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House of 1000 corpses. 2003.
Origine : Etats-Unis
Genre : Horreur
Réalisation : Rob Zombie
Avec : Sid Haig, Bil Moseley, Sheri Moon Zombie, Chris Hardwick...




Issu de la scène rock à tendance grand guignol dans la droite lignée du groupe Kiss -quoiqu’en plus radical- Rob Zombie s’est d’abord fait la main en réalisant ses propres clips. Son premier passage derrière la caméra en tant que metteur en scène d’un long métrage aurait dû se produire à l’occasion de The Crow 3 : Salvation, tournage duquel il s’est fait remercier. Loin de le contrarier, ce contretemps lui offre la possibilité de mettre en images un scénario qu’il venait tout juste d’achever, et qui brasse tout le spectre de ses influences : La Maison des 1000 morts.

Captain Spaulding, gérant illuminé d’une station-service attenante d’un train fantôme, voit débarquer dans son établissement bigarré deux jeunes couples dont les composantes mâles sont portées sur les attractions insolites. Bon prince, il leur parle d’une légende de la région concernant le docteur Satan, et se fend même d’un plan qui indique l’arbre auquel il aurait été pendu. Mais en cherchant l’arbre en question, les deux couples tombent nez à nez avec une famille d’assassins dégénérés, comme le cinéma américain en regorge.



Pour mieux toucher du doigt le sel des films qu’il adore, Rob Zombie situe son intrigue dans les années 70, décennie qui a vu la naissance de quelques uns des pires représentants du Mal comme Tronche de cuir (Massacre à la tronçonneuse), Pluto et sa famille (La Colline a des yeux) ou encore Michael Myers (Halloween). Toutefois, il se démarque de ses prédécesseurs par le peu d’intérêt qu’il témoigne à l’égard de la figure inamovible du jeune en goguette, dans le sens où aucun ne se détache par rapports aux autres. Généralement, si les trois-quarts des personnages de film d’horreur sont voués à une mort certaine et, par conséquent, n’ont pas d’autre importance que celle de victimes en puissance, il y en a toujours un -voire deux- qui survit, et donne du fil à retordre à l’incarnation du Mal qui les tourmente. C’est le côté western du film d’horreur qui se conclue irrémédiablement par une sorte de duel entre le Bien et le Mal. Rob Zombie se fiche éperdument de cette imagerie là. Lui, ce qui l’attire, ce sont justement les figures maléfiques. Et dans le domaine, il s’en donne à cœur joie en nous dépeignant toute une galerie de personnages tous plus dangereux les uns que les autres, au-dessus de laquelle trône Otis, le psychopathe en chef. Véritable gourou du Mal, il torture autant ses victimes par les gestes qu’en leur déclamant des inepties. Il s’attribue le rôle du chef de cette famille de dégénérés qui, de la mère simplette à la petite sœur immature en passant par le grand-père bougon, ne vit que pour le meurtre. Mutilations, scalps, lacérations et sacrifices constituent leur quotidien. Et, pour pousser le bouchon encore un peu plus loin, cette famille se pose en esthète des atrocités en composant des tableaux morbides à l’aide des cadavres des malchanceux qui ont croisé leur route.



D’ailleurs, parlons-en de ces malchanceux. Passons sur les pom-pom girls, dont la disparition ne fait qu’ajouter au côté routinier des pulsions homicides de Otis et consorts, pour nous intéresser d’un peu plus près sur les deux couples qui interviennent au début du récit. Les quatre jeunes gens sillonnent les Etats-Unis à la recherche d’attractions originales pour la rédaction d’un ouvrage qui collecterait l’ensemble de leurs trouvailles. Si les demoiselles ne semblent guère intéressées par les recherches de leurs petits copains, ces derniers cachent difficilement leur excitation pour tout ce qui sort de l’ordinaire. Lorsque le hasard les amène à la station-service du Captain Spaulding, ils jubilent en découvrant cet endroit atypique, plus musée des horreurs que station-service. Ils perdent alors toute retenue, se comportant en gamins agités. A travers eux, Rob Zombie se moque de ce qu’on appelle aujourd’hui les « geeks », tous ces individus qui ne jurent que par leur passion pour la culture dite populaire (cinéma, jeux vidéo,…), quitte à en oublier le monde qui les entoure. Il prend un malin plaisir à confronter ces jeunes gens férus d’histoires morbides à ce que la Terre a engendré de plus dangereux et de plus effrayant : Otis et sa famille. En somme, il invite ces personnages à un rude retour à la réalité qui se double d’une volonté de s’éloigner de l’horreur bon enfant de ces dernières années. Réalisé en 2003, La Maison des 1000 morts est donc antérieur à la nouvelle vague de l’horreur initiée par Saw, et se pose alors en précurseur de cette nouvelle tendance qui vise un public moins avide de second degré. Rob Zombie aime le malsain, le sordide et ne recule devant aucune atrocité. Le Mal qu’il nous décrit est tellement puissant que rien, pas même les forces de l’ordre, ne parvient à les vaincre. Otis et sa famille agissent en toute impunité et, surtout, en toute décontraction. Pour eux, tuer relève autant du besoin vital que de l’amusement pur et simple. Finalement, ils ne donnent ni plus ni moins que ce que les deux couples étaient venus chercher dans la région : une bonne dose de sensations fortes. Sauf qu’en bons artisans de la mise à mort, ils vont au bout de leur entreprise, peu adeptes du revenez-y.



Il faut reconnaître que de nos jours, il devient de plus en plus difficile de faire du neuf avec des éléments aussi usés. Pour pallier à cet écueil, Rob Zombie a mis l’accent sur l’outrance, qui se retrouve autant à travers le caractère des différents personnages de tueurs que dans sa mise en scène. Celle-ci mélange à la limite de la nausée images vidéo, ralentis, couleurs saturées, et noir et blanc. Et La Maison des 1000 morts de prendre des allures de long clip à l’intérêt tout relatif. Il n’y a pas vraiment un style propre qui se dégage de sa mise en scène, celle-ci se bornant à n’être qu’un maelström d’influences diverses. Et cela se ressent également au niveau de la famille de dégénérés sanguinaires qui trouve ses racines aussi bien dans le cinéma d’horreur des années 70 que dans des figures tristement réelles du fait-divers meurtrier. Difficile de ne pas voir en Otis un ersatz de Charles Manson. On a l’impression que Rob Zombie a un peu trop tergiversé quant à l’orientation à donner à son film. La Maison des 1000 morts oscille sans cesse entre farce macabre, film d’horreur putride et film de monstres. Tout cela trahit la commande initiale du studio Universal qui souhaitait avant tout une attraction à l’effigie du rocker. Cela explique les allures de train fantôme que revêt le film, et la présence quelque peu incongrue du Captain Spaulding, véritable Monsieur Loyal de l’intrigue. Toutefois, on sent une réelle envie de la part du réalisateur de ne pas faire de concessions et de faire avant tout ce qui lui plaît. Néanmoins, l’aspect brouillon de l’ensemble et l’absence d’un point de vue original peuvent en rebuter certain, moi au premier chef. Pour un personnage qui sort quelque peu de l’ordinaire du fait du rôle ambigu qu’il tient et de l’abattement de son interprète Sid Haig (le Captain Spaulding), il faut supporter toute une ribambelle de figures éculées et au final horripilantes (Otis et sa famille, les deux couples). Bref, je suis loin de crier au génie devant ce coup d’essai que je suis tout aussi loin de trouver concluant.



Bénédict Arellano

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