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Curse of the Crimson Altar. 1968.
Origine : Royaume-Uni
Genre : Fantastique
Réalisation : Vernon Sewell
Avec : Mark Eden, Christopher Lee, Virginia Wetherell, Michael Gough...


Tout deux antiquaires, les frères Manning gèrent leur petite boutique en se partageant équitablement les tâches. Pour leur travail, Peter est allé prospecter du côté d’une petite bourgade de la campagne anglaise, de laquelle il tarde à revenir. Suite à une lettre de celui-ci à la tonalité étrange et inquiète, Robert décide de se rendre sur place chez un certain monsieur Morley, personne dont a fait mention Peter dans sa lettre. Sur place, il se heurte à l’incompréhension de cet homme : il n’a vu personne portant le nom de Peter Manning dans la région. Bon prince, il offre le gîte et le couvert à Robert pour qu’il puisse en apprendre plus en questionnant les gens alentours. Le pauvre Robert ignore dans quelle mélasse il a mis les pieds...



Bien que la Hammer films trustait l’essentiel de la production fantastique anglaise, il arrivait tout de même de voir débarquer sur les écrans des films qui n’en étaient pas issus. A plus forte raison à la fin des années 60, qui virent la célèbre firme britannique rencontrer quelques difficultés d’ordre économique. Cependant, l’influence de la firme était telle que même les films fantastiques qu’elle ne produisait pas semblaient sortir de son giron. C’est que par force de l’habitude, il devenait presque inimaginable de voir des acteurs comme Christopher Lee ou Michael Gough tourner en Angleterre sous l’égide d’une autre maison de production. A la lumière des rôles qu’on leur propose, le constat se fait limpide : les producteurs cherchent volontairement à cultiver cet amalgame. La Maison ensorcelée se pose ainsi en film fantastique tout ce qu’il y a de plus classique, chaque acteur engagé se bornant à jouer sa partition la plus connue sous la direction de Vernon Sewell, lui-même ancien réalisateur pour la Hammer à la fin des années 40 et début des années 50, époque où la firme ne connaissait pas encore le succès.
Le titre français laisse entendre que nous sommes en présence d’un film de maison hantée, ce qui s’avère inexact. Certes, la maison des Morley où se déroule l’essentiel de l’action a été le théâtre d’événements particulièrement violents dont le souvenir imprègne encore les murs. Néanmoins, il s’agit là ni plus ni moins que d’un passif que de nombreuses autres demeures peuvent partager sans qu’on crie pour autant aux fantômes. D’ailleurs, Vernon Sewell ne cherche guère à entretenir l’illusion puisque la scène d’ouverture oriente davantage le film vers la secte satanique (comme Les Vierges de Satan de Terence Fisher sorti la même année pour la Hammer) que vers la maison hantée. Toutefois, il ne se prive pas pour jouer de la configuration des lieux et de cette énorme bâtisse à l’aspect gothique pour nous distiller de savants clins d’œil qui nous renvoient à tout un pan du cinéma fantastique. Ainsi, le majordome Elder (Michael Gough), par lequel Robert Manning est introduit dans sa chambre, évoque, de par son quasi mutisme et son étrange allure, le majordome de Henry Frankenstein dans le Frankenstein de la Universal. Un clin d’œil d’autant plus signifiant que Boris Karloff en personne joue dans le film. Alors rongé par la maladie et au crépuscule d’une carrière bien remplie, la plus célèbre incarnation de la créature de Frankenstein à l’écran se contente ici d’interpréter le rôle du professeur Marsh, expert en sorcellerie. Mais même cloué dans un fauteuil roulant, le charisme de l’acteur est tel que chacune de ses scènes exhale un doux parfum de mystère. Tout, du son de sa voix à ses intonations en passant par ses expressions, nous ramène aux plus belles heures du fantastique, un fantastique qui pouvait être aussi théâtral par son interprétation que sobre par ses effets.



A ce niveau, La Maison ensorcelée se retrouve le cul entre deux chaises. Si le film paie son tribut au cinéma d’horreur classique, il tente dans le même mouvement de placer tout ça dans un cadre plus contemporain. Nous sommes en 1968, année de tous les possibles, de la liberté sexuelle et du psychédélisme. Dans cet environnement hors d’âge qui fête les sorcières de jadis, Vernon Sewell procède à un téléscopage des époques via le personnage de Eve Morley, la dernière descendante de la caste. Celle-ci est bien une jeune femme de son époque, quelque peu délurée et toujours prête à faire la fête, même avec des inconnus de passage. Peu impressionnée par la demeure familiale, elle exploite au contraire son immensité pour organiser des orgies sans pour autant perturber la quiétude de son père, qui goûte peu ce genre de spectacle. Et elle se fiche comme d’une guigne du côté folklorique de la fête qui honore les sorcières -dont son ancêtre Lavinia- ne voyant là qu’une occasion supplémentaire de s’amuser. Sa présence associée au flegme de Robert Manning contribuent à donner au film des allures d’épisode de Chapeau melon et bottes de cuir. Tous deux ont cette faculté de surfer sur les événements avec un certain détachement, ne perdant jamais de vue les bonnes choses de la vie. Pour le dire clairement, ils couchent ! Et ça, même ce bon vieux John Steed n’a jamais pu le faire, et ce n’était pourtant pas faute d’avoir essayé… Mais je digresse. A dire la vérité, les marivaudages des deux personnages sont plutôt plaisants à suivre. Le problème réside dans ce qu’ils révèlent de dilettantisme dans la démarche de Vernon Sewell. Au bout du compte, il traite par-dessus la jambe son histoire qui mêle malédiction et messes noires, annihilant par la même occasion toute ébauche d’ambiance vénéneuse. C’est bien beau de disposer d’une distribution de haut vol, encore faut-il savoir s’en servir ! La pauvre Barbara Steele se voit cantonnée à interpréter une nouvelle fois une sorcière, prisonnière d’un hideux maquillage derrière lequel elle peine à masquer sa déception. Temps de présence réduit, rôle inintéressant, tout cela a provoqué un profond rejet de la part de l’actrice qui, après ce film, ne souhaitait plus enchaîner ce type de prestation. Quant à Christopher Lee, qu’on peut considérer comme le digne successeur de Boris Karloff, il campe un personnage trop en retrait dont la révélation afférente à ses noirs desseins n’arrive que bien trop tardivement pour le rendre un tant soit peu inquiétant. Et les scènes qu’il partage avec Boris Karloff se limitent à des échanges amicaux autour de bons verres de brandy. Une ambiance bonne enfant qui semble avoir été celle du tournage. Il en ressort un film ni bon ni mauvais, juste insignifiant du fait de l’absence totale d’enjeu et d’une tonalité clairement définie. La Maison ensorcelée oscille entre le kitsch (les scènes de sacrifices qui mettent en scène Barbara Steele, accompagnée d’acolytes en cuir et d’éclairages aux couleurs appuyées) et le classique (la maison gothique et son environnement propice aux émanations maléfiques) sans jamais vraiment trouver sa voie. Avec un trio d’acteurs aussi attaché au fantastique, on ne peut que regretter le manque d’audace de Vernon Sewell même si elle est symptomatique d’une attitude assez répandue : l’étiquetage.



Bénédict Arellano

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