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Slaughter High. 1986.
Origine : Etats-Unis / Royaume-Uni
Genre : Slasher
Réalisation : George Dugdale
Avec : Caroline Munro, Simon Scuddamore , Carmine Iannaccone, Donna Yeager...


Premier avril, les apprentis comiques se déchaînent. Autant dire que Marty, souffre-douleur d'une classe de lycéens, va morfler. Après plusieurs taquineries en l'espace de quelques heures (dont un plongeon forcé, à poil, dans la cuvette des chiottes), c'est le drame : alors qu'il travaille seul en salle de chimie, le pauvre Marty, victime à la fois d'un sévère manque de chance et des bidouillages pratiqués sur ses produits, va se retrouver au milieu d'un incendie. Il en sera défiguré. Les années passent, les mauvais blagueurs sont séparés jusqu'à un premier avril, date d'une réunion d'anciens élèves du lycée. Arrivés sur place, ils constatent que le bahut est désaffecté et qu'ils sont seuls. Tant pis, ils feront la fête et fumeront des joints tout seuls, surtout que la salle de bal est justement apprêtée (comprendre : il y a beaucoup de bières). Est-il bien utile de préciser ce qu'ils vont subir ?



Rompu à la série B, aguerri en Europe, le producteur Dick Randall ne pouvait louper la mode du slasher. Il avait d'ailleurs commencé dès 1982 en s'occupant du très marrant Sadique à la Tronçonneuse de l'espagnol Juan Piquer Simon. Avec Le Jour des Fous, à la décéption générale, il abandonne l'exagération latine pour se fourvoyer dans une repompe minimaliste des Vendredi 13. Quelques personnages enfermés dans un lycée en ruine, un tueur adepte des journées à thèmes... Cependant, il y a une consolation : Caroline Munro, qui avec ses 35 ans peine certes à se faire passer pour une lycéenne, mais qui reste toujours aussi charmante, même avec son volume capillaire ici très marqué. Malgré son physique très avantageux qui lui aurait valu un rôle de bimbo si elle n'avait pas été une star, elle campe une héroïne reconnaissable d'entre tous les salauds s'en étant pris à Marty : c'est elle qui la première a présenté ses regrets, et dans le feu de l'action c'est également la seule à ne pas perdre son sang froid. Il est vrai qu'elle en a vu d'autres (Joe Spinell dans Maniac, par exemple), et qu'elle n'a pas de quoi trembler devant notre gugusse masqué et son chapeau de bouffon à clochettes. Une allure pas vraiment marquante, que le réalisateur tente vainement de rendre menaçante en nous la présentant souvent sous forme de silhouette tapie dans l'ombre. A défaut d'avoir un quelconque impact sur le spectateur, le bon vieux Marty fait peur à ses ex bourreaux, et c'est bien le principal. La panique faisant faire tout un tas de choses débiles aux gens, nos victimes potentielles se mettent à faire n'importe quoi : aller faire l'amour, prendre une douche, se séparer du groupe en courant comme une dératée sous pretexte d'être saisie de terreur... On pardonnera bien volontiers à la première victime, qui en faisant cul sec de sa bière acidifiée ne savait pas à quoi elle s'exposait. Un premier meurtre rigolo, à défaut d'être gore. Tous les autres seront à peu près aussi invraisemblables : du lit electrifié à la noyade dans la fosse septique en passant par le bain d'acide, il a non seulement fallu une bonne dose d'imagination à notre bon Marty, mais aussi un sérieux sens du système D (pensez donc qu'il a également pris soin de bloquer toutes les portes et toutes les fenêtres de ce qui fut un lycée !). Saluons aussi le système D des scénaristes, qui arrivent à inventer des règles aux blagues du premier avril (du style "les blagues s'arrêtent à midi"... prétexte pour donner de l'espoir aux survivants) et qui concluent leur film avec un tour de passe-passe des plus saugrenus.



Qui dit poisson d'avril dit également blague vaseuse, à l'image de l'introduction et des humiliations vécues par le pauvre Marty. Le refus de toute empathie pour ce martyr décidement trop bête (véritable caricature de la tête à claque : un gringalet binoclard aux pulls en laine tentant vainement de passer pour un gars à la cool, un peu à l'image de Melvin, futur Toxic Avenger) prouve d'emblée que sa vengeance ne se fera pas sur le même niveau émotionnel que celle de Mad Max. Cette revanche se tenant également un premier avril, il aurait été logique que le film fasse également preuve d'humour. Ce n'est pas vraiment le cas, et le potentiel de ce jour si particulier n'est exploité qu'au travers de l'inventivité des meurtres et de la bêtise congénitale des personnages, dont le réalisateur reste conscient. Bien sûr, il y a bien une musique un peu plus potache que d'habitude (signalons l'effort de Harry Manfredini, le compositeur qui pour une fois se contente de ne reprendre que deux tiers de ses partitions de Vendredi 13), et de toute évidence le réalisateur n'a pas cherché à faire peur. Mais il n'y a pas à proprement parler de gags gras et ironiques. Il faut dire que le cadre est mal choisi : ce bahut en ruine, de nuit, ne fait qu'à rendre une atmosphère très sombre. Plusieurs fois, le lieu de l'action sera plongé dans le noir le plus total, au grand dam du spectateur, qui ne réussit pas à comprendre ce qu'il se passe à l'écran. Un travers que la prévisibilité du scénario parvient aisément à compenser.

L'un dans l'autre, Le Jour des fous n'est pas le plus mauvais des slashers. Dans l'échelle des valeurs propre à ce genre si particulier, il se hisse au niveau de la moyenne, sa plus grande qualité restant d'éviter tout ennui à son public. Que Caroline Munro soit sortie de quatre ans d'inactivité pour tourner là-dedans reste cela dit un mystère. Autant profiter de sa présence puisque depuis, l'actrice s'est faite plutôt rare dans le cinéma d'horreur...

Loïc Blavier

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