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The Ladykillers. 2004.
Origine : Etats-Unis
Genre : Comédie
Réalisation : Joel & Ethan Coen
Avec : Tom Hanks, Irma P. Hall, Marlon Wayans, J.K. Simmons...


Ladykillers est un film réalisé par les très talentueux frères Coen, et comme à chaque fois qu’ils nous livrent un film, c’est avec un œil très intéressé qu’on se jette dessus, juste pour voir s’ils sont capables de nous décevoir. Certains n’aiment pas les derniers films des deux frères, qui ont fait le choix d’évoluer, de faire un autre cinéma, toujours aussi minutieux, mais en décalage avec leurs débuts. Mais finalement pas tant que ça, tellement leur empreinte reste attachée à un univers toujours décalé, souvent sarcastique, mais toujours très juste.

Les frères les plus talentueux du cinéma donc, nous livrent ici une comédie qui frise la parodie et nous fait souvent rire par éclats à chaque nouvelle scène. Quel est leur secret ?
Outre le talent évident qu’ils ont pour l’écriture, les Coen créent ici un remake dont ils s’emparent totalement pour en faire leur film, avec leur identité propre.



Si on s’habitue aisément à leur patte si particulière avec une mise en scène toujours en adéquation avec son sujet, une histoire mise en place lentement mais sûrement, avec la présentation de leur univers singulier dans lequel ils vont faire évoluer de nouveaux personnages dans de nouveaux décors.

Loin du film original où la grand-mère était une lady anglaise, ici, on la remplace par une grosse mama noire du Mississipi chantant du gospel et distribuant des baffes à qui dirait des grossièretés !

L’intrigue est simple, une bande se réunit chez une grand-mère catholique, et occupe la cave de cette dernière pour y jouer de la musique, la planque parfaite pour réaliser un casse en creusant un tunnel partant de la dite cave, jusqu’au lieu du casse. Mais la grand-mère se rend compte de la supercherie…

Les frères Coen, dès le départ font le choix de se détacher du film original, et là où au départ on avait un film où l’humour anglais était de mise, là, les Coen nous livrent un film où caricatures et parodies se mélangent pour notre plus grand plaisir ! Entre le footballeur trop bête pour attraper même un rhume, et le spécialiste en explosif atteint du SIC, syndrome de l’inflammation du colon, c’est à dire des diarrhées imprévisibles, les Coen nous balancent entre rires vulgaires et humour décalé.



La prestation de Tom Hanks joue dans ce second registre, tout en finesse, jouant beaucoup sur les traits de son visage, et sur quelques dialogues d’une intelligence d’écriture rare, nous voilà souriant à tout va, même dans les moments les plus noirs.

Les Coen mettent alors en place leur histoire. Tom Hanks interprète le leader de la bande, il manipule la grand-mère pour passer inaperçu. Il trouve ici un rôle à la hauteur de son talent. Loin de ses anciennes prestations très (trop ?) sérieuses, Tom Hanks nous montre ici tout son potentiel comique, on sent qu’il se fait plaisir, et cela a une impacte forte sur le spectateur qui s’amuse à dévisager ce grand acteur qui a plus d’une corde à son arc. On savait certes, que Tom Hanks savait faire rire, il s’est d’ailleurs fait connaître grâce à des comédies assez ringardes, mais là, il va beaucoup plus loin et il ne se contente pas d’un jeu d’acteur axé sur son corps, il va jusqu’à jouer avec les moindres traits de son visage. C’est spectaculaire !

Ce film distille donc de l’humour noir certes, car les Coen restent d’intraitables cyniques. Mais n’est-ce pas pour cela que nous les aimons ? Finissant dans la farce noire, les Coen nous prouvent que l’absurde fait grincer des dents, mais nous fait surtout sourire ! La fin est idiote ? Tant mieux ! Les Coen nous démontrent ici que le ridicule tue !

Si ce n’est pas le meilleur Coen, en revanche, les frères exhibent encore une fois leurs talents et montrent qu’ils maîtrisent la comédie avec un panache que beaucoup devraient leur copier !



Prix spécial du jury à Cannes, Irma P. Hall est délicieuse en grand-mère hors de son temps, respectée par ses pairs, parfois prise pour une folle, mais finalement aimée, parce qu’au fond, même si elle irrite avec ses croyances et son inépuisable habitude de s’adresser au tableau de son mari défunt, on ne peut que l’aimer, parce qu’elle est généreuse, et qu’elle croit en ce qu’elle est ! Sa prestation est sublime, jouant sur un registre très sérieux au milieu de cette comédie, le décalage est créé, et surtout réussi !

Au final, si ce n’est pas le meilleur Coen, il reste un très bon cru, surtout à la vue de ce que sont les comédies de ces dix dernières années, voire des vingt dernières années même ! Alors pas d’erreurs, voyez ce film, on se marre, on se rappelle des gags, on se les raconte, on mange une glace, et on dit vivement le prochain Coen, car encore une fois, si on peut regretter les The Big Lebowski ou Barton Fink, les frères restent des valeurs sûres, et leur cinéma est loin, très loin au dessus du lot !

Jérémie Conde

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