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La Casa sperduta nel parco. 1980.
Origine : Italie
Genre : Thriller foireux
Réalisation : Ruggero Deodato
Avec : David Hess, Annie Belle, Giovanni Lombardo Radice, Christian Borromeo...




Alex et Ricky sont garagistes. Un soir, alors qu’ils s’apprêtent à sortir faire la fête, un jeune couple –Tom et Lisa– débarque dans leur garage à cause d’un petit souci mécanique. Si Alex se montre réticent à l’idée de bricoler sous le capot de la Cadillac, au risque de saloper son beau costume, Ricky n’hésite pas à plonger son nez dedans. Et, pendant que ce dernier assure la réparation, Alex réussit à se faire inviter à la petite sauterie à laquelle les deux jeunes gens ont prévu de se rendre. Celle-ci a lieu dans une somptueuse villa sise au fond d’un parc où les attendent trois de leurs amis. La soirée s’annonce explosive d’autant que Alex a démontré au préalable un penchant très prononcé pour le viol et qu’il ne semble pas insensible aux charmes de Lisa.



Au sortir du tournage particulièrement éprouvant de Cannibal holocaust dans la forêt colombienne, Ruggero Deodato s’offre un peu de répit avec le tournage beaucoup plus calme d’un huis clos louchant fortement du côté de La Dernière maison sur la gauche de Wes Craven. Et pour que la comparaison soit encore plus évidente, le réalisateur transalpin bénéficie de la présence de David Hess dans un rôle similaire. A l’époque, d’ailleurs, le comédien jouissait d’une petite notoriété, suffisante pour qu’il en nourrisse une profonde satisfaction et se prenne pour une diva. Toutefois, il limitait ses caprices aux coulisses, adressant ses doléances directement aux producteurs. Sur le plateau, il se comportait avec professionnalisme. Mais si Ruggero Deodato n’eut à déplorer aucune prise de bec avec son interprète principal, il n’a pas su suffisamment canaliser ses élans cabotins. Il en résulte un personnage grotesque, misérable séducteur qui abuse de sourires prétendument charmeurs et d’écarquillements d’yeux à tout va. De fait, on a qu’une envie : lui en mettre une. Et de voir la passivité des invités aller crescendo à mesure que lui devient violent, se rendant coupable d’actes ignobles ne suffit qu’à augmenter le seuil de notre exaspération. C’est d’autant plus dommage que si l’on excepte le jeu sans finesse de David Hess, la mise en place du huis clos fonctionnait plutôt bien.
Le prégénérique prend des allures de flânerie nocturne aux abords de New York en compagnie de Alex, le montage alternant des plans fugaces de David Hess au volant de sa voiture et des plans plus long du trafic alentour, buildings et autres panneaux de signalisation. Puis sans crier gare, on assiste à l’agression d’une automobiliste esseulée que Alex avait repérée tantôt, ce dernier la violant tout en l’étranglant. Cette scène choc annonce la couleur, présageant d’un film violent et sadique. En outre, elle présente l’avantage de laisser planer une menace permanente sur le premier tiers du film. Ainsi, voir la jeune Lisa allumer ouvertement Alex pour à chaque fois le laisser en plan distille une tension palpable. Sachant de quoi le garagiste est capable, on s’attend à tout moment à ce que sa frustration le fasse éclater or il n’en est rien. Si effectivement il en vient à montrer son vrai visage d’homme violent et imprévisible, il le fait pour défendre l’honneur de son ami Rick et non pas celui de sa libido bafouée. Car auparavant, le récit a pris des airs de Dîner de cons avant la lettre, les jeunes gens prenant un malin plaisir à se moquer du simplet Rick. Ce dernier, ne voyant là aucune malice et pensant, à tort, être apprécié, s’abandonne à la musique (particulièrement datée et insupportable car beaucoup trop utilisée) et au joie du striptease. Puis le pauvre bougre se fait allégrement plumer au poker sous l’effort conjoint de Tom, Howard et Glenda. C’en est trop pour Alex qui laisse éclater sa colère à l’encontre de ces petits bourgeois bouffis de suffisance et qui depuis le début de la soirée, les regardent Rick et lui avec une condescendance non feinte. A ce moment là du film, on retrouve en mode mineur l’un des thèmes abordés dans Cannibal holocaust, à savoir l’avilissement d’individus jugés comme inférieurs. Rick et Alex représentent ce bas peuple auquel ces petits bourgeois ne se confrontent que par nécessité ou par jeu. En l’occurrence, il s’agit ici pour eux d’égayer une soirée qui sans ces deux individus aurait sombré dans la banalité. Et si effectivement cette soirée tiendra une place particulière dans leurs souvenirs, ce ne sera pas de la manière envisagée.
A la candeur de Rick répond la rancœur de Alex. Ce dernier n’aime pas qu’on se moque de lui ou de l’un de ses amis et le fait savoir avec force. Si on ne l’avait pas déjà vu à l’œuvre au préalable ou prendre un scalpel avant de monter dans la voiture de Tom, le courroux d’Alex aurait pu paraître justifiable voire même acceptable. Sauf que justement, nous savons de quoi il est capable. D’ailleurs, il ne tarde pas à révéler son vrai visage à l’assemblée, démontrant une profonde jouissance dans l’acte de faire mal à autrui ou de l’humilier. De fait, le film ne distille aucune ambiguïté. Du début à la fin, Alex incarne cette figure maléfique sans que rien ne vienne à modifier le regard que l’on porte sur lui. Sur ce point, le jeu outrancier de David Hess n’aide pas, ainsi que la complaisance de certaines scènes à l’image de la torture de cette pauvre blondinette dont le seul tort est d’être arrivée en retard à la fête. D’ailleurs, de la bande d’amis, c’est la seule à susciter un minimum d’empathie. A l’instar de Rick, elle incarne une forme d’innocence que la bassesse, le sadisme et la passivité des autres personnages contribuent à souiller. D’ailleurs, compte tenu de la construction du récit, et surtout de sa chute, cette passivité des jeunes convives pose problème.
Passé le sursaut inaugural, et quelques tentatives d’évasion aussi vaines qu’inutiles du fait de leur caractère isolé, ces jeunes gens demeurent étonnamment stoïques alors même que leurs agresseurs leur fournissent bien des occasions de reprendre le dessus. Il est ainsi évident que Rick ne constitue aucune menace réelle pour les "otages". On peut donc légitimement se demander pourquoi aucun d’entre eux ne tente de le neutraliser, alors même que Alex est occupé à redorer sa virilité à l’étage. Ces questions viennent d’autant plus facilement nous titiller les méninges que passés les premiers éclats de la colère de Alex, le film se traîne inutilement. Ruggero Deodato ne sait manifestement pas trop comment nourrir son récit alors il prend le parti d’étirer les scènes au maximum et d’allégrement déshabiller ses actrices, moyen comme un autre, et assez roublard j’en conviens, de garder éveillé l’intérêt du public.



Nanti d’une fin voulue surprenante mais qui a le tort de rendre tout le film d’une imbécillité crasse, ou en tout cas totalement incompréhensible dans son déroulement, La Maison au fond du parc ne s’avère guère fréquentable. Ruggero Deodato ne s’est pas trop foulé, se contentant d’accumuler les ingrédients chers au cinéma d’exploitation (érotisme et violence) sans y apporter un tant soi peu de nouveauté ou ce côté malsain qu’il avait si bien su retranscrire lors de son film précédent. On ne peut pas choquer à tous les coups...

Bénédict Arellano

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