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Malcolm X. 1992.
Origine : Etats-Unis
Genre : Biopic
Réalisation : Spike Lee
Avec : Denzel Washington, Angela Bassett, Albert Hall, Al Freeman Jr. ...


Malcolm est un petit délinquant de Harlem. Son enfance, il l’a vécue à Omaha où il doit faire face aux premières discriminations de sa vie. A Harlem, il cumule les petits coups avec son ami Shorty. Mais un jour, ils se font arrêter et sont envoyés en prison. Toxico, Malcolm souffre du manque de substances. Il rencontre alors Baines, un disciple d’Elijah Mohammed, qui l’initie à l’Islam. Malcolm se met à recopier le dictionnaire parce qu’il faut comprendre les mots pour comprendre le monde. Il lit tout ce qu’il peut, même la nuit, réduisant ses heures de sommeil et s’abîmant les yeux. Il entretient une correspondance avec Elijah Mohammed, lettres qui lui font le plus grand bien. Il tourne le dos à son passé et se tourne vers l’Islam et le combat des Noirs. Lorsqu’il sort de prison, il aide la Nation de l’Islam. Il ouvre des Temples pour rassembler de nouveaux disciples et devient le représentant de la Nation, parlant toujours en son nom et au nom d’Elijah Mohammed. Il croit en ce qu’il fait et dit, et cherche à aider le peuple noir. La Nation de l’Islam prône la séparation entre les Blancs et les Noirs. Malcolm fait des Blancs des démons, ils répondent à un certain racisme par un racisme pur et dur.
Pourtant, la Nation de l’Islam rejette Malcolm X. Elle voit sa notoriété d’un mauvais œil. Les problèmes vont commencer pour Malcolm X et sa famille.

Malcolm X, le film, est réalisé par Spike Lee, qui y a mis tout ce qu’il avait. A la vision de ce film, on sait que le réalisateur est passionné par son sujet. De même que Denzel Washington est complètement habité par son personnage. L’équipe toute entière est investie par son travail.
Pourtant, avec un tel projet, les difficultés et les pièges sont nombreux. En premier lieu, ce qu’on montre ou ne montre pas. Le fait d’idéaliser son personnage était le premier piège à éviter. Bien que passionné, Spike Lee montre Malcolm X comme lui-même se décrit dans son autobiographie. Les défauts, les erreurs et les égarements du leader noir sont montrés sans concession. Le second piège était de passer à côté du contexte historique. Non pas qu’il n’était pas évident de planter l’homme dans cet environnement, mais le contexte était si complexe à développer à travers le personnage que Spike Lee aurait pu soit s'écrouler sous la multitude d’informations et de choses à montrer, soit, au contraire, passer à travers l’essentiel.
Pour tout dire, l’essentiel est préservé. Et l’intelligence du cinéaste est de développer ce contexte à travers Malcolm X. Non pas parce que Malcolm X fait le contexte, mais bien parce que le contexte a fait l’homme.
Les enjeux politiques au sein de la Nation de l’Islam sont excellemment reportés par le réalisateur qui flirte parfois avec le documentaire. La passion qui anime le metteur en scène se traduit par une foultitude de détails qu’il a pu développer en réclamant à la Warner le droit de faire un film fleuve aussi long que celui d’Oliver Stone sur JFK, 3 heures et 9 minutes. Avec ce temps là, Spike Lee peut replonger dans cette sombre époque de l’Histoire des Etats-Unis et offrir à son film, mais surtout à Malcolm X, un biopic d’une force incomparable. Sa force, elle n’est pas autant dans le charisme du personnage que Denzel Washington réussit à transmettre avec brio, sa force surtout, elle provient du fait de faire de Malcolm X, non pas une icône, mais bel et bien un homme, un simple être humain.
En 1992, Malcolm X est considéré par la communauté noire comme un Dieu, l’homme qui s’est levé contre les Blancs et qui leur a dit la vérité. Ses positions ont fait long feu bien qu’elles furent détournées et mal interprétées. Par exemple, la violence. On lui prête la réputation d’être un violent, d’avoir prôné la violence dans la lutte pour les droits civiques. Spike Lee revient là-dessus, comme Malcolm X l’avait expliqué dans son autobiographie. Jamais Malcolm X n’a appelé à la violence. Jamais. Il a simplement dit, à l’inverse de Martin Luther King, que les Noirs n’avaient pas à tendre l’autre joue quand ils se faisaient frapper. Il a dit que comme n’importe quel autre être humain, un homme noir a le droit de se défendre, même contre un Blanc.

Là où le film est intéressant, parce que le personnage en lui-même l’est, c’est que Spike Lee montre l’évolution de Malcolm X, son après Nation de l’Islam, lorsqu’il fait son pèlerinage à La Mecque et qu’il découvre qu’il est possible de vivre entre personnes de différentes couleurs, de partager les mêmes repas, les mêmes verres. En se libérant ainsi de la Nation de l’Islam, il découvre une autre vérité. Il n’est plus contre la séparation entre Blancs et Noirs, mais pour l’assimilation. Il tend alors la main aux autres leaders noirs tel que Martin Luther King.
Malheureusement, Spike Lee ne peut pas tout développer. Par exemple, et c’est regrettable, il ne montre pas ses voyages en Afrique où il rencontre les chefs d’États pour parler de la condition des Noirs aux Etats-Unis. Spike Lee passe là-dessus juste pour se pencher, de façon rapide et assez éphémère, sur les changements internes de Malcolm X. Ainsi, ce n’est que très brièvement, lors d’une conférence de presse à son retour de pèlerinage, que Malcolm X expose ses nouvelles théories, lorsqu’il rompt totalement avec les discours de la Nation de l’Islam.
Ensuite, le réalisateur va montrer la montée de la peur de la mort chez Malcolm X et dans son entourage. Les pressions et les tentatives d’assassinat dont ils sont victimes. Et c’est juste à ce moment là, que Spike Lee sombre légèrement dans la déification. Certes Malcolm X a peur, mais il accepte ce qu’il va lui arriver. Comme s’il sentait la mort venir et qu’en étant mort, il serait plus fort. Il me semble alors, qu’à ce moment, Spike Lee, qui jusqu’à présent avait réussi à garder une certaine distance, malgré sa passion, avec son personnage, quitte l’aspect documentaire pour épouser totalement la figure de Malcolm X. A ce moment là, Spike Lee offre sa vision très personnelle du leader noir. Il use alors d’artifices comme de longs ralentis pour faire monter la pression, pour créer une sorte d’intemporalité, comme si le temps ce jour-là s’arrêtait. Il use d’une musique douce et triste, un chant de Sam Cook, "A Change is Gonna Come".
Mais cette fin est difficilement critiquable, car je l’admets, j’aime quand un auteur nous offre sa propre vision d’un personnage. Qu’on soit d’accord ou pas, cela permet aussi de comprendre le regard de l’auteur qui ne se cache plus là derrière sa caméra, mais qui s’offre totalement à son œuvre.
Et dire que Spike Lee s’est offert à son œuvre est peu dire. Dépassant le budget, il réduisit son salaire et alla jusqu’à demander à ses amis de l’aider à financer la fin du film. Oprah Winfrey, Bill Cosby et Michael Jordan mirent la main à la poche.

Avec Malcolm X, Spike Lee signe son œuvre la plus marquante. A la fois personnelle, mais aussi presque documentaire, le réalisateur offre aux nouvelles générations, de Noirs comme de Blancs, la possibilité de mieux comprendre un homme injustement tué, sans doute par les siens. Un film qui trouve d’autant plus un écho aujourd’hui, lorsqu’on sait qu’un Afro-Américain, terme auquel Malcolm X tenait, est désormais Président des Etats-Unis.
Une œuvre forte.

Jérémie Conde

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