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Indiana Jones and the Kingdom of the Crystal Skull. 2008.
Origine : Etats-Unis
Genre : Aventures pantouflardes
Réalisation : Steven Spielberg
Avec : Harrison Ford, Karen Allen, Cate Blanchett, Brendan Gleeson...


Indiana Jones devait rester à jamais un héros phare des années 80 et un rôle (le rôle ?) important dans la carrière de son interprète, Harrison Ford. En levant le voile sur les origines de la vocation de l‘archéologue-aventurier et en lui faisant renouer avec son père, La Dernière croisade accumulait tous les ingrédients susceptibles de clore la franchise une bonne fois pour toute. Indiana Jones n’avait alors plus aucun secret pour nous, et nous pouvions donc le laisser goûter à un repos bien mérité. Durant les dix-neuf années qui suivirent, des rumeurs faisant état d’un possible quatrième épisode circulèrent avec plus ou moins de virulence. Or, au regard de l’orientation plus ambitieuse que Steven Spielberg impulsa à sa carrière depuis La Liste de Schindler en 1994, un retour de l’homme au fouet avait tout de l’arlésienne. Et puis dans le même temps, Harrison Ford commençait à accuser le poids des années, ce qui logiquement devait le tenir éloigné d’un rôle aussi physique. Mais, sous la pression des fans, conjuguée à l’énorme envie affichée par George Lucas de ressusciter Indiana Jones et sans doute aussi au plaisir de se retrouver tous ensemble (Spielberg, Lucas et Ford), l’hypothétique retour du héros des années 80 devint réalité.

Nous sommes en 1957. Le deuxième Guerre Mondiale a laissé place à la guerre froide, les Russes remplaçant les Allemands et les Japonais dans le rôle de l’ennemi public n°1 des Etats-Unis. Des Russes audacieux qui envoient un détachement dans le Nevada pour s’emparer d’une caisse à l’étrange contenu, au sein même de la fameuse Area 51, lieu mythique pour les adeptes de la conspiration. Dans leurs bagages, les Russes ont ramené une vieille connaissance -Indiana Jones- pour les aider à remettre la main sur ladite caisse. Au pris de mille efforts, le toujours vaillant Indiana Jones parvient à leur échapper. Ce n’est là qu’un affrontement parmi d’autres. Lancé sur la piste de son vieil ami Oxley, parti à la recherche de la mythique cité de El Dorado en Amérique latine, Indiana Jones découvre un drôle de crâne de cristal extrêmement magnétique qui constitue la clé d’accès à la cité. Un crâne également convoité par les Russes, ce qui occasionnera maints désagréments.

Voici, en quelques mots, présentée la nouvelle quête de Indiana Jones. Une quête -on s’en apercevra vite- qui passe au second plan au profit de l’évolution de l’aventurier. Après le père, Steven Spielberg et George Lucas sont ravis de nous présenter le fils. Un fils dont notre bon aventurier ne connaît pas l’existence, et pour cause puisque sa génitrice -la Marion Ravenwood des Aventuriers de l’arche perdue- le lui a caché. Il découvre donc sa paternité au détour d’une péripétie, sans que cela ne le bouleverse outre mesure. Lui, l’éternel célibataire dont la vie aventureuse se marie mal avec les contraintes de la vie maritale accepte sans broncher cette situation inédite. Certes, il a vieilli, et l’envie de se poser doit se faire sentir plus souvent qu’à son tour. L’ennui, c’est que le film ne transmet jamais ce sentiment, ni aucun autre d’ailleurs.
Se déroulant en 1938, l’intrigue de La Dernière croisade faisait état des premiers soubresauts d’un monde qui amorçait alors un virage terrible dans l’horreur. A l’époque, Indiana Jones n’était qu’un témoin, son travail d’archéologue passant avant tout. Son histoire n’influait pas encore sur l’Histoire. Or, on découvre au début du Royaume du crâne de cristal que durant la guerre, il a mêlé son destin à celui du monde en combattant l’ennemi nazi non plus pour sauver son père ou leur subtiliser une relique sacrée, mais au nom de la liberté et de son pays. Un combat qu’il perpétue au-delà de 1945 en pratiquant le contre-espionnage à l’encontre des Russes. Nous avons connu Indiana Jones en tant que sommité de l’archéologie, et nous le retrouvons en tant que héros de guerre multi médaillé. Le changement est radical mais somme toute logique, l’héroïsme individuel se muant en héroïsme collectif à l’aune d’un conflit d’importance qui relègue l’archéologie au rang d’incongruité.

Cependant, il s’agit avant tout de retrouvailles, des retrouvailles entre le public et le héros dont les aventures ont bercé leur existence. Spielberg prend donc bien soin de nous montrer un Indiana Jones tel qu’on le connaît, toujours vêtu de ses habits si caractéristiques et affublé de son incontournable chapeau. Le temps a passé, les rides se sont creusées mais l’allure générale de l’aventurier demeure. Spielberg fait durer le plaisir, ose un plan iconique (l’ombre de Indiana Jones remettant son chapeau se dessine sur la portière d’une automobile) avant de le replacer en pleine lumière. Indiana Jones est de retour, et avec lui son lot de souvenirs impérissables. L’entame du Royaume du crâne de cristal se calque sur celle des Aventuriers de l’arche perdue en nous présentant le méchant de l’histoire, en l’occurrence une femme, et en imposant une foultitude d’épreuves à Indiana Jones. Dans le premier film, toutes ces péripéties avaient pour but de nous dessiner les principales caractéristiques du personnage, alors que dans le dernier film, celles-ci ont plus vocation de nous rassurer quant aux aptitudes physiques de son interprète. Et force est de reconnaître qu’elles sont bluffantes. Harrison Ford virevolte, bondit et se bat comme au premier jour. On ne dirait vraiment pas qu’il compte 19 ans de plus au compteur. Cette mise en bouche a le mérite de nous replonger rapidement dans le bain et d’écarter nos craintes quant à la possibilité de voir Indiana Jones touché par le syndrome Roger Moore. Le tout est sous tendu par un humour léger qui s’intègre bien à l’action. Ce quatrième opus semble lancer sur de bons rails, bien que les germes de la déception soient déjà présents. Ainsi, en nous révélant le contenu de la caisse, Steven Spielberg ôte tout doute en ce qui concerne la finalité de l’histoire, prouvant par là même le peu d’intérêt d’une intrigue réduit à sa plus simple expression. Pourtant, en l’état, le script offrait de nombreuses possibilités d’enrichir le personnage principal. Déjà, de par son contexte -la guerre froide- qui induit un fort climat de suspicion auquel n’échappe pas Indiana Jones, tout héros décoré qu’il soit. Amené à démissionner, le voici prêt à s’exiler, prenant ses distances avec un pays qui le rejette. La haine des communistes est tenace et pousse parfois les gens à l’aveuglement. Toutefois, le scénario se refuse à explorer cette piste plus avant. Hormis une manifestation anti-rouges se tenant sur les pelouses du campus que l’on aperçoit lors de la poursuite opposant Indiana Jones et Mutt Williams (son fils) à des agents du KGB, il ne sera plus fait mention du climat délétère de cette période. L’aventure doit reprendre ses droits, et l’action se déplace en Amérique du Sud pour apporter son lot de dépaysement. Irina Spalko (interprétée par une Cate Blanchett transparente) et ses troupes se contentent ensuite d’opposer une vague contestation à Indiana Jones et ses compagnons, source de LA grosse scène d’action du film, une interminable course-poursuite dans la forêt amazonienne. Celle-ci intervient après la révélation de la paternité de Indiana Jones et offre donc l’occasion à son fils, Mutt Williams, de faire preuve de son courage et d’inconscience dans la droite lignée de son papa. En véritable famille unie, chacun des membres fera preuve de bravoure au cours de celle-ci à tour de rôle. Le crâne de cristal, la folie de Oxley, tous ses éléments passent au second plan. Spielberg reproduit là l’erreur de La Dernière croisade, à savoir sacrifier l’essentiel de ses personnages au profit d’un duo dans le troisième film (Jones père et fils) et d’un trio dans Le Royaume du crâne de cristal (Jones Jr, son fils et Marion Ravenwood). Les retrouvailles entre Marion et Indiana Jones sont symptomatiques de cette tendance : alors que Indiana et Mutt viennent de se faire capturer par les hommes de Irina, Marion jaillit d’une tente, et avec elle le doux parfum de souvenirs anciens qui ravive la mémoire de notre aventurier. Et celui-ci de balbutier son étonnement, et elle de l’engueuler gentiment, sans qu’aucun d’eux ne se soucie des Russes en armes qui les encerclent. Si la scène fonctionne bien au demeurant du fait de la bonne alchimie entre Harrison Ford et Karen Allen, celle-ci révèle le rôle purement fonctionnel de Irina et sa troupe ainsi que de la quête en elle-même. Comme je l’ai dit précédemment, le mystère est très vite éventé. Dès lors, la recherche du crâne de cristal ne demande pas un gros effort à Indiana Jones, et Steven Spielberg n’en fournit pas davantage pour l’illustrer. Un petit coup de balai au fond d’un cachot suffit à l’aiguiller sur ses traces. En fait, Indiana Jones se contente de marcher dans les pas de Oxley, son vieil ami qui a déjà découvert la cité de El Dorado, et dont le sort lui importe plus que le crâne de cristal et ce vers quoi il mène. On ne retrouve qu’en de trop rares occasions l’espièglerie et la véritable passion qui animait Indiana Jones lors de ses précédentes aventures. La plupart du temps, il n’apparaît que peu concerné et finalement bien peu motivé par une quête qui lui en touche une sans bouger l’autre. Il réagit plus qu’il n’agit et se montre particulièrement sceptique quant aux implications du fameux crâne de cristal et de son étrange magnétisme. Là encore, le scénario lance une piste intéressante pour ne jamais la creuser. Lors de ses précédents exploits, Indiana Jones a souvent été confronté au pouvoir divin. Il n’a jamais remis en cause ce pouvoir alors qu’il accueille d’un air amusé la possibilité d’une vie extraterrestre. Il se montre alors en parfait décalage avec une époque -les années 50- qui ne jurait que par les petits hommes verts et se plaisait à fantasmer un futur plus qu’improbable, aujourd’hui encore. Las, il se laisse totalement porté par les événements lors d’un final bâclé qui le place face à l’évidence d’une vie extraterrestre. Sans doute trop heureux d’avoir retrouvé femme et enfant, il préfère se repaître de ce qu’il voit sans trop se poser de questions, ni remettre en cause tout ce dont il croit. Cette fois-ci, il ne ramène rien de son périple, si ce n’est la certitude que la seule aventure qui le motive encore consiste à convoler en justes noces.

Le Royaume du crâne du cristal ressemble au final à une somme d’occasions manquées. Loin d’être ridicule, Harrison Ford habite encore magnifiquement son personnage, jouant beaucoup de petites mimiques et de regards en coin qui témoignent du réel plaisir qu’il a eu de retrouver son rôle fétiche. Au-delà de ce que lui dicte le scénario, il met beaucoup de sa personne pour façonner à nouveau Indiana Jones à sa convenance. Même dans les scènes les plus improbables, il parvient toujours par un mot, un cri ou un regard, à rendre la scène crédible en réagissant de manière adéquate. Steven Spielberg aurait gagné à jouer davantage sur l’âge avancé de son acteur, ou du moins, d’une manière moins grossière que les quelques répliques afférentes : « Eh, grand-père ! », ou encore « Mais tu as quel âge, 80 ans ? » comme autant d’indices d’un certain je-m’en-foutisme. Paradoxalement, il est regrettable de constater que c’est lorsque le personnage vieillit qu’il se sort le plus aisément des situations auxquelles il est confronté. Il n’y a aucune mise en danger du personnage et donc aucun suspense. Qu’il affronte des fourmis rouges, des scorpions, des pièges en tout genre ou même la traîtrise, rien n’a de prise sur lui. Il s’accommode de toutes les situations sans s’inquiéter de rien. Et le déroulement de l’intrigue lui donne raison puisque toute ébauche de traquenard est rendue caduque par une conclusion expéditive (voir la scène des marches rétractables qui se termine par une chute dans une flaque d’eau). Alors que Spielberg sort de sa période dite sombre, il prend un malin plaisir à édulcorer au maximum son film. Les explosions sont spectaculaires, mais le résultat le plus souvent inoffensif. A croire que maintenant, il considère le cinéma de divertissement comme s’adressant exclusivement à des enfants qu’il vaut mieux épargner de toute violence. Ce qui, de la part d’un réalisateur qui n’a pas hésité à ressortir l’un de ses classiques -E.T en substituant les armes par des lampes de poche n’étonne guère.

Steven Spielberg dit avoir voulu réaliser ce film en oubliant sciemment tout ce qu’il a appris durant les 19 années qui séparent La Dernière croisade et Le Royaume du crâne de cristal. Malheureusement, ce qu’il semble surtout avoir oublié, c’est la recette d’un bon divertissement sans prétention. Si Indiana Jones ne ressort pas ridiculisé de l’entreprise, il n’en sort pas non plus grandi, et son ultime sortie (enfin, j’espère) prouve qu’il y a des héros qu’il faut savoir laisser reposer en paix.

Bénédict Arellano

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