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Hulk. 2003.
Origine : Etats-Unis
Genre : Adaptation de comics
Réalisation : Ang Lee
Avec : Eric Bana, Jennifer Connelly, Sam Elliott, Josh Lucas...




En 1997, les résultats en demi teinte de Batman et Robin et Spawn semblent sonner le glas des adaptations des surperhéros au cinéma. Mais à Hollywood, on a de la suite dans les idées, d’autant que ce ne sont pas les personnages populaires qui manquent, aussi bien chez D.C Comics que chez Marvel. Les affaires reprennent en 2000 avec les scores honorables obtenus par le X-Men de Bryan Singer. Cependant, il faut attendre 2002 et le colossal succès du Spiderman de Sam Raimi pour remettre réellement les superhéros à l’ordre du jour. De fait, dès l’année suivante défile une pléthore d’adaptation. Outre l’attendu X-Men 2, celles-ci ont pour nom Daredevil et Hulk, en attendant les annoncés Constantine et Catwoman. En France, le personnage de Hulk est surtout connu grâce à la série télé au cachet désuet (1977-1982) avec Bill Bixby et Lou Ferrigno. Le film de Ang Lee se propose de la moderniser tout en collant au plus près du comics, les considérables progrès en matière d’effets spéciaux permettant aujourd’hui une parfaite illustration des exceptionnelles aptitudes physiques de la créature.

Chercheur scientifique dans un laboratoire de Berkeley, Bruce Krensler expérimente en compagnie de deux de ses collègues dont Betty Ross, son ex petite amie, les propriétés curatives des rayons Gamma. Un jour, en sauvant la vie de son collègue, il se retrouve exposé à une très forte dose de rayons Gamma. Alors qu’il aurait dû en mourir, Bruce a miraculeusement survécu, se portant comme un charme. Enfin à première vue, puisque de manière inexplicable il se transforme soudain à la moindre contrariété en une énorme créature de couleur verte et à la puissance phénoménale. Pris en chasse par l’armée qui le considère à la fois comme une menace et comme une incroyable machine de guerre, Bruce va petit à petit découvrir les véritables raisons de sa mutation auxquelles son père biologique, le docteur David Banner, n’est pas étranger.



Pour ceux qui ont suivi la carrière de Ang Lee, le retrouver à la tête d’un blockbuster peut surprendre, lui qui est d’ordinaire plus enclin au drame intimiste. Toutefois ses deux films précédents, Chevauchée avec le diable (1999) et Tigre et dragon (2000), indique une volonté très nette de ne pas rester enfermé dans un genre précis. A sa manière, Hulk participe de cet éclectisme. Il ne s’agit pas tant pour Ang Lee de conférer une caution "auteurisante" à cette adaptation –quoique pour les pontes du studio cela a certainement compté dans leur choix– que de rendre hommage à un comic qui l’a toujours fasciné. Bien sûr, au sein du grand cirque hollywoodien, son amour pour le travail de Stan Lee et Jack Kirby peut s’apparenter au discours formaté du réalisateur en promotion. Néanmoins, ses propos font écho à la première séquence de Ice storm (1997) lors de laquelle l’un des personnages commentait en voix off ses lectures, un numéro des X-men. Ce qui laisserait à penser que son amour pour les comics n’est pas feint. Bref, cessons là les digressions et concentrons-nous un peu sur le film...
Hulk est un personnage à part au sein du conséquent bestiaire des superhéros. D’ailleurs, il ne peut véritablement briguer ce titre, du fait de sa nature incontrôlable et dénuée de toute velléité héroïque. Variation du mythe du Docteur Jekyll, Hulk prend volontiers des accents de tragédie que le film s’évertue à accentuer. Bruce Banner est un homme maudit portant en lui les stigmates de la folie paternelle. A cause d’elle, il a grandi dans le déni, s’accommodant parfaitement d’un nom de famille qui n’est pas le sien tout perpétuant à son insu le parcours de son géniteur. Néanmoins, jusqu’à son accident, Bruce œuvre pour le bien de l’humanité, ne concevant ses recherches que sous l’angle humanitaire alors que son père travaillait à des fins plus personnelles, n’hésitant pas à s’utiliser lui-même comme cobaye. La démarche du film est donc d’une simplicité biblique, consistant à mettre en lumière l’instabilité latente du malheureux Bruce mise sur le dos de l’hérédité. Et accessoirement, de transformer une vie plutôt pépère en véritable cauchemar. Reste à Ang Lee de se dépatouiller avec les scènes d’action inhérentes au genre tout en développant la tragédie autour de son personnage principal, conférant ainsi à son film une approche plus personnelle. Or c’est justement par cet aspect là que le film est le plus décevant.
Niveau spectacle, pour peu qu’on adhère immédiatement aux phénoménales aptitudes physiques de Hulk (il peut faire des bonds de plus de 1000 mètres de haut et sur plusieurs kilomètres en longueur, il ne craint ni les fortes chaleurs, ni le froid, et ces tissus se régénèrent très vite, le rendant quasi invincible) et qu’on n’est pas allergique au tout numérique, alors le film remplit son contrat. Hulk s’énerve, détruit tout sur son passage et ridiculise l’armée lancée à ses trousses tout en se permettant quelques fantaisies comme faire la taupe à San Francisco ou nous rejouer L'Étoffe des héros. Il va de soi que cette constante recherche en spectaculaire ne va pas sans surenchère, rendant certaines scènes interminables (Hulk combattant les chiens génétiquement modifiés de son père biologique) voire redondantes (la course-poursuite finale). Néanmoins, Hulk parvient à être relativement touchant en bête traquée, à l’instar de King Kong auquel ses déboires avec les hommes font souvent penser. L’ennui, c’est qu’il n’en va pas de même avec son pendant humain, le fade Bruce Banner. Dans sa volonté de rendre son film dynamique en multipliant les split screens et les fondus enchaînés, ce qui lui confère des allures de BD animée, Ang Lee rate systématiquement toutes les scènes fondatrices de son héros. De la révélation de son trauma enfantin jusqu’à la confrontation père-fils en passant par son exposition aux rayons gamma, tout paraît bâclé, dépassionné. Dépourvues de toutes les afféteries que contient le reste du film, ses scènes nous révèlent toute la platitude de la mise en scène de Ang Lee et son incapacité à nous faire ressentir tout le drame de la situation. Les conflits familiaux qui émaillent le récit, et dont la figure maternelle se trouve écartée, n’aboutissent à rien de notable. Betty Ross se rallie in fine à l’avis de son père, ne parvenant plus à déceler l’homme qu’elle aime derrière le monstre, tandis que Bruce et David Banner règlent leurs différends lors d’un affrontement aussi laid visuellement que dispensable scénaristiquement, en tout cas de manière aussi simpliste. Après tout, il était intéressant de faire du père même du héros son principal ennemi, un être dépourvu de sentiments après 30 années passées en asile psychiatrique. Un homme qui ne voit plus en son fils la chair de sa chair mais le simple objet de ses recherches. Mal écrit et interprété sans grande nuance par un Nick Nolte livré à lui-même, David Banner n’est au final qu’une caricature du savant fou, faisant tourner la tragédie initiale à la farce.



Comme c’est trop souvent le cas avec les adaptations récentes de personnages de comics, ce Hulk s’apparente davantage à une fastidieuse introduction qu’à un film à part entière, se devant de faire suffisamment le spectacle pour que le public suive et qu’une suite puisse être envisagée. Empli de poncifs (la belle à sauver et le vil concurrent, deux figures bâclées par ailleurs) et beaucoup trop long pour ce qu’il a à raconter, Hulk s’ajoute à la longue litanie des adaptations ratées qui n’auraient jamais dû voir le jour. Preuve supplémentaire, le "reboot" (une remise à zéro, en somme) dont le personnage fera l’objet 5 ans plus tard avec cette fois-ci une star en haut de l’affiche –Edward Norton– pour les besoins de L’Incroyable Hulk. Pas sûr qu’on y ait gagné au change...

Bénédict Arellano

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