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Return of the Texas chainsaw massacre. 1994.
Origine : Etats-Unis
Genre : Mauvaise idée
Réalisation : Kim Henkel
Avec : Renée Zellweger, Matthew McConaughey, Robert Jacks, Tonie Perensky...




Alors que le bal de fin d’année bat son plein, Heather cherche désespérément à remettre la main sur son petit ami Barry. Elle finit par le retrouver dans les bras d’une autre, qu’il embrasse goulûment. Folle de rage, elle se précipite dans la voiture du jeune homme et démarre sur les chapeaux de roues ! Parvenu à monter à bord in extremis, Barry tente de raisonner Heather qui file à tombeau ouvert sans se soucier d’une quelconque destination. Jenny et Sean, qui faisaient je ne sais trop quoi sur la banquette arrière, ne réussissent pas davantage à lui faire entendre raison. C’est ainsi que les quatre compères se retrouvent complètement paumés sur un chemin de terre perdu au milieu des bois. Et comme si cela ne suffisait pas, une voiture sortie de nulle part les percute, rendant tout retour impossible. Il ne leur reste plus qu’à marcher jusqu’à la maison la plus proche afin de demander de l’aide...



Une aide que bien sûr ils n’obtiendront jamais, sinon ce ne serait pas drôle. Voici donc le point de départ de cet énième Massacre à la tronçonneuse, qui devrait être le quatrième du nom mais qui, de par la volonté du réalisateur Kim Henkel, co-scénariste du film original, se trouve à mi-chemin du remake et de la remise des compteurs à zéro. Frustré par la direction prise par les deux suites officielles du film de Tobe Hooper, Kim Henkel a tout de même fait patienter près de 5 ans Robert Kuhn, le producteur du film, avant d’accepter sa proposition. 5 années qu’il aurait pu mettre à profit pour peaufiner une histoire digne de ce nom. Au lieu de ça, son Return of the Texas chainsaw massacre reprend la même structure que celle du premier film et en décalque les scènes emblématiques (l’une des victimes pendue à un croc de boucher, le repas de famille, la poursuite dans les bois...), sans y apporter beaucoup de nouveautés. Le réalisateur s’en justifie en décrivant son film comme « une extension du film de Tobe Hooper, tel qu’il aurait dû être ». Donc le bonhomme n’est pas seulement frustré par Massacre à la tronçonneuse 2 et 3 mais également par le premier film dont le faible budget les aurait contraints à certains choix douloureux. Pourtant, ce serait oublier un peu vite que ce sont justement ces conditions de tournage précaires qui ont contribué à faire de Massacre à la tronçonneuse un classique du cinéma d’horreur, distillant une ambiance malsaine de folie meurtrière dans un cadre au réalisme sordide. Enfin... Il est après tout libre de légitimer sa démarche comme il l’entend. Néanmoins, son discours préfigure celui de ses producteurs peu scrupuleux qui à partir des années 2000 lanceront une déferlante de remakes dans le but de dépoussiérer quelques classiques du cinéma d’horreur afin qu’ils correspondent davantage aux canons de notre époque. Dans le cas présent, c’est juste dommage de l’entendre de la bouche d’un des participants à la création d’un film mythique...
En dépit des propos de son auteur, ce Return of the Texas chainsaw massacre ne revêt donc aucun intérêt pour les amateurs du film de Tobe Hooper. J’irais même plus loin en affirmant que découvrir la version de Kim Henkel relève du calvaire. C’est bien simple, lorsque nous n’avons pas la désagréable impression de voir un film dépourvu de toute imagination, on a le sentiment qu’on se moque de nous. Premier mauvais point, Leatherface se retrouve relégué au rôle de quasi figurant au profit du plus loquace Vilmer, le dépanneur timbré interprété par un Matthew McConaughey alors à l’aube de sa carrière. Perceptible depuis Massacre à la tronçonneuse 2, ce changement témoigne de l’impossibilité de pondre des films d’horreur sans dialogues, quand bien même ceux-ci ne brilleraient pas par leur intelligence. La force du premier film résidait dans cette confrontation presque mutique entre Sally et Leatherface dont les râles et le son de la tronçonneuse en action répondaient aux cris stridents de la jeune femme épouvantée. Cela n’en renforçait que davantage le côté bestial de leur affrontement. Désormais, ce genre de parti pris semble impossible. Il faut que ça déblatère à tout va. Répondant parfaitement à ce cahier des charges, Matthew McConaughey interprète son personnage sans nuance, vociférant à qui mieux mieux et fichant des torgnoles à tous ceux qui ont le tort de passer à sa proximité. C’est censé le rendre inquiétant ? Ça suffit juste à le rendre proprement insupportable. Et les autres personnages ne sont pas en reste, que ce soit le frangin W.E et ses sempiternelles citations, ou Darla, un nouveau personnage à l’intérêt tout relatif, tous rivalisent en cris et roulements d’yeux à faire pâlir le Christian Clavier des Visiteurs, dans des élans grotesques et excessifs qui auraient eu toute leur place au sein de Massacre à la tronçonneuse 2. Un comble lorsqu’on sait à quel point Kim Henkel ne porte pas cette séquelle dans son cœur... Il a beau s’en défendre, le fait demeure : son film paie aussi son tribut aux deux suites qu’il exècre. Aux exemples déjà mentionnés, j’ajouterais également la mise en avant de Vilmer qui évoque Eddie Sawyer, le personnage interprété par Viggo Mortensen dans Leatherface : Massacre à la tronçonneuse 3, suivant la même volonté de présenter le Mal sous les traits avenants d’un beau jeune homme. Personnage pourtant emblématique de la saga –c’est quand même sur lui que se vendent les films !–, voici Leatherface réduit au rang de faire-valoir, voire rendu au statut de victime tant le personnage se fait de plus en plus maltraiter par les autres membres de la famille au fil des séquelles.
Mais il y a pire. Kim Henkel ne s’est pas juste contenté de reprendre le scénario écrit 20 ans plus tôt, il a aussi voulu l’étoffer en apportant une sorte de justification aux actes de la famille cannibale, amorçant là aussi une autre grande mode du cinéma horrifique actuel. Il n’y a rien de plus effrayant que l’inconnu, l’indicible ou tout ce qui échappe à la raison. Leatherface était cet être effrayant parce qu’il tuait comme on respire, sans y réfléchir et surtout sans explication. Sur un coup de tête, Kim Henkel a décidé de lever le voile sur leurs agissements, et ce qu’il révèle donne à cette famille de fêlés anthropophages le statut de simple exécutante au service d’un homme riche, désireux d’étudier en détail les mécanismes de la peur. Si Kim Henkel avait voulu détruire définitivement l’aura maléfique qui se dégageait de cette famille, il ne s’y serait pas pris autrement. Car en plus de tomber comme un cheveu sur la soupe, le personnage de Mr Rothman –l’homme riche– est porteur de motivations difficilement réalisables tel que le film a été conçu. C’est bien beau de vouloir connaître en détail les mécanismes de la peur mais à quoi bon si il ne procède pas à une observation attentive du sujet ? Ce n’est pas en passant en coup de vent et en léchant le visage de la victime qu’il va comprendre quoi que ce soit à l’objet de ses recherches.



Il n’y a décidément rien à sauver dans ce Return of the Texas chainsaw massacre, qui réussit l’exploit d’être encore plus grotesque que ses deux prédécesseurs, se permettant même un drôle d’hommage à La Mort aux trousses sans trop qu’on sache ce qu’il vient faire là. A tel point qu'on peut décemment se demander si le réalisateur n'a pas voulu faire une parodie. Facétieux, l'affichiste vidéo a ouvertement misé sur cette éventualité. En tout les cas, on peut affirmer avec certitude que Kim Henkel n’a visiblement pas saisi ce qui faisait la force du film original. Et il n’a surtout pas compris qu’un canevas aussi mince n’était vraiment pas propice à une exploitation à outrance. Malheureusement, l’échec de son entreprise n’a pas servi de leçon et depuis, nous avons eu droit à deux autres succédanés du film de Tobe Hooper...

Bénédict Arellano

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