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Never say never again. 1983.
Origine : Royaume-Uni / Etats-Unis / R.F.A.
Genre : Espionnage
Réalisation : Irvin Kershner
Avec : Sean Connery, Klaus Maria Brandauer, Barbara Carrera, Max Von Sydow...



En 1983, les fans de l’agent 007 ont dû se demander si ils n’avaient pas la berlue puisque pas moins de deux aventures du célèbre espion leur sont alors proposées ! D’un côté, le Bond officiel incarné avec désinvolture par Roger Moore, qui dans Octopussy poursuit sa longue descente dans les tréfonds de la médiocrité, et de l’autre, le Bond officieux incarné par le toujours fringant Sean Connery. Un Sean Connery qui a, par le passé, déjà dit au revoir à deux reprises au smoking de James Bond. La première fois, à l’issu du tournage de On ne vit que deux fois (1967), témoignant d’une volonté de se débarrasser d’un rôle encombrant et un peu trop limité à son goût, et la seconde fois à la suite de son bref retour dans Les Diamants sont éternels (1971). A cette occasion, il a pu vérifier que le statut de l’interprète principal n’avait pas évolué depuis sa dernière prestation, puisque on ne lui accordait toujours aucun droit de regard sur le contenu des scripts. Définitivement lassé par cette situation, il claqua la porte et on crut vraiment cette fois qu’il n’y reviendrait plus. Or Sean Connery demeure très attaché à ce personnage et, en collaboration avec ses amis Guy Hamilton et Tom Mankiewicz, il nourrit l’espoir d’incarner un James Bond différent, plus en phase avec son époque et surtout moins infaillible et plus humain. Un projet de longue haleine qui n’aboutit que 12 ans après son ultime prestation au service de sa majesté. Et pour d’obscures raisons, Guy Hamilton, le réalisateur initialement prévu, doit céder sa place à Irvin Kershner, un réalisateur totalement étranger à l’univers des James Bond mais qui jouit du succès récent de son film précédent, L’Empire contre-attaque, et qui présente en outre l’avantage d’avoir déjà dirigé Sean Connery pour L’Homme à la tête fêlée en 1966, à une époque où le comédien cherchait déjà à se diversifier.

Le monde est en péril. Le SPECTRE, organisation terroriste bien connue des services secrets britanniques, a réussi une opération d’envergure : détourner à son profit, et au nez et à la barbe de l’armée américaine, deux ogives nucléaires. En position de force, son leader Ernst Stavro Blofeld procède à un odieux chantage. Ou bien les différents chefs d’état acceptent de payer ce qu’il leur demande, ou bien il fait exploser les deux ogives, avec les conséquences que cela induit. L’heure est grave. A tel point que M se décide à faire sortir James Bond de sa préretraite pour qu’il découvre où les deux missiles sont cachés. Pour cela, il lui faut suivre la piste qui mène à Emilio Largo, l’homme qui les détient.



Les Bondophiles auront reconnu dans ce synopsis les grandes lignes de Opération Tonnerre, l’un des James Bond de la grande époque. A l’heure où les instigateurs du projet jouent la carte de la différence, ce choix peut paraître étrange voire, sur un plan juridique, assez risqué. Sur ce dernier point, la production dispose d’une carte majeure en la personne de Kevin McClory, le détenteur des droits légaux de l’histoire de Opération Tonnerre et co-signataire du sujet original de Jamais plus Jamais. Grâce à cet atout non négligeable, tous les noms des personnages originaux peuvent être réutilisés sans craindre le moindre procès. En outre, l’intrigue de Opération Tonnerre présente l’intérêt de comporter des éléments propres à l’univers de James Bond et donc immédiatement identifiables à celui-ci, même pour un public peu connaisseur en la matière, au premier lieu desquels se trouve le SPECTRE et son chef incontesté Blofeld, l’ennemi intime de l’agent secret britannique. En fait, tout concourt à placer Jamais plus Jamais dans la droite lignée de ses prédécesseurs et cela en dépit des interdits auxquels la production doit faire face. Ainsi, si le film est dépourvu de pré-générique et donc du fameux et inébranlable générique concocté par Maurice Binder depuis Bons baisers de Russie, une chanson est néanmoins composée juste pour l’occasion. Une chanson qui est d’ailleurs à porter au passif du film tant elle sonne datée et peu accrocheuse. Pour le reste, Q et Miss Moneypenny bénéficient chacun de leur scène habituelle, James Bond tombe toujours autant les filles (pas moins de quatre au cours de cette mission) et l’exotisme de rigueur répond présent (les Bahamas, la Côte d’Azur et l’Afrique du Nord). Plutôt que de tout chambouler, ce James Bond dissident reprend les caractéristiques propres au personnage en se permettant néanmoins de leur apporter un léger dépoussiérage.
Bien que de deux ans le cadet de Roger Moore, Sean Connery n’est plus un perdreau de l’année et, à cinquante ans passés, il ne peut plus se permettre les mêmes acrobaties qu’il y a vingt ans. Et plutôt que d’ignorer le temps qui passe comme les James bond officiels le font si bien, ici on prend le parti de s’en accommoder et de s’en servir pour apporter une densité nouvelle au personnage. Homme d’action, James Bond ne se réjouit guère d’être mis au rencard par son supérieur, lequel lui reproche des méthodes expéditives plus très au faîte de la nouvelle donne politique. Comme rarement auparavant, nous voyons un James Bond totalement impuissant, tributaire d’une situation géopolitique nouvelle et du bon vouloir de son nouveau supérieur. Sous son flegme de rigueur perce néanmoins une certaine lassitude voire un profond mal être que Sean Connery transcrit à merveille. Le batifolage auquel il s’adonne avec une kinésithérapeute du centre de remise en forme prend les allures d’un pis-aller pour l’agent mis sur la touche et qui s’en remet sans excès d’enthousiasme à son seul sex-appeal. Pourtant, le film s’est ouvert sur une séquence qui nous montre James Bond comme il se doit, c'est-à-dire en pleine action. Or elle agit en trompe-l’œil, ne nous montrant en fait qu’un exercice auquel l’agent doit se plier pour évaluer son aptitude à être toujours opérationnel ou non. A cette occasion, si l’acteur Sean Connery démontre qu’il peut encore faire bonne figure dans ce genre de scène, le personnage de James Bond conclut la démonstration sur un couac, la simulation se terminant par sa mort. Alors, rouillé ce bon vieux 007 ? Il y a un peu de ça, mais dés que sa vie est véritablement mise en danger, il retrouve alors l’intégralité des réflexes qui lui valent d’être toujours de ce monde, comme en atteste l’homérique bagarre au centre de remise en forme. C’est qu’en tant que James Bond, Jamais plus Jamais se doit de comporter son lot de scènes d’action. Irvin Kershner se plie bon gré mal gré au cahier des charges, agrémentant de-ci de-là son film de quelques cascades « bondiennes » dont la poursuite motorisée représente le sommet. A ce propos, si cette scène pouvait faire illusion et paraître spectaculaire selon les canons de l’époque (quoique le tourbillon Mad Max 2 était déjà passé par là), il n’en est rien aujourd’hui, celle-ci faisant plutôt triste mine. Et il en va ainsi de toutes les scènes d’action du film, non pas à cause du manque de crédibilité de Sean Connery comme je l’ai dit plus haut, mais plutôt à cause de la réalisation sans relief du réalisateur alliée à l’aspect trop sage desdites scènes. Faire un film spectaculaire n’était clairement pas le but de la manœuvre et, à ce titre, le contrat est parfaitement rempli, peut-être même trop bien. En fait, le film tire sa force, et son principal intérêt, des interactions entre James Bond et les deux figures maléfiques de l’histoire : Fatima Blush et Emilio Largo.



Bras droit de Emilio Largo, Fatima Blush personnifie une véritable mante religieuse, n’hésitant pas à coucher avec les hommes qu’elle doit tuer. Elle ne fait pas de sentiments, trouvant dans son rôle d’exécutrice des basses œuvres de Largo matière à jouir sans entraves. C’est une dominatrice, et imbue d’elle-même de surcroît, qui estime octroyer une faveur à ses victimes en couchant avec eux. Délicieusement perverse et diaboliquement belle, Fatima Blush exerce une forte attraction animale à laquelle il est bien difficile d’échapper. Barbara Carrera donne toute la démesure nécessaire à un personnage qui préfigure la future Xenia Onatopp de GoldenEye. Face à elle, et bien qu’il soit interprété par la toute mimi Kim Basinger, le personnage de Domino fait bien pâle figure. Même ce bon vieux 007 est dans ses petits souliers en sa présence, c’est dire ! Aux côtés de Barbara Carrera, Klaus Maria Brandauer incarne un Emilio Largo rajeuni par rapport au personnage de Opération Tonnerre. Il représente en quelque sorte la nouvelle génération des criminels de luxe auquel le vétéran James Bond doit se frotter. Aussi suave et mégalo que ses devanciers, cet Emilio Largo ajoute à sa panoplie une certaine folie juvénile qui le rend des plus dangereux. Chacune de ses moues enfantines prend alors l’allure d’un mauvais présage. Joueur invétéré et mauvais perdant pathologique, il apparaît dans la logique qu’il défie pour la première fois James Bond dans un casino. Autre époque, autres mœurs, les parties de cartes cèdent la place à un jeu vidéo en 3-D dont la finalité est de conquérir le monde, but partagé par la majorité des ennemis de James Bond. Les deux ennemis assis face à face, leur affrontement s’effectue autant par le truchement du jeu que par les regards qu’ils se jettent et les mots qu’ils s’adressent. Et c’est sur l’autel de ce champ de bataille virtuel que prend forme la scène la plus intense du film, celle qui voit s’opposer deux hommes partageant cette même volonté d’être le meilleur dans tous les domaines quoiqu’il en coûte. A ce moment là, on a que faire des effets pyrotechniques et autres cascades, seule compte la simple interaction entre deux comédiens investis. Un élément qui avait tendance à être un peu trop mis de côté durant les années 70 et que Sean Connery et ses acolytes se sont faire forts de réemployer pour cet ultime retour dont le titre de Jamais plus Jamais renvoie au désir de l’acteur écossais de ne plus y revenir. Et à ce jour, il a tenu parole. Alors si Jamais plus Jamais, en dépit des efforts consentis, ne retrouve pas la formule miracle des années 60, au moins le film confirme, si besoin était, que plus que jamais Sean Connery est bel et bien James Bond.

Bénédict Arellano

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