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Ten to midnight. 1983.
Origine : Etats-Unis
Genre : Polar
Réalisation : J. Lee Thompson
Avec : Charles Bronson, Gene Davis, Lisa Eilbacher, Andrew Stevens...




Warren Stacy (Gene Davis) n'est pas exactement un homme sain d'esprit : il se met tout nu pour assassiner les jeunes femmes qui lui tapent dans l'œil. Sa dernière victime est une de ses collègues de travail, qui a eu le malheur de refuser ses pressantes avances. La pauvre fille fut également la meilleure amie de Laurie Kessler (Lisa Eilbacher), fille de Leo Kessler (Charles Bronson), rugueux inspecteur local. En s'entichant de Laurie, Stacy a misé sur le mauvais cheval, surtout que le père Kessler s'est très vite persuadé de sa culpabilité. Mais comme toujours, il manque des preuves pour pouvoir procéder à l'inculpation. Charles Bronson franchira-t-il le Rubicon de la légalité avant que du mal ne soit fait à sa fille ?



Compagnons de déchéance, la vedette d'Il Était une fois dans l'ouest et le réalisateur des Canons de Navarone allièrent leurs forces dès le milieu des années 70 avec Monsieur Saint-Ives pour ne plus se séparer jusqu'à Kinjite, sujets tabous en 1989, date de la retraite de J. Lee Thompson. Celui-ci aura donc réalisé neuf films avec Charles Bronson pour vedette, accompagnant l'acteur dans l'antre casse-gueule des productions de Menahem et Yoram, Golan et Globus, j'ai nommé la célèbre Cannon. Bronson y sera rentré avec Un Justicier dans la ville 2 et Thompson l'aura rejoint avec Le Justicier de minuit, qui contrairement à ce que laisse penser le titre n'entretient qu'un rapport minime avec les deux films de Michael Winner. La vengeance n'est ici qu'une des composantes d'un film divisé en plusieurs parties bien distinctes. Commençant comme un film de psycho-killer à la Maniac, le film se poursuit dans la tradition du cinéma policier classique, avant d'enchaîner par le thriller, par l'étude judiciaire, et de se conclure par la tant attendue vengeance. L'étude de caractère n'y est pas non plus absente, puisqu'en se retrouvant sur une enquête à laquelle sa fille est mêlée, Leo Kessler aura l'occasion d'enterrer la hache de guerre avec celle-ci, qui lui reproche de préférer son travail à sa famille. L'amourette naissante entre Laurie Kessler et le jeune coéquipier de son père sera notamment à l'origine de ce rapprochement duquel Bronson n'a de toute évidence rien à foutre. Le grand Charles traverse le film mécaniquement, y compris lorsque son personnage se trouve en position de faire parler la poudre. Heureusement que certaines répliques et que les courbettes du coéquipier viennent rappeler qu'il s'agit d'un dur de dur, sans quoi le doute se serait installé. Bronson se fait honteusement mâcher le travail non seulement par un réalisateur qui le connait déjà bien pour l'avoir dirigé plusieurs fois, mais aussi par un scénariste (William Roberts) à qui l'on doit les scripts des 7 Mercenaires et de Soleil Rouge. L'acteur n'a donc plus qu'à se fondre sans effort dans un sujet préfabriqué à sa gloire... Coup de chance : cela fonctionne ! S'inscrivant dans la tradition des polars de la fin des années 70 et du début des années 80, Le Justicier de minuit bénéficie de cette esthétique urbaine très sombre que l'on retrouvait déjà dans Un Justicier dans la ville et qui fut reprise par de nombreux autres films, au nombre desquels le Maniac de William Lustig. Sans être réellement du même style que le personnage de Joe Spinell, le Warren Stacy du film de Thompson ne manque pas d'éveiller le malaise. L'homme affiche de moins en moins de scrupules à afficher sa perversion au fur et à mesure que le film progresse. Son allure proprette ne le rend que plus irritant, et l'embrouillamini judiciaire qui l'entoure confère au film cette intensité dramatique qui vient palier le total manque d'implication de Charles Bronson. La touche de perversion nécessaire à tout bon psycho-killer urbain est amplement atteinte par la nudité du tueur, qui poignarde d'abord discrètement, avant de se lâcher totalement dans le final, un véritable carnage au beau milieu d'une collocation réunissant la fille Kessler et ses collègues infirmières. Plutôt que de verser dans le violent polar, Thompson préfère développer son film au rythme d'un thriller dans lequel la menace qu'incarne le tueur ne se dissipe pratiquement jamais. La réconciliation familiale qui s'opère entre Laurie et Leo Kessler (sans oublier le co-équipier) se fait donc dans un environnement plutôt hostile, apte à maintenir la pression. La vendetta elle-même n'en sera pas une : plutôt que d'envoyer un Bronson somnambule dégommer du pervers à coup de pétoire grand calibre, le réalisateur et son scénariste préfèrent inverser les rôles : Leo Kessler se met à faire subir à Warren Stacy le même genre de harcèlement que celui-ci fait subir à ses victimes, avec espionnage, appels téléphoniques et menaces. Ceci nous place donc en position idéale pour une confrontation prometteuse, offrant une nouvelle fois à Bronson l'occasion de se distinguer...



Il est stupéfiant de voir le peu d'implication de Charles Bronson pour un tel film, construit de telle manière à ce que l'acteur se retrouve avec toute les clefs en mains pour se livrer à un exercice qui lui est familier. Malgré cela, Bronson ne s'y investie jamais, allant jusqu'à plomber totalement les scènes "judiciaires" dans lesquelles son personnage est amené à falsifier des preuves. Pas d'entrain, pas d'envie... A partir de là, Thompson ne peut faire de miracles. Son film est solide, mais il lui manque forcément quelque chose d'important.

Loïc Blavier

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