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The House where Evil dwells. 1982.
Origine : Etats-Unis / Japon
Genre : Maison hantée eiga
Réalisation : Kevin Connor
Avec : Edward Albert, Susan George, Doug McClure, Mako Hattori...




Japon, 1840. Dans une luxueuse maison à l'abri des regards indiscrets, une femme trompe son samouraï de mari avec un jeune homme. Le cornu les surprend en pleine besogne, dégaine le sabre pour régler leur compte aux deux saligauds et se fait hara kiri. Plus d'un siècle plus tard, l'écrivain Ted Fletcher (Edward Albert) et sa femme Laura (Susan George) débarquent au Japon avec leur fille Amy. Croyant bien faire, leur ami Alex (Doug McClure) leur a dégoté la maison du meurtre en présumant que les histoires de fantômes qui courent désormais sur son compte ne les dérangeront pas. Ça reste à voir.



Après le motel-restaurant anthropophage des Nuits de cauchemar, Kevin Connor s'embarque pour le Japon, où une maison hantée l'attend. Notre homme est décidément casanier. Mais cette fois, pas de place pour le rire. Du moins officiellement, car La Maison des spectres est bourré d'incongruités transformant ce qui aurait dû être un Shining exotique en un discret nanar venant s'ajouter à la trop longue liste des films de maisons hantées foirés. Discret car si rires il y a, ils ne tapent pas dans la catégorie la plus évidente, celle qui génère un véritable culte et à laquelle appartiennent en vrac des gens comme Bruno Mattei, Steven Seagal, Max Pécas etc... Le film possède même quelques qualités, peu nombreuses mais qui valent la peine d'être signalées. Ainsi, la maison en elle-même, typique des traditions japonaises (voire un peu trop), est un cadre idéal pour un film original. L'idée de confronter une famille américaine à des esprits nippons, issus du folklore japonais, était porteuse. Connor n'en fait rien, mais le point de départ est plutôt tentant. Le dénouement du film ne corrige pas cette erreur, mais en tout cas il est osé, refusant le happy end, ce qui ne manque pas de surprendre après avoir assisté plus d'une heure durant à un spectacle dominé par le comique involontaire. Enfin, dernière qualité, Susan George, ici peu avare de ses charmes. Quant au reste... Rien que l'introduction en 1840 donne le ton. Le meurtre des deux amants par ce samouraï furibard débarquant au ralenti en poussant des grognements (du japonais au ralenti, je présume) et en courant après l'amant au cul nu est un moyen particulièrement mal inspiré pour souligner l'histoire tragique de la maison. C'est aussi très fâcheux pour les personnages eux-mêmes, qu'on ne peu dès lors plus trop prendre au sérieux, malgré leur appartenance au milieu des samouraïs (et de la sorcellerie, pour madame), en principe un peu plus digne. Nous sommes bien plus près de la comédie de boulevard et de ses amants dans le placard que d'Akira Kurosawa. Et, toujours sans rire, Connor poursuit sur sa lancée en désacralisant les fantômes que ces trois compères sont devenus un siècle plus tard. Sa vision des fantômes, et tout le concept des maisons hantées, est pour le moins sujette à caution. Car une fois passées les idées dans le vent (la découverte d'une figurine symbolisant l'adultère, totalement inutile si ce n'est pour les cancres qui n'auraient rien compris au film), les gamineries habituelles (éteindre les lumières plusieurs fois de suite, déconner avec l'évier, faire voler divers objets) qui réussissent tout de même à faire paniquer Susan George, nous pouvons suivre les fantômes de visu. Comme dans SOS Fantômes. C'est à dire que Connor a l'idée de faire apparaître clairement les trois esprits en surimpression, ce qui a pour effet de faire disparaître tout effet de surprise. Les meilleurs films de maisons hantées jouent justement sur l'angoisse en laissant leurs protagonistes dans l'expectative de ce qui peut arriver. Les coups sourds dans les couloirs, les soudains poltergeists, les apparitions furtives, les ectoplasmes, tout cela va de soi, et n'est d'ailleurs même pas un gage de réussite. Par contre, faire apparaître les fantômes dans le cadre d'un film d'épouvante tel que celui-ci est un gage d'échec. Quel intérêt de matérialiser ainsi ce qui est sensé être intangible ? Avant chaque mauvais coup, les trois spectres (qui sont devenus amis, visiblement) arrivent, observent et agissent, d'une manière bien peu subtile. Quand il s'agit de faire peur, ils sont visibles également par les personnages, et quand il s'agit de pomper Shining l'un d'eux entre dans le corps d'un vivant et influence ses actes. Il est très vite clair que leur objectif est de faire revivre leur propre tragédie à la famille Fletcher, l'ami Alex jouant le rôle de l'amant. Il est donc normal que le mari trompé prenne possession de Ted, que l'épouse investisse Laura et que (pas avant le final) l'amant s'empare d'Alex. Mais ces possessions se font ponctuellement, et sitôt une phrase ou deux prononcées, tout le monde sort de "son" corps, laissant les vivants avec la même expression gênée qu'ils auraient pu afficher après un rot intempestif. Une scène en particulier est révélatrice de l'imbécilité du concept. Que penser de Ted Fletcher lorsqu'il s'emporte contre sa fille après qu'elle eut refusé de toucher à sa soupe, au motif qu'un visage y est apparu ? Que Ted est décidément très loin du Jack Torrance de Shining. Que faire apparaître un reflet spectral dans un bol de soupe est à peu près aussi effrayant que de voir danser un toaster dans SOS Fantômes II. Que le malaise familial n'est pas près de nous toucher. Cependant, il existe deux scènes surpassant toutes les autres en terme de grotesque. La première : l'invasion nocturne des crabes noirs géants, qui avec leur démarche latérale et leurs grognements (les mêmes que dans l'introduction au ralenti) traquent Amy jusque dans un arbre. Inutile d'en dire plus. La seconde est l'exorcisme le plus nul du monde. Se tortillant dans tous les sens pendant que le moine les incite à quitter la demeure, les fantômes finissent littéralement à la porte. Ils sont dehors, comme si ils avaient égaré leurs clefs. La consigne du moine aux infortunés Fletcher est de n'ouvrir à personne jusqu'à son retour. Inutile de préciser ce qu'il en sera.

En fait, la plus grosse erreur qu'ait commise Kevin Connor est tout simplement d'avoir voulu faire un film sérieux et inquiétant, certainement par respect pour ses co-producteurs nippons, qui ne se seraient peut-être pas lancés dans une gaudriole fumeuse. Pratiquement tout aurait gagné à être développé sous un angle plus humoristique. Sans cela, et bien... Comme beaucoup de films de maisons hantées, La Maison des spectres sombre dans le ridicule. Que ce soit du côté des vivants comme du côté des morts, pas grand chose n'y échappe.



Loïc Blavier

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