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Justine de Sade. 1972.
Origine : France / Italie / Canada
Genre : Érotique
Réalisation : Claude Pierson
Avec : Alice Arno, Christian Chevreuse, Diane Lepvrier, Franco Fantasia...




Nouvelle adaptation de l'oeuvre du Marquis de Sade, trois ans après celle de Jess Franco avec Klaus Kinski dans le rôle du scandaleux marquis. Ici, pas d'auteur à l'horizon, pas plus que de Juliette perverse, et Claude Pierson se contente du récit des aventures de la malheureuse Justine (planquée sous le surnom de Thérèse pour ne pas révéler sa véritable identité au couple d'aristocrate à son écoute), dont la vertu sera bafouée par pléthore de personnages usant de son innocence. L'histoire de sa vie est celle d'un manque de chance constant : très tôt orpheline, elle erre depuis comme une âme en peine, passant de mains perverses en mains vicieuses avec une régularité sans répit qui n'est pas sans un certain humour sous forme de dérision. Rester vertueuse apparaît ici comme ridicule, puisque tout le monde, excepté Justine, s'adonne sans complexe au libertinage le plus outrancier, et la confiance que la jeune innocente ne manque jamais (quelle conne !) de donner à chaque personne qu'elle croise sera exploitée à des fins que la morale réprouve. C'est ainsi qu'elle est amenée auprès de truands libidineux, de moines hérétiques ou d'un faux-monnayeur créant des emplois que la CGT n'approuverait guère. Liste non exhaustive, et le film est en fait composé de scénettes plus ou moins longues, plus ou moins perverses, souvent assez répétitives. Il faudra attendre environ la moitié du film pour que Justine tombe aux mains d'un couple d'homosexuels aristocrates et pour que les humiliations se fassent plus précises. Mais c'est bien dans l'antre des moines que Pierson se lâchera le plus, prenant un malin plaisir à montrer la corruption des paillards adorateurs de Jésus, vivant au milieu d'un véritable harem et imposant des tortures assez peu catholiques aux donzelles qu'ils hébergent, pas forcément toutes aussi sages que Justine, puisqu'une lesbienne continuera à affliger la jeune orpheline jusque dans sa cellule.



En dépit de quelques morceaux de bravoure et malgré qu'il laisse parfois deviner des sévices très corsés, le film est graphiquement assez soft et Claude Pierson s'adonne à cet attrait très français pour les fessiers que Joël Séria fera culminer quelques années plus tard dans le final de ses géniales Galettes de Pont-Aven. Niveau sadisme et masochisme, bien entendu de la partie, là aussi, les idées seront bien là mais leur réprésentation à l'écran seront plutôt soft (le film est d'ailleurs classé en interdit aux moins de 16 ans). Pierson ne tient visiblement pas trop à choquer, préférant miser sur le côté "aristocratie décadente" cher au Marquis de Sade. Ses décors sont d'ailleurs très soignés, avec ces beaux châteaux de style renaissance au milieu de campagnes verdoyantes. En pervertissant de la sorte une société dominante, il fait du vice le centre de toute chose, et de ce fait, la philosophie du marquis est respectée : Justine la vertueuse est appelée à subir mille outrages dans un monde où les plaisirs de la chair l'ont emporté sur la morale chrétienne. La loi du plus fort est de mise, et tendre l'autre joue n'apporte que désillusion. Autant dans ce cas là abandonner toutes les valeurs de son éducation et s'adonner également aux plus bas intincts de violence. A moins bien sûr d'être prêt à une vie de martyre...

Réalisé avec un certain soin, disposant d'acteurs jouant juste et pourvu d'une douce tonalité comique, Justine de Sade réussit à satisfaire son spectateur... Du moins pendant quelques temps. Car en dépit de la diversité des humiliations proposées, la structure répétitive du film, en plus des dialogues très dix-huitièmes siècles (parfois du Sade tel quel), peuvent finir par lasser. Les érotomanes auront tout de même certainement eu le temps d'y trouver leur compte.

Loïc Blavier

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