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The World is not enough. 1999.
Origine : Royaume-Uni / Etats-Unis
Genre : Action
Réalisation : Michael Apted
Avec : Pierce Brosnan, Sophie Marceau, Denise Richards, Robert Carlyle...





Pauvre James Bond. En 1999, incapable de se remettre de la perte des traditionnels ennemis soviétiques et avant que l'ennemi islamiste ne se soit manifesté en grandes pompes le 11 septembre 2001, le voilà qui fait tout ce qu'il peut pour tenter de nous faire croire que la guerre froide est encore là, et que les communistes devenus terroristes préparent encore un mauvais coup. En l'occurrence ici il s'agit d'un anarchiste ancien membre du KGB (Robert Carlyle) qui prévoit de s'emparer d'un pipeline vital dans le futur acheminement du pétrole en occident en assassinant le PDG de l'entreprise chargée du projet. 007 doit donc aller sur place, en Asie centrale (Azerbaïdjan et Kazakhstan, deux des anciennes républiques socialistes soviétiques) pour protéger Elektra (Sophie Marceau), la fille du patron assassiné, qui fut par ailleurs un très grand ami de M.



Et ce n'est pas peu dire que ce James Bond là est totalement raté. Tous les personnages sans exception sont d'une imbécilité et d'une superficialité à faire peur, à commencer par Bond lui-même, qui se laisse parfois aller à un sentimentalisme et à une compassion franchement déplacés. Il faut dire que tout le MI-6, le service de renseignements du gouvernement britannique, est plombé d'emblée par le meurtre dans leurs locaux de Robert King, patron et ami de M lamentablement explosé sans que Bond n'ait pu intervenir (et sans qu'il n'ait pu arrêter la responsable, malgré une longue course poursuite fluviale qui est sans doute la meilleure scène d'action du film... quel nul, ce Bond !). C'est donc tout naturellement que l'attention se portera sur la fille de King, qui fut d'ailleurs enlevée quelques temps auparavant par Renard, le fameux anarchiste si méchant, et qui avait retrouvé sa liberté d'elle-même. Sophie Marceau incarne ce personnage lui aussi un peu trop en proie au romantisme pour être honnête, avec de belles paroles, de belles idées qui ne peuvent que chagriner l'amateur de 007 guère habitué à tant de sensibilité. Surtout que cela s'accompagnera d'un twist éventé au milieu du film, vague orientation psychologique donnée à l'intrigue et qui renverra au mythe d'Elektra (comme le nom du personnage, tiens, comme c'est subtil !), au syndrome de Stockholm, et qui essaiera de placer le MI-6 et son principal agent face à leurs propres erreurs... Mais c'est une chose que le film ne réussit pas à faire, tant il est saboté par les codes inévitables d'un film estampillé 007, avec ses scènes d'action qui prennent une trop large place pour laisser un tel propos psychologique s'intégrer au film. Cette volonté quelque peu auteurisante tombe forcément en morceau, et les quelques restes qui subsistent apparaîtront donc fatalement comme grossiers (car c'est bien cela qui était censé expliquer le côté romantique de bien des personnages). Et puis il y a évidemment une seconde James Bond Girl. L'une des pires qui soit : Denise Richards en physicienne nucléaire vêtue d'un débardeur et d'un short. Un personnage complètement inutile par une actrice en dessous de tout dont le seul talent est d'avoir un aspect présentable pour la scène du "t-shirt mouillé". Une greluche venant coller Bond aux basques mais qui cela dit ne possède pas l'aspect torturé du pathétique personnage de Sophie Marceau. Enfin, dernier point bondien : le grand vilain. Présenté comme un fou dans sa tête depuis qu'une balle lui pourrit dans le cerveau, lui donnant une grande force et lui permettant de ne pas ressentir la douleur. Oui, c'est débile, en effet, surtout que ceci ne sera jamais exploité dans le film, et que le parti-pris de présenter une organisation terroriste bicéphale atténue d'autant plus la présence à l'écran d'un Robert Carlyle qui fait ce qu'il peut avec son personnage de petite envergure (ce n'est en réalité guère plus qu'un petit voyou nihiliste qui lui aussi finira d'ailleurs par sombrer dans la romance).
En conclusion, Le Monde ne suffit pas, sous ses effets spéciaux tape-à l'œil (le numérique n'est certainement pas un atout pour la saga de James Bond) est en réalité un film complètement à côté de la plaque, qui tente de façon pathétique de s'orner d'un sous-propos tragique rédhibitoire. On signalera tout de même la première apparition de John Cleese en successeur de Q. Anecdotique et d'ailleurs pas forcément très drôle. Comme le film, en somme.



Loïc Blavier

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