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Iron Man. 2008.
Origine : Etats-Unis
Genre : Exploitation de filon
Réalisation : Jon Favreau
Avec : Robert Downey Jr., Gwyneth Paltrow, Terrence Howard, Jeff Bridges...


Tony Stark, génie de la robotique, est le principal pourvoyeur d’armes dans le monde. Alors qu’il se trouve en Afghanistan pour présenter un tout nouveau missile, son escorte est décimée lors d’une embuscade. Seul survivant, Tony Stark se retrouve prisonnier des talibans, lesquels lui ordonnent de construire plusieurs exemplaires de son dernier missile. Feignant de s’exécuter, Tony Stark élabore une armure révolutionnaire qui lui permet d’échapper enfin à ses ravisseurs. De retour aux États-Unis, il fait une annonce fracassante : il cesse la construction et la vente d’armes à feu. Désormais, il souhaite agir pour le bien de l’humanité. Toutefois, pour occuper ses journées, maintenant que le conseil d’administration l’a mis au rencard, il reprend les plans de son armure afghane pour aboutir à une petite merveille de technologie et de maniabilité qui fera de lui Iron Man.

Enième adaptation d’un super-héros issu des comics, dont les années 2000 ont été particulièrement friandes, Iron Man ne se distingue guère de ses petits camarades. Le succès étant presque acquis –les scores moyens de Daredevil n’ont par exemple pas empêché la mise en chantier d’un spin-off avec Elektra –, chaque ouverture de franchise prend bien le temps de nous narrer la genèse du personnage, lui sacrifiant à peu près tout ce qui peut graviter autour. Iron Man ne déroge pas à la règle et il n’y en a donc que pour Tony Stark et ses premiers pas dans la sphère héroïque. Résultat, il ne côtoie que des archétypes dont l’intérêt va en déclinant à mesure qu’ils s’avèrent proches de lui. A ce petit jeu, c’est encore ce vieux briscard de Jeff Bridges qui s’en tire le mieux dans la défroque du vilain de service, qu’il interprète avec un brin de malice bienvenu. Il est néanmoins dommage que la dimension cynique du personnage soit sacrifiée sur l’autel du spectaculaire lors d’un final qui de surcroît tue dans l’œuf toute implication de notre part. Mais la plus à plaindre demeure Gwyneth Paltrow. Toute actrice oscarisée qu’elle est, son personnage est symptomatique de l’incapacité des scénaristes hollywoodiens à écrire des rôles féminins qui ressemblent à autre chose qu’à de simples ornements. Avant elle, on ne compte plus les potiches voisinant avec le héros : Kim Basinger dans Batman, Nicole Kidman dans Batman Forever ou encore Jennifer Connelly dans Hulk. Je pourrais même m’amuser à ajouter Natalie Portman à cette liste, dont le rôle qu’elle tient dans Thor semble la condamner à jouer les utilités. Il y a comme une sorte de malédiction qui plane au-dessus de ces rôles, cantonnant bien trop souvent ces personnages dans l’unique posture de la femme en détresse. Au moins, Gwyneth Paltrow se voit-elle épargnée de ce poncif, luxe qu’elle doit peut-être au fait que son personnage synthétise deux figures en une. Comme il y a du Bruce Wayne en Tony Stark (dépositaires d’une belle fortune, ils partagent en outre une même aisance à frayer avec le gotha mondain), il y a à la fois la servilité du majordome Alfred et le côté midinette de la petite amie du héros derrière les tailleurs stricts de Pepper Potts. Malheureusement pour l’actrice, la distanciation amusée du premier laisse trop rapidement la place à l’admiration béate de la seconde. Autrement dit, Pepper Potts se révèle une belle godiche dont le seul exploit est de ne pas encore passer à la casserole. De ses rapports avec Tony Stark ne naît aucun échange savoureux, ceux-ci se bornant à souligner l’ébauche envisageable d’une romance. A croire qu’il est impossible qu’une femme, a fortiori aussi au fait des mauvais côtés dudit milliardaire, ne succombe pas au charme mutin de son employeur. D’ailleurs, parlons-en de ce fameux Tony Stark.
Si chaque film de super-héros se présente sous une forme quasi immuable, ceux-ci doivent tout de même se distinguer à travers leur figure héroïque. Or dans le cas de Tony Stark, et comme je l’ai déjà dit précédemment, cela se complique du fait de sa forte ressemblance avec Bruce Wayne. Les deux hommes sont pleins aux as, vivent désespérément seuls –tous deux ayant perdu leurs parents durant leur enfance– et utilisent leurs richesses pour se constituer un double héroïque. A la base, ils ne disposent donc d’aucun super-pouvoir mais leur argent leur permet de se constituer un super arsenal qui vaut bien les prouesses hors normes de certains de leurs pairs. Les deux personnages se distinguent néanmoins par la tonalité de leurs aventures respectives : plus sombre et torturée chez Bruce Wayne/Batman, plus décontractée et lumineuse chez Tony Stark/Iron Man. Ce ton plus cool doit beaucoup au choix de l’acteur principal Robert Downey Jr., qui confère à son personnage une forme d’espièglerie amusée doublée d’une insolence mesurée qui détonne dans le genre. Son Tony Stark est un véritable épicurien, profitant de sa notoriété pour s’éclater à bon compte et ne se posant que peu de questions quant à la source de sa richesse. Néanmoins, cette décontraction constitue à la fois son atout et sa limite. Si le voir s’amuser comme un petit fou en expérimentant les multiples capacités de son armure peut s’avérer communicatif (ce n’est pas mon cas, mais je conçois que cela peut avoir cet effet là), en revanche, la candeur dont il fait preuve vis-à-vis de la destination des armes que son entreprise construit laisse pantois quant à la facilité du procédé. En tant que super-héros en devenir, il ne peut décemment pas avoir du sang sur les mains, en tout cas pas en connaissance de cause. Le scénario joue donc lourdement sur son aspect déconnecté des réalités (chez lui, tout est géré par des ordinateurs conçus pas ses soins, Pepper Potts s’occupant exclusivement de tout le côté relationnel, largage des compagnes d’un soir inclus), le dépeignant comme un sale gosse qui ne s’intéresse à rien d’autre qu’à sa petite personne. Un séducteur impénitent qui répond aux questions des journalistes par des lapalissades, avant de les mettre dans son lit (il n’a affaire qu’à de belles journalistes !). On le pense cynique, il est juste inconséquent. Sa mésaventure afghane prend alors valeur de prise de conscience du monde qui l’entoure et, à un degré moindre, de passage à l’âge adulte dans le sens où il va devoir s’émanciper de toute figure paternelle. Rien de follement original, en somme. Sans compter que cette prise de conscience s’effectue de manière pachydermique avec des répliques bien senties du genre : « Je pensais que tu avais tout, mais en fait tu n’as rien », prononcé par le compagnon de geôle du milliardaire en évoquant son absence de famille, comprendre femme et enfants. Et puis je trouve –même si cela fait écho aux origines littéraires du personnage, l’Afghanistan remplaçant le Vietnam– que situer Iron Man dans un contexte réaliste a tout de la fausse bonne idée. Après l’avoir impliqué dans le conflit afghan, comment accepter que par la suite le super-héros ne se contente que de petits malfrats à mettre derrière les verrous ? A mon sens, le tort des scénaristes a été d’avoir cherché à reprendre servilement les principales données du personnage en occultant le contexte de sa création. A l’époque, la naissance du super-héros en pleine guerre du Vietnam se justifiait par ses combats à venir, principalement axés contre les malfaisances du monde communiste. Rien de tel ici puisqu’en dehors de son crochet en Afghanistan, mû par des accents vengeurs (si Iron Man sauve des villageois, il en profite également pour tuer ceux-là même qui l’avaient maintenu en captivité), son armure ne lui sert qu’à reprendre la mainmise sur son entreprise. En fait, le film souffre principalement d’un scénario imparfait qui, selon les dires à l’époque de sa sortie, avait fait l’objet de nombreuses réécritures, même durant le tournage.
Il faut bien avouer que cela se ressent, notamment en ce qui concerne les réelles motivations de Tony Stark qui ne nous sont finalement jamais révélées. Qu’à l’aune de sa douloureuse expérience de captivité, il décide de cesser la construction et la vente d’armes, pourquoi pas, cela demeure du domaine du compréhensible. Mais alors pourquoi se lancer dans une amélioration de son prototype élaboré en Afghanistan et qui a tout de la machine de mort parfaite, plutôt que de se lancer à corps perdu dans des causes humanitaires ? De même, on peut aussi s’interroger sur l’extrême bêtise des Talibans qui, bien que suivant l’évolution des travaux de Tony Stark à l’aide de caméras de surveillance, ne se rendent même pas compte que ce que leur otage construit n’a rien à voir avec les missiles réclamés. C’est ce genre de détail qui m’amène à sortir totalement du film, réclamant une incrédulité de ma part bien trop conséquente pour que cela fonctionne.

Sans être infamant, on a connu pire dans le genre, Iron Man demeure un film bien trop balisé pour être véritablement passionnant. Même les scènes d’action ne parviennent plus à surprendre, reposant toutes sur les prouesses des logiciels informatiques, ces derniers ayant à la longue contribué à amoindrir la magie du cinéma par son côté trop propret et parfait. Nous sommes bel et bien en présence d’un cinéma fast-food, vite consommé, vite oublié. C’est triste mais comme ça marche, on a pas fini d’en bouffer...

Bénédict Arellano

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