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Mars Attacks!. 1996.
Origine : Etats-Unis
Genre : Comédie / Science-fiction
Réalisation : Tim Burton
Avec : Jack Nicholson, Glenn Close, Pierce Brosnan, Martin Short...




Dans la foulée de la frénésie extra-terrestre dûe à X-Files, de nombreux films de science-fiction virent le jour. La plupart admettons-le assez quelconques. Mais d'autres se distinguèrent allégrement, comme le Independance Day de Roland Emmerich de part son budget maousse et son sensationalisme patriotique (qui reste aujourd'hui sujet à débat : film autoparodique ou non ?) mais aussi cette autre grosse production qu'est Mars Attacks! par l'un des réalisateurs les plus réputés du moment : Tim Burton, dont la filmographie jusqu'alors imposait le respect (la médiocre Planète des Singes ayant été tourné plus tard, de même que le polémique Charlie et la Chocolaterie ou les opportunistes Noces funèbres). Et avec Mars Attacks!, le réalisateur se proposa pour la première fois d'abandonner son sujet favori, les "freaks", pour se concentrer sur une énorme farce satirique se basant sur des cartes de collection sorties dans les années 60. Ce qui laissa à Burton le champs libre pour inscrire son film dans une tradition qui relève bien plus de la science-fiction des années 50 et 60 (avec en premier lieu La Guerre des Mondes de Byron Haskin, de laquelle les bruitages des armes martiennes sont tirés) que de celle née des X-Files. Les costumes, les éclairages, la bande-originale composée par Danny Elfman, le look foutraque des martiens et de leurs soucoupes : toute l'apparence du film pourrait être taxée de "vintage" si l'on voulait briller en société. Rétro, certes, mais surtout caricatural, ce qui permet à Burton de créer une esthétique carton-pâte de cartoon très colorée qui lui est propre et qui distingue Mars Attacks! des autres films se référant à la science-fiction d'antant.



Et avec un tel look aussi étrange, que faire d'autre qu'une comédie ? C'est donc avant tout l'objectif de cette semi-Guerre des Mondes façon Burton qui nous présente l'invasion du monde par des martiens qui se jouent complètement d'une humanité complètement à la ramasse. Strictement aucun personnage humain ne sera raisonnable, et le casting monstrueux réuni par Burton (Jack Nicholson, Glenn Close, Pierce Brosnan, Danny DeVito, Martin Short, Sarah Jessica Parker, Michael J. Fox, Rod Steiger, Natalie Portman, Pam Grier, Tom Jones, Christina Applegate...) s'en donnera à coeur joie pour incarner des humains d'une bêtise proprement consternante et véritablement très drôle. Personne ne sera ici épargné : le bas peuple s'en prend plein la tronche avec ces beaufs patriotes adeptes de l'auto-défense qui seront tous détruits en même temps que leur volonté de mourir dignement. Les médias non plus ne s'en sortiront pas indemnes, entre un arriviste trop méticuleux et sa collègue et néanmoins copine décérebrée, qui tout deux finiront très très mal. Il y a aussi les scientifiques, incapables de donner une seule bonne prévision ou analyse du comportement martien. Les militaires, aussi différents puissent-ils être, va-t'en-guerres ou diplomatiques, seront tout aussi chargés en bêtise et leur inutilité sera notoire. Restes donc les politiques, avec le Président et son entourrage, qui prennent toujours les mauvaises décisions au mauvais moment, pour de mauvaises raisons, qui sont incapables d'apprendre de leurs erreurs, et dont la confiance qu'ils portent à des incapables nuit sérieusement à leur crédibilité. Burton démysthifie tout et tout le monde avec une force satirique toute personnelle qu'il n'avait jusqu'alors pas tellement montré dans sa filmographie. Jusqu'au système économique qui se trouve également ridiculisé par un personnage de capitaliste basé à Las Vegas et qui compte s'enrrichir sur le dos des martiens ! D'ailleurs ces aliens là nous apparaissent comme éminemment sympathiques, tant leurs intentions sont pures : s'amuser avec des terriens sous-doués (au passage on notera une courte mais mémorable scène incluant la France).
Et puis bien sûr il y aura des vrais héros, des libérateurs, que Burton n'épargnera pas non plus en en faisant des gens foncièrement aussi bêtes que tous les autres : des adolescents mous (le fils des patriotes, la fille du Président), une hippie alcoolique, une grand-mère sénile ou encore un boxeur sur le retour grimé en pharaon... La solution à l'invasion elle-même sera très très drôle, prolongeant jusqu'à l'aberration le côté un peu tiré par les cheveux d'un film comme La Guerre des Mondes (tant l'original de Haskin que le remake de Spielberg, d'ailleurs). On saluera l'excellent speach de fin, où l'un des survivants nous fait par de son désir de voir l'humanité vivre dans des tipis en lieu et place des maisons traditionnelles...



Tout cela est réunit dans un film qui en plus d'être très drôle au niveau de ses personnages et de leur traitement satirique, se révèle également très irrévérencieux dans ses scènes d'action : colombe explosée, membres du congrès atomisés, arme nucléaire réduite à rien du tout par une sorte de trompette de foire... Sans parler des monuments nationaux détruits partout dans le monde (mention spéciale aux têtes en pierre de l'Ile de Paques). Burton et tout l'ensemble de son casting et de son équipe technique se lâchent, livrant un film totalement fluide, sans aucune baisse de régime, que celà soit au niveau de la comédie, de l'action et de la satire. Tout se marrie de la plus plaisante des façon pour un film atypique mais incontournable dans la carrière de Tim Burton. Forcément, ce manque de respect des conventions valu au réalisateur les foudres des critiques américains ainsi qu'un semi-échec au box office... Peut-être une preuve supplémentaire du conformisme d'une nation américaine qui ne se prête guère à l'auto-critique, même quand celle-ci se révèle aussi comique que dans Mars Attacks!. Que celà soit par ses films consacrés aux rêveurs marginaux ou par cette énorme farce satirique, Burton continuait malgré tout à lutter avec brio contre les conventions.

Loïc Blavier
le 11/01/2007

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