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Escape from L.A.. 1996.
Origine : Etats-Unis
Genre : Action
Réalisation : John Carpenter
Avec : Kurt Russell, Stacy Keach, George Corraface, Cliff Robertson...


Quinze ans se sont écoulés depuis les premières aventures de Snake Plissken. Quinze années pendant lesquels le retour du personnage central à l'oeuvre de Carpenter fut constamment ajourné. Ainsi, son grand retour en 1996 est un événement heureux, qui malheureusement déborde amplement sur le film-lui même, beaucoup plus référenciel et beaucoup moins dur que New York 1997. Niveau scénario, Carpenter ne s'emmerde pas et reprend à peu près la même chose que pour son film de 1981 : à la suite d'un chantage de la part du gouvernement américain, Plissken est envoyé dans un territoire de non-droit pour en ramener quelque chose, ici une malette contenant les dispositif permettant de conrôler les armes des Etats-Unis. Son temps est limité, et un virus provoquera sa mort si il dépasse la limite impartie.
Tout pareil que pour New York 1997, donc, à quelques exceptions près : Los Angeles, séparée du continent depuis un gros tremblement de terre, n'est pas une prison, mais une poubelle indépendante dans laquelle sont envoyés tous les citoyens immoraux des Etats-Unis, des athées, des musulmans, des prostituées qui ne sont plus les bienvenus dans un pays devenu une dictature puritaine. Tous ses habitants ne sont donc pas des pourris, et en un sens la ville est devenu un territoire de liberté, tout du moins lorsque comparé à ce que sont les Etats-Unis du film. Carpenter brocarde ainsi le puritanisme de son pays, sans pourtant ne faire du Los Angeles de 2013 l'endroit le plus plaisant au monde. Cuervo Jones, un bandit péruvien issu du Sentier Illuminé (un groupe révolutionnaire péruvien qui existe réellement) y apparaît comme le chef, comme l'était le Duke quinze ans auparavant à New York. Et c'est dans les mains mal intentionnés de ce brutal guerillero que se trouve donc le dispositif militaire des Etats-Unis, que Plissken est chargé de récupérer.
Carpenter n'innove donc pas des masses, et il reprend ainsi la structure exacte de New York 1997 : le film démarre lorsque Plissken est amené dans le QG des dirigeants américains, puis il est envoyé à Los Angeles, où après s'être confronté à quelques bandes de rebelles, il tombera aux mains du grand méchant, qui lui imposera un moment sportif intense lui faisant perdre son précieux temps, avant que l'histoire ne se finisse de façon mouvementée et ne vienne se clôre par une pirouette subversive.
Le public souhaitait le retour de Plissken, et il l'a. Il peut être heureux, et Carpenter de l'être avec lui, lui qui en plus avec Los Angeles 2013 eu la chance de tourner son film hollywoodien lui accordant le plus de liberté. Mais l'inconvénient est donc que cette joie de retrouver Plissken amène de gros clins d'oeil qui font perdre quelque chose au personnage et au film en général. Les nombreux caméos sont là pour le prouver, et c'est ainsi que des gens pourtant sympathiques tels que Bruce Campbell, Paul Bartel, Peter Fonda, Pam Grier ou Steve Buscemi viendront se montrer à l'écran dans des rôles divers, souvent à tendence comique. Pam Grier y est par exemple une opposante à Cuervo Jones qui se révèlera être un travesti avec l'aide duquel Plissken cherchera à parvenir à ses fins ! Bruce Campbell incarne lui le chef d'un gang de ratés de la chirurgie esthétique qui permet à Carpenter d'ironiser avec lourdeur sur les liftings des habitants d'Hollywood. Enfin, Buscemi est l'équivalent du personnage du chauffeur de taxi interprété par Ernest Borgnine dans le premier film, et, développant à outrance le caractère rigolard de ce personnage, il campera "Eddie, l'ami des Stars", un ancien agent renconverti guide touristique à bord d'une voiture luxueuse (ressemblant à celle de Christine) dans cette Los Angeles anarchiste. C'est un second rôle important, beaucoup trop pour être honnête, et qui ne sera en réalité rien d'autre qu'un sidekick comique tantôt à la solde de Cuervo, tantôt à celle de Plissken (la traîtrise du personnage étant source d'humour). Carpenter détourne avec joie tous les clichés de Los Angeles, ville autrefois du strass et des paillettes, éléments qui continuent absurdement à survivre en 2013. Il s'éloigne ainsi de la radicalité de New York 1997 et, tout en s'evertuant à ridiculiser la superficialité de la ville, il livre paradoxallement un film véritablement hollywoodien. Plissken lui-même n'est pas épargné, et Carpenter en fera un nouveau "King of Cool", qui choisit ses vêtements en fonction de leur classe (le grand manteau de cuire) et qui place de temps à autres des répliques comiques adressées au public. C'est le cas notamment lorsqu'il organise une sorte de duel de western (un genre qui encore une fois est évoqué abondemment) qu'il achèvera par un cynisme tout de suite terni par cette "punchline". Mais ce n'est malheureusement pas tout, et toujours dans l'optique de décrire cette Californie sans foi ni loi mais fidèle à elle même, Carpenter poussera le vice jusque dans les scènes d'actions, dont certaines sont tout bonnement absurdes (le surf, le basket, le deltaplane, parfois agrémentée d'une musique californienne du plus triste effet) et achèvent de faire de Los Angeles 2013 un film bien inférieur à New York 1997.
Ce serait cependant mentir que de dire qu'il s'agit d'un film tout à fait mauvais : il reste très plaisant à regarder, du fait des recettes qu'il a gardé du premier film. Le rythme soutenu, le personnage de Plissken (lorsqu'il ne fait pas le mariole), la lutte pour la liberté absolue et surtout le dénouement subversif sont autant d'élements positifs. Mais n'empêche qu'on ne peut qu'être déçus par cette autosatisfaite mise à jour hollywoodienne des aventures de Snake Plissken.

Loïc Blavier

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