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Maniac Cop 2. 1990.
Origine : Etats-Unis
Genre : Création de franchise
Réalisation : William Lustig
Avec : Robert Davi, Claudia Christian, Michael Lerner, Robert Z'Dar...




Un mois s’est écoulé depuis la vague de meurtres perpétrés par Matt Cordell. Son corps toujours introuvable, son dossier n’en pas moins été classé en dépit des avertissements de Theresa Mallory et Jack Forrest. La police a d’autres chats à fouetter que s’embêter à rechercher un homme déclaré mort depuis trois ans. Elle préfère se concentrer sur ce tueur en série qui a fait des stripteaseuses ses proies de choix. Pourtant, face à l’assassinat de plusieurs agents de police, dont Jack et Theresa, les autorités doivent se rendre à l’évidence : Matt Cordell est de retour et il n’en a pas fini avec sa mission vengeresse...



William Lustig est tout de même un drôle de bonhomme. A l’époque de la sortie de Maniac Cop 2, le réalisateur assurait la promotion de son film en exprimant le plus sérieusement du monde son aversion pour les séquelles, citant nommément les Freddy et les Vendredi 13 pour illustrer ses propos. Il leur reproche notamment d’être souvent inférieures à l’original et de répondre davantage à la loi du marché vidéo qu’à une réelle démarche artistique. Mais là où cela devient savoureux, c’est lorsqu’il évoque l’arlésienne Maniac 2 qu’il avait la volonté de réaliser avant que le décès de Joe Spinell n’enterre définitivement le projet, et son envie d’un Relentless 2, suite du film qu’il a tourné entre les deux Maniac Cop et sorti directement en vidéo en France sous le titre de Psycho killer. Deux hypothèses s’imposent à nous : soit William Lustig se moque du monde avec un bel aplomb ; soit, conformément à ses dires, il s’estime apte à réaliser une séquelle en tous points supérieure à l’original. Pour cette dernière option, il suffit de juger sur pièces pour s’apercevoir que même si il s’en estimait capable, William Lustig a échoué à ne serait-ce qu’égaler Maniac Cop premier du nom.
Bien que nettement plus jovial dans le ton, Maniac Cop maintenait néanmoins une certaine continuité avec les précédents films du cinéaste, notamment par son approche frontale et plus réaliste des bas fonds new-yorkais. Pour Maniac Cop 2, le seul et unique credo du réalisateur semble avoir été la surenchère, plaçant ipso facto sa séquelle dans la lignée de nombreuses autres. A l’écran, cela se traduit par l’omniprésence de Matt Cordell, que William Lustig n’hésite plus à filmer sous tous les angles, en dépit d’un maquillage le rapprochant d’un hareng pas frais –le réalisateur n’oublie pas que son personnage a passé du temps dans l’eau-. L’agent d’outre-tombe s’accapare même du rôle principal avec toute la brutalité dont il est capable, la première partie du film consistant pour lui à se venger des deux flics qui lui avaient mis des bâtons dans les roues lors du premier volet. On ne peut faire plus explicite comme note d’intention ! Les remplaçants de Jack et Theresa sont trop effacés pour pouvoir durablement lui faire de l’ombre. La psychologue Susan Brady ne sert qu’à jouer les otages de luxe, tandis que le Lieutenant Sean McKinney, que l’on nous présente comme l’un de ces flics durs à cuire faisant passer leur job avant tout le reste, demeure en retrait tout le film, observateur tranquille et décontracté des exactions du Maniac Cop. On touche là l’une des limites de cette séquelle, qui brasse beaucoup trop de personnages pour une durée aussi courte. En outre, certaines de ces figures, fortement dispensables au demeurant, accaparent de trop un réalisateur qui part dans tous les sens. Je pense notamment au personnage du serial killer avec lequel s’acoquine le Maniac Cop, en dépit de toute logique. Loin d’apporter une plus-value au récit, la constitution de ce duo marque son basculement dans le n’importe quoi. Ainsi, Matt Cordell retrouve t-il subitement la parole, ce qui lui permet de narrer par le menu sa triste histoire à son hôte... et à William Lustig de nous remontrer en intégralité la scène de son agression dans les douches de Sing Sing, issue du premier film. Voici une redite qui en dit long à la fois sur son manque d’imagination et sa volonté de faire partager aux spectateurs qui n’auraient éventuellement pas vu le premier film tout le tragique de la situation de Matt Cordell. Car plus encore que dans le film original, la réhabilitation de l’agent Matt Cordell se retrouve au centre des débats, ou plus exactement s’impose à mi parcours lorsqu’il s’agit pour William Lustig de trouver une conclusion acceptable à son histoire. Alors que son statut de victime n’était qu’évoqué précédemment, celui-ci se voit subitement confirmé au détour de la confession-minute du divisionnaire Edward Doyle obtenue sans trop forcer par McKinney. Qu’il accepte de manière aussi impromptue à assumer ses torts laisse rêveur quant aux qualités d’un scénario jugé bien meilleur que le premier par un William Lustig décidément survolté lorsqu’il s’agit de promouvoir son film.



Malgré tout, ce Maniac Cop 2 n’est pas un naufrage total. Si le scénario se pare de tous les attributs de la suite lambda avec tout ce que cela présuppose en sensations de déjà vu, William Lustig parvient néanmoins à conférer de la vie à son film en soignant tout particulièrement les scènes d’action. Bénéficiant d’un budget plus important, il s’autorise à en montrer davantage que lors du premier film, qui lui jouait plus la carte de la suggestion. Ainsi, la nouvelle attaque du commissariat sera ici plus détaillée pour notre plus grand plaisir, avec grand renfort de gerbes de sang et bris de décor. Il nous gratifie également de deux scènes de cascades automobiles, dont l’une aussi irréaliste que jouissive à suivre, voyant la psychologue Susan Brady accompagner dans sa course folle l’automobile au volant de laquelle l’indélicat Matt Cordell l’a menottée depuis l’extérieur. La pauvre se retrouve ballottée en tous sens, frôlant la mort à plusieurs reprises pour finalement ne déplorer qu’un bras en écharpe. Il est juste regrettable que la fin soit aussi bâclée et qu’en dépit des efforts conjoints de William Lustig et Larry Cohen pour étoffer le personnage, Matt Cordell ne soit ni plus ni moins qu’un "pyschokiller" de plus. Ce que Maniac Cop 3 ne fera que confirmer...

Bénédict Arellano

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