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J’aurai pu aller plus loin dans l’énoncé du script qui finalement dit tout le fond du film et ce à quoi on assistera tout du long de Ich schlafe mit meinem mörder, c’est à dire une fable brillante et drôlatique en même temps qu’une variation sur le thème du mâle de l’époque en perte de contrôle, puisque confronté à l’émancipation de la femme. En effet, celle-ci a sans conteste pris le pouvoir, contrôlant les affaires et détenant l’argent du ménage, elle tient ainsi en laisse le mari mécréant, inversant alors les rôles puisqu’il ne n’est plus qu’un objet, sexuel. Et à Wolfgang Becker de nous offrir un délectable jeu de massacre à l’ironie mordante, doublé d’un spectacle jubilatoire à ne pas prendre au sérieux.
Wolfgang Becker lorsqu’il tourne ce giallo érotique et ludique est alors déjà un vétéran de la télévision. Il a débuté au cinéma comme monteur durant les années 30 auprès de metteurs en scène reconnus (Josef von Baky, Géza von Bolvary) avant de travailler aux débuts des années soixante pour la ZDF et d’œuvrer au sein de feuilletons populaires à tendance krimi (le dernier en date et le plus connu sera Tatort). Ceci expliquant cela, il est logique de trouver ici un ego en retrait, avec un réalisateur qui a avant tout pour soucis d’illustrer son histoire. On pourra même avoir le sentiment par moments de se trouver face à un épisode de Columbo, ce qui ne gâchera pas le plaisir bien au contraire, et c’est de charme qu’on parlera. Si Becker s’efface devant son histoire, il se permet toutefois pas mal de libertés de ton, ainsi que quelques dérapages dans son récit. En même temps qu’un récit policier à base de complot délirant le film est avant tout un formidable exercice érotique empreint d’un fort militantisme féministe. Féminisme d’avant les chiennes de garde qui sévissent un peu partout de nos jour, puisque les femmes pourront y revendiquer leur droit à la nudité, assumant totalement leur droit au sexe et plaisir. Vengeresque sans aucun doute aussi et c’est bien normal puisqu’elles auront trop longtemps subi le joug de l’homme. Il est temps de se lâcher ! Et au film d’offrir de beaux interludes un peu cochons dans lesquelles les femmes émancipées, s’enlèvent culottes, se massent le clitoris dans des élans de solidarité, puis le plus souvent comme évoqué ci-dessus, se serviront des hommes comme d’étalons, de purs objets de plaisir quand bien même putes ou ex putes elles seraient. Un vent de féminisme passe, mais plus encore. Je couche avec mon assassin génère un beau souffle de libéralisation sexuelle. Les scènes érotiques y sont nombreuses, joyeuses, ironiques, allègres, ludiques et belles. Elles y sont également excitantes et il faudrait être un brin coincé ou hypocrite pour ne pas admettre que le film est plutôt bandant, et après tout l’expérience cinématographique étant une expérience sensorielle, on peut dire qu’il est très généreux à ce niveau.
Un spectacle bandant donc, mais pas seulement dans les passages érotiques. On jubile également devant tant d’ingéniosité déployée dans le vide, par Jan notamment, tellement vaniteux avec sa persuasion et sa capacité à séduire qu’il passe le plus souvent pour un gentil con, tout comme on se délecte de la façon dont Angela mène inéluctablement le rênes à tous les niveaux. D’ailleurs sans trop vouloir en dévoiler, de rebondissement en rebondissement, même morte, elle n’aura jamais cessé de diriger. Pour parfaire le plaisir pris ici, il convient de dire que les acteurs y sont excellents et jouent le jeu (car le film n’est que pur jeu). Harald Leipnitz (Le Masque De Fu Manchu de Don Sharp) joue son rôle d’icône machiste jusqu’au bout et avec conviction, tandis que la bien jolie Véronique Vendell (actrice d’origine française ayant joué dans Barbarella) encore légèrement assujettie à la domination mâle dans le film, prête ses charmes sans retenue et avec même une belle arrogance. Ailleurs Ruth-Maria Kubitschek mène la danse, même absente, ses apparitions du début hante le film tant et si bien qu’on sent sa présence, presqu’autant que le personnage de Laura dans le film éponyme d’Otto Preminger, pour revenir aux références cinéphiliques du film noir ici convoqué. De deux en un, cette présence fantomatique dédouble le portrait érotico-machiste de notre héros un brin émasculé pour le coup, en même temps que dans un cadre purement policier, elle fonctionne à merveille.
Gilles Vannier |
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