble logique (et selon ses dires, celui-ci renvoie à l’histoire par laquelle il aurait souhaité commencer à la fin des années 70), il n’en paraît pas moins périlleux dans le sens où la prélogie se doit de respecter ce qui a déjà été montré pour que le tout s’imbrique de manière cohérente. Mais rapidement, certains détails nous indiquent que cette cohérence n’a pas constitué la préoccupation majeure de George Lucas.
Le design général n’est pas en cause. Certes, les vaisseaux sont plus rutilants et paraissent plus modernes que ceux que nous connaissons mais cela participe de l’aspect prospère de la République Galactique, pas encore en proie à la guerre ouverte entre le Bien et le Mal des épisodes IV à VI. Il en va de même des deux nouvelles planètes dont nous faisons la connaissance -Naboo et Coruscant-, au gigantisme et à la magnificence assumés. On sent que George Lucas s’est fait plaisir, profitant pleinement des innombrables possibilités offertes par les images de synthèse. Et si on peut leur préférer l’aspect artisanal des matte-paintings de l’époque, il faut reconnaître que leur emploi ne gâche pas le film dans cet emploi précis. En fait, les principaux détails qui viennent mettre à mal la cohérence de l’ensemble proviennent de certains personnages eux-mêmes. Ainsi, si il était évident que l’on retrouve Yoda et Obi Wan Kenobi, la présence de R2 D2 et C3PO laisse songeur. Le premier, indispensable compagnon de Luke, se retrouve ici au service de la flotte de la reine Amidala et se montre toujours aussi utile et débrouillard. Quant au second, il n’est ni plus ni moins qu’une création inachevée du jeune Anakin. En tant que robots, qu’ils aient été construits en série et puissent donc être encore de la partie n’est pas impensable. Par contre, cela le devient lorsqu’on les affuble des mêmes matricules, signifiant ainsi que nous avons bien affaire aux mêmes robots. Dès lors, on peut s’interroger sur l’amnésie qui les frappe une fois au service de la Princesse Leïa. Bien sûr, on peut toujours arguer d’un hypothétique reformatage de la mémoire des deux robots pour expliquer cela. Mais le fait d’exposer ce genre d’argument fallacieux montre bien que leur présence pose problème quant à la cohérence de la saga dans son intégralité. Et dans le cas de C3PO, son apparition se borne au clin d’œil puisqu’il ne joue aucun rôle dans la narration. Par contre, le cas de R2 D2 est plus complexe et renvoie à cette autre incohérence, l’aspect physique de Anakin Skywalker.
D’Anakin, nous en avions eu un bref aperçu à la fin du Retour du Jedi, lorsqu’il venait saluer une dernière fois son fils en compagnie de Obi Wan Kenobi et maître Yoda. Il s’agissait alors d’un homme brun. Ici, surprise, nous retrouvons un jeune Anakin blond comme les blés ! Un garçonnet qui vit sur Tatooine avec sa mère, qui ne rêve que de voyager et adore piloter. Cela ne vous rappelle rien ? Il s’agit ni plus ni moins que d’une reprise des principaux traits de caractères de Luke. Si l’on ajoute à cela R2 D2 qui finit par faire équipe avec le jeune Jedi en devenir, la correspondance entre le père et le fils saute aux yeux. George Lucas ne s’est guère foulé et a repris ni plus ni moins les mêmes ficelles que pour La Guerre des étoiles. Son Anakin est ici un Luke bis qui revit plus ou moins les mêmes péripéties, jusqu’au final dans l’espace où il détruira le cœur d’un vaisseau, source d’énergie des soldats robots de la Fédération. Le parallèle avec l’étoile noire est limpide, et le manque d’imagination de Lucas flagrant. C’est bien simple, si l’on excepte les effets spéciaux générés par ordinateur, La Guerre des étoiles et La Menace fantôme se ressemblent énormément. Plus de vingt ans après sa dernière réalisation, George Lucas n’a pas changé d’un iota, usant des mêmes transitions entre les scènes (des fondus enchaînés) et d’un montage similaire pour les scènes d’action. Ainsi, le combat tant espéré qui oppose Qui Gon Jinn et Obi Wan Kenobi à Dark Maul pâtit de sa mise en parallèle avec l’avancée de la reine Amidala et de ses hommes dans les coursives de son palais. Pourtant soutenu par l’épique morceau "Duel of the fates" de John Williams, l’intensité dudit combat s’en retrouve considérablement diluée. Et Dark Maul, personnage au look pourtant impressionnant, de disparaître dans l’indifférence générale sans laisser une trace indélébile au sein de la saga.
Ce qui nous amène à une autre faiblesse du film, son incapacité à inventer de nouveaux personnages inoubliables. Tout à ses effets spéciaux, George Lucas créé des peuplades entières en images de synthèse (les Gungans), divers monstres (les poissons et autres lézards peuplant les fonds marins de Naboo) et autres créatures sans qu’ils imprègnent notre rétine de manière durable. Il faut dire qu’il ne les gâte pas, les tournant le plus souvent en ridicule. Preuve en est Jar Jar Binks -personnage entièrement en images de synthèse et censé incarner une petite révolution dans le domaine- qui, à force de maladresses et d’incompétences, en devient insupportable. Il représente l’élément comique du film mais ne contribue qu’à son infantilisation, chacun de ses actes n’apportant que gêne au lieu des rires escomptés. Ce n’est pas pour rien si ce personnage a concentré l’ire du public à la sortie du film. A son corps défendant, il incarne cette volonté farouche de George Lucas de proposer un film tout public en désamorçant les instants dramatiques. Cela donne Jar Jar Binks se prenant les pieds dans le tapis en plein combat alors que son peuple se fait décimer par les soldats robots de la Fédération. Et puis il y a cette scène, soi-disant le morceau de bravoure du film, qui ne semble avoir été pensée que pour les produits dérivés à venir. Je veux bien sûr parler de la course de Pod-race à laquelle participe le jeune Anakin. Par sa conception exclusivement synthétique et les nombreux points de vue à bord du cockpit, cette longue scène ressemble à s’y méprendre à un jeu vidéo, ce qu’elle deviendra de manière officielle par la suite.
Finalement, au-delà du destin tragique de Anakin, qui n’est qu’esquissé lors de la réunion du conseil des Jedis, l’intérêt de La Menace fantôme réside dans ses méandres plus politiques impulsés par les manipulations de Palpatine. Cela donne l’occasion à George Lucas de se montrer sarcastique à l’égard des politiques, plus prompts à s’épuiser en vains palabres qu’en actes. Il les dépeint comme des lâches qui ne cherchent à défendre que leurs propres intérêts et, partant, favorisent la chute de leur sainte République. Par leur passivité et leur manque d’engagement, ils personnifient les principaux responsables de la période trouble à venir.
Avec le recul, cet épisode I n’est pas aussi horrible que dans mes souvenirs. Le temps a atténué la déception. Toutefois, il faut préciser que les effets spéciaux ne sont pas toujours à la hauteur. Un comble ! Quant aux personnages importants de la saga -Obi Wan Kenobi, Anakin Skywalker, Yoda- ils ne sont ici qu’à l’état d’ébauche, la suite leur réservant davantage d’importance. Si l’on excepte Qui Gon Jinn, qui sert de lien entre Obi Wan et Anakin, la seule à s’imposer réellement est la reine Amidala. Quelque peu naïve et courageuse, elle rappelle par certains aspects la Princesse Leïa -ce qui n’est certainement pas fortuit- et se révèle également être un personnage des plus tragiques. En pensant agir pour le bien de son peuple, elle précipite sans le savoir la chute de la République.



La Menace fantôme est de ces films qu’il est difficile d’évoquer de manière objective, si tant est qu’on ait aimé la première trilogie. Fatalement, il se retrouve comparé à ses prédécesseurs et ne peut en sortir qu’amoindri. George Lucas ne peut l’ignorer, comme il ne peut ignorer qu’une grande majorité du public l’accompagnera jusqu’au bout, désireux de pouvoir enfin assister à la chute de Anakin Skywalker lors de cette fameuse guerre des clones. La Menace fantôme s’avère un film sans âme et guère palpitant qui ne parvient jamais à sortir de l’ombre écrasante de La Guerre des étoiles dont l’influence pèse de tout son poids sur chacune de ses images. Il y a là comme un constat d’échec qui s’impose et le sentiment que plus rien ne pourra être comme avant.

Bénédict Arellano

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