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Indiana Jones and the last crusade. 1989.
Origine : Etats-Unis
Genre : Aventure
Réalisation : Steven Spielberg
Avec : Harrison Ford, Sean Connery, Denholm Elliott, Alison Doody...




Indiana Jones et la dernière croisade apparaît comme un retour aux sources pour un cinéaste qui, depuis Indiana Jones et le temple maudit, avait amorcé un virage dans sa filmographie. Comme agacé par son simple statut de « roi du divertissement », Steven Spielberg s’est attaché, en l’espace de deux films, à montrer au public une facette plus mature de sa personnalité. Ce n’est pas ici que j’évoquerais la réussite ou non de son entreprise, ni que je m’étendrais plus avant sur la qualité des films en question (La Couleur pourpre, 1985 et L’Empire du soleil, 1987) car tel n’est pas mon propos. Toutefois, force est de constater que le succès ne fut pas au rendez-vous. Si retour aux sources il y a, la mise en chantier d’un troisième épisode -bien que programmée depuis la naissance de l’archéologue aventurier - sonne pour Spielberg comme la possibilité de renouer avec l’engouement du public et, grâce à ce succès annoncé, de se donner toute latitude pour la réalisation future d’autres œuvres plus personnelles.

1938. Le richissime Mr Donovan, obnubilé par la quête du Graal, approche Indiana Jones pour que celui-ci parte à sa recherche. D’abord réticent, le célèbre archéologue accepte finalement sa proposition lorsqu’il apprend que son prédécesseur, qui a récemment disparu, n’est autre que son père. Accompagné de Marcus Brody, il se rend à Venise, dernier endroit où son père a été vu.



Nous le savons, Steven Spielberg n’a jamais goûté l’aspect sombre du précédent épisode, et il s’est toujours reproché d’avoir accepté cette orientation, allant même jusqu’à renier son film. Il paraissait donc évident que cette troisième aventure allait bénéficier d’un ton plus enjoué et plus propice à plaire au plus grand nombre, et à Spielberg au premier chef. Indiana Jones et la dernière croisade mêle deux envies : d’une part, celle de retrouver les éléments fondateurs du mythe (Marcus Brody, Sallah et les nazis) et, d’autre part, de procéder à la démythification de son héros. Ainsi, si le film s’ouvre une nouvelle fois sur la figure de l’aventurier (Spielberg utilise alors le même procédé que lors des Aventuriers de l’arche perdue, à savoir son personnage qui apparaît le visage dans l’ombre et qui, progressivement, entre en pleine lumière), nous avons la surprise de le découvrir adolescent, vêtu de sa tenue de scout. Indiana Jones n’est pas encore le docteur Jones, et ce prologue nous propose d’assister à sa naissance. Nous sommes au cinéma donc le temps s’accélère, les époques se chevauchent et les événements s’enchaînent. En à peine dix minutes, le jeune Indiana Jones acquiert toutes les caractéristiques qui fondent le mythe : sa phobie des serpents, sa cicatrice au menton et l’utilisation d’un fouet, son entêtement et, cerise sur le gâteau, l’origine de son costume. Un parallèle se créé alors entre Indiana Jones, le personnage cinématographique fruit des multiples influences du duo Steven Spielberg - George Lucas, et Indiana Jones, l’aventurier archéologue dont le style vestimentaire trouve naissance dans la propre existence du héros. C’est comme si, le temps d’un prologue, les deux hommes souhaitaient démonter leur processus de création. Pour conclure leur trilogie, les Spielberg et Lucas veulent que ce soit une fête et que les spectateurs soient partis prenante de l’intrigue. Relater les origines de Indiana Jones revient à contenter toute une part du public qui, lorsqu’il aime un personnage, aime bien en savoir le plus possible. Pourtant, la force de ce personnage était justement d’exister malgré ses zones d’ombre. Pendant deux films, Spielberg s’est attaché à nous dépeindre un homme sans attaches qui adore parcourir le monde à la recherche d’objets mystiques et /ou historiquement précieux. L’aventure est son moteur, et ce n’est qu’au cœur de l’action qu’il donne toute sa pleine mesure. Pour ce dernier épisode (du moins à l’époque), Spielberg redistribue les cartes et tient à ce que son héros sans parenté retrouve subitement son statut de fils. Dès lors, la quête du Graal importe moins que ses retrouvailles avec son père, dont il s’était depuis bien trop longtemps éloigné. Et Spielberg de placer une nouvelle fois la famille au cœur de l’un de ses films.



Fondamentalement, les ingrédients de ce troisième épisode ne divergent guère de ceux des deux précédents. Indiana Jones et la dernière croisade repose lui aussi sur un savant mélange de scènes d’action échevelée et de traits d’humour. Par contre, les motivations du héros changent radicalement. Que ce soit l’arche d’alliance ou les pierres de Sankara, dans les deux cas, Indiana Jones partait à leur recherche du fait du fort pouvoir d’attraction que ces objets avaient sur lui. Il profitait des missions qu’on lui assignait pour assouvir sa passion. Dans le cas du Graal, les choses sont différentes dans la mesure où l’objet en question l’intéresse peu. Si il se prend finalement au jeu, c’est qu’il voit là l’occasion rêvée de se rapprocher d’un père dont toute la vie d’homme aura été dédiée à la recherche du divin calice. Le retrouver amènerait son père à le regarder enfin avec respect et à le prendre en considération, chose qui lui a fait défaut durant toute son enfance. Spielberg attribue à son héros des motivations plus nobles qu’à ses débuts. Il n’est plus question de gloire ou d’enrichir la collection du musée, mais bel et bien de trouver l’estime, et par extension l’amour, d’un père. Qu’en sus, il empêche les nazis de s’emparer de l’objet sacré ajoute davantage de noblesse à son entreprise. Ce parti pris enlève beaucoup d’intérêt et de magie à l’objet en question, dont la quête n’a plus beaucoup d’importance. Pour Indiana Jones, il s’agit avant tout de sauver Henry Jones et, pour nous, de savoir si le père et le fils arriveront à renouer les fils d’une relation houleuse. Partant de là, il n’est pas étonnant de constater que tous les personnages qui n’existent que pour le Graal bénéficient de peu de considérations de la part du réalisateur. Que ce soit les protecteurs dudit Graal ou bien les nazis, leur présence se bornent à épicer le périple de la famille Jones. Les premiers font regretter que le scénario ne s’attarde pas davantage sur tout le folklore qui entoure la coupe sacrée. Pour les seconds, les choses sont plus complexes. D’une part, ils constituent le principal danger pour les deux hommes et, de ce point de vue, leur rôle se calque sur celui qu’ils tenaient déjà lors du premier film. Cependant, en situant l’action en 1938, Spielberg ne souhaite pas passer sous silence les grands bouleversements qui commencent à toucher l’Europe et, par conséquent, il décide que ses personnages doivent prendre position. Ainsi, deux phrases de dialogue (« Je hais ces gars là ! » -Indiana Jones-, ou bien « Vous [les nazis] feriez mieux de lire les livres au lieu de les brûler ! »- Henry Jones-) appuient cette volonté du cinéaste de faire de ses héros des hommes plein de noblesse et, surtout, concernés par le monde qui les entoure. Pour bien marquer son propos, Spielberg confronte Indiana Jones au Führer en personne. Cette fois-ci, son héros regarde l'Histoire en face et ne se contente plus d'œuvrer dans la marge. Nous sommes loin du détachement dont faisait preuve Indiana Jones à ses débuts. Au-delà de ça, on se rend compte que tous les personnages sont totalement vampirisés par le duo Indiana et Henry Jones, dont les rapports monopolisent toute l’attention de Spielberg. Donovan, le méchant de l’histoire, ne pèse que de peu de poids au sein de l’intrigue. Il est aussi superficiel que son désir d'immortalité. Il en va de même pour le professeur Schneider, le personnage féminin de l’épisode. Mis à part l’excellent gag qu’elle induit (le père et le fils découvrent qu’ils ont servi dans le même corps), sa présence se limite à un rôle strictement ornemental. Quant aux anciens de la série, Sallah et Marcus Brody, ils font acte de présence sans grande conviction. Le premier joue les utilités lorsque le second assure, dans un premier temps, la continuité avec le Marcus Brody du premier film avant de subitement sombrer dans le ridicule. Tout le film nous rappelle que seul l’interaction entre le père et le fils a suffisamment motivé Steven Spielberg pour s’atteler à nouveau aux aventures de Indiana Jones. Pour le reste, il a filmé en dilettante, laissant même passer des effets spéciaux parfois plus que douteux. Néanmoins, cette motivation nouvelle ne lui permet pas de sortir du registre de "je t'aime moi non plus". Les deux hommes se chamaillent, se font la tête, s'admirent mutuellement et, pour finir, se réconcilient sous la lumière chaleureuse d'un coucher de soleil en plein désert. Indiana Jones et son père ont tout deux réalisé le rêve de toute leur vie. Le premier a retrouvé la croix de Coronado après laquelle il courait depuis sa jeunesse, tandis que le second a eu la confirmation que le résultat de ses longues recherches conduisait bien au Graal. Désormais, ils peuvent tout deux se tourner vers une aventure commune : celle de la vie de famille, si chère à Steven Spielberg.



La déception est de mise à l’issue de cet épisode. Indiana Jones a beau se démener comme un beau diable, et les scénaristes lui ménager mille et une péripéties, sa troisième aventure n’a pas la saveur des précédentes, et en arrive même à lasser. Les poursuites en tous genres s’enchaînent à un rythme soutenu sans qu’on ne soit emballé outre mesure par le spectacle proposé. Pourtant, les éléments typiques à la série sont là, mais c’est comme si ils étaient vidés de leur substance et que cela n’aboutissait qu’à un banal film d’action. Indiana Jones s’est considérablement assagi au contact de son père et perd par là même tout cet aspect ambigu qui faisait son charme. En intégrant ses propres préoccupations familiales à son héros phare, Steven Spielberg l’a banalisé. Pourtant, le duo Harrison Ford – Sean Connery fonctionne à merveille et leurs joutes réservent quelques moments savoureux. Toutefois, il ne parvient pas à masquer l’essentiel : en retrouvant son père, Indiana Jones a perdu de sa superbe et, par la même occasion, une partie de ses inconditionnels.

Bénédict Arellano

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