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Game of Death. 1978.
Origine : Etats-Unis / Hong Kong
Genre : Réservoir à tarantineries
Réalisation : Robert Clouse
Avec : Bruce Lee, Colleen Camp, Dean Jagger, Gig Young...


Dans les années 70, Bruce Lee est au sommet de sa gloire, star du cinéma il démarre le tournage du Jeu de la Mort mais l’interrompt pour tourner Enter the Dragon. Il mourra avant de terminer le tournage du premier nommé.
Face à un public frustré par la troublante mort du petit dragon, Robert Clouse décide de terminer ce film six ans plus tard en mêlant les images tournées par Bruce Lee et d’autres plus fraîchement tournées avec deux doublures.

Le résultat est assez déconcertant, et on ne peut que déplorer la très mauvaise insertion des plans déjà tournés dans un film dont la lumière et le grain sont fondamentalement différents, on est vraiment dans l’exploitation de stock-shots et on ne peut que sourire quand sont intercalés des gros plans de Bruce Lee lors d’une scène impliquant ses doublures, le subterfuge est loin de prendre et prête à sourire (au minimum).

L’histoire est d’une légèreté que soulignent les improbables enchaînements de combats où celui qui est censé incarner Lee se prend pas mal de branlées.
Ce ne serait rien si il ne singeait pas les mimiques si célèbres de cet acteur avec conviction certes, mais le résultat est à des lieux de convaincre.

Je passe sur les "ouuuuuuhouuuuuuuuuuuuuhaaaaaa !" qui s’il ne donnent pas envie de lancer la télécommande sur ce bon vieux soldat de téléviseur qui n’en demandait pas temps achève de persuader que ce n’est pas non plus le bon film pour draguer (ha bon tu pratique les arts martiaux ? j’adore ça chez une fille, ça te dirais de venir voir un super film de combat chez moi pour finir la soirée ?). La honte, on dirait l’imitation de Bruce Lee par Lucien Pouillard, dont l’imitation n’est pas le moindre des défauts.

Le scénario, s’il a habilement été adapté aux besoins d’un film dont l’acteur principal est mort, laisse tout de même perplexe, imaginez plutôt (pour les rares qui ne l’ont pas vu) : Bruce Lee est victime d’une tentative de meurtre sur un plateau grâce à de vraie balles qui remplacent des balles à blanc (encore une fois on recycle un des plans d’un autre film du maître, Jing wu men aka La Fureur de vaincre) dont une l’atteignant au visage le défigure.
Quelle aubaine, quoi de mieux pour changer la bobine de l’acteur et ainsi justifier avec plus de crédibilité graphique que ne le faisaient des lunettes de soleil une non correspondance des plus déconcertantes du visage de l’acteur principal d’un plan à l’autre.
Hé bien non, le chirurgien est un génie et lui refait sa bobine de mauvais sosie qu’il s’efforcera de masquer à ses ennemis (qui le croient mort) et aux spectateurs (qui le savent mort).

Mais le problème est plus profond, on connait trop bien Bruce Lee et son style inimitable (et parfois peu orthodoxe vu sous l’angle des arts martiaux) et force est de constater que personne ne peut se faire passer pour lui, même de loin, même si par magie la pellicule avait été imprimée de façon strictement identique, même si on avait pu numériser la tête de Bruce Lee sur le corps de ses doublures (merde je viens de donner une idée à Lucas !), même si l’enchaînement avait tenu la route. Son style est marqué à jamais par ses autres films (ceux qu’il a effectivement tournés), où son empreinte marque avec classe le celluloïd de ces précieuses et trop rares bandes. De lui dans ce film, il ne reste pas grand chose, quelques minutes de combats mais quelles minutes ! Même si on est loin de ses meilleures prestations, il émane de chacun de ses gestes un charisme et une puissance à ce jour inégalés.

A ce titre la confrontation avec l’immense (à tous les sens du terme) Kareem Abdul-Jabbar donne lieu à la plus grande transposition cinématographique d’un jeu vidéo. Tout est là, des adversaires de plus en plus impressionants, séparés par des étages dont la promiscuité (un simple petit escalier se répétant à l’identique les sépare) et le systématisme ne peut qu’évoquer les différents niveaux d’un jeu.
Ces monstres caractérisés par leur aspect, leur style ou une simple arme sont biens les boss de fin de niveau qui semblent tour à tour invincibles puis écrasés par la maîtrise du joueur aprés analyse de leurs points forts et de leurs points faibles.

D’ailleurs, n’est-ce pas la seule percée que feront jamais les jeux vidéo avec efficacité dans le cinéma, tant l’esthétique et les enjeux du jeu de combat peuvent (à certaines conditions mais l’une d’entre elles est hélas morte) donner lieu à des séquences prenantes (la totalité des adaptations de différents jeux d’autres genres le démontre par leur nullité) ?
Il est difficile de juger ce film tant les séquences avec Bruce Lee sont prenantes et violentes ; ajoutons le splendide thème de John Barry qui ajoute aux frissons, et il devient difficile de le descendre même si tout le reste est sans intérêt, si ce n’est celui de la parodie involontaire.

Alors, hommage ou accomodante mise en abîme permettant de recycler des images inexploitées? Difficile de juger ce film où se mêlent des images (réelles) de son enterrement et un générique final qui ressemble à un adieu au petit dragon (en définitive pas si final car le couvert sera remis dans Game of death 2). Peu importe, il reste de belles images.

A vos ciseaux !

PLISSKEN

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