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Help !. 1965.
Origine : Royaume-Uni
Genre : Comédie
Réalisation : Richard Lester
Avec : John Lennon, Paul McCartney, George Harrison, Ringo Starr...


Le premier film des Beatles, A Hard day's Night, fut un succès. Pouvait-il de toute façon en être autrement en ces temps de Beatlemania ? Du coup, un second film fut mis en chantier dans la foulée, toujours réalisé par Richard Lester. Help! allait contenir la moitié des chansons du nouvel album du groupe au titre éponyme (et c'est logique puisque l'album servit en même temps de bande-originale). D'autres furent composées pour le film mais non utilisées dans le montage final, et quelques inédits, des instrumentaux ou quelques parodies de musique classique présentes dans le film n'allaient pas figurer sur l'album, dont la deuxième face allait contenir des titres n'ayant rien à voir avec le film. Bref, Help! le film fut avant tout un autre support commercial pour les quatre garçons dans le vent, qui n'en ayant guère besoin ne prirent pas le projet très aux sérieux. Le tournage se déroula d'ailleurs à un moment charnière du groupe, lorsqu'après une rencontre avec Bob Dylan ceux qui étaient jusqu'ici les gendres idéaux se convertirent à la marijuana, passant la majeure partie du film complètement "stone", au point de laisser à Richard Lester le plein contrôle artistique du film. Et, nanti d'un budget confortable, celui-ci commença par voir les choses en grand : Peter Sellers fut contacté pour tenir le rôle de Clang, le principal tourmenteur des Beatles. Notoirement connu pour ses caprices de diva, l'Inspecteur Clouseau refusa tout net, de peur d'avoir à servir la soupe aux membres du groupe (avec lesquels il entretenait par ailleurs de bonnes relations, enregistrant par exemple un pastiche de la chanson "A Hard day's night" en imitant Lawrence d'Arabie). Grand bien lui en pris, puisque le personnage qu'il aurait dû interpréter allait se fondre dans la masse d'une comédie fourre-tout assez peu reluisante.

Alors qu'il est sur le point de sacrifier une jeune femme pour le compte de la déesse Kaili, le grand Swami Clang se rend compte que la diablesse n'a pas l'anneau sacrificiel, ce qui rend caduque la cérémonie ! Elle a osé cédé à l'occident dégénéré en préférant envoyer l'objet à Ringo plutôt que de l'utiliser docilement pour rendre hommage à Kaili ! Clang et sa clique se rendent donc en Angleterre pour récupérer l'anneau. Ils ne seront pas les seuls sur le coup. N'ayant pu le récupérer avant minuit, Ringo remplace la jeune fille initialement prévue dans le rôle de la personne à sacrifier, ce qui rajoute une autre contrainte à Clang, puisque pour respecter le cérémonial, la victime doit être peinte en rouge.

Plus le film avance, plus il pâtit d'un effet "boule de neige" : les personnages sont de plus en plus nombreux à tourner autour des Beatles, que ce soit avec des intentions belliqueuses (Clang et ses ouailles orientales, deux scientifiques) ou pacifistes (Ahme la prêtresse renégate, Scotland Yard...). John, Paul, George et Ringo se retrouvent eux-mêmes submergés par tous ces figurants au point d'en perdre toute substance. Si chacun continue à avoir le loisir de s'illustrer dans une situation donnée, cela se fait au détriment de la qualité des scènes concernées, qui ne forment plus que de petits gags primesautiers d'une trop grande facilité. Le film est petit à petit gagné par l'hystérie, et l'humour très British du début de film n'est plus qu'un lointain souvenir. Les Beatles y apparaissaient alors comme les incarnations du flegme britannique, relativisant tout avec un stoïcisme lunaire confinant à l'absurde. Toutes les scènes se déroulant dans l'appartement des Beatles, dans leur studio d'enregistrement et jusqu'au restaurant asiatique (où ils vont pour en apprendre plus sur le culte de Kaili !) gardent un certain charme provenant de l'improbabilité des circonstances dans lesquelles se retrouve le groupe et des réactions qu'elles entraînent chez eux. Mais à partir du moment où le film se met à voyager (dans les Alpes, à Buckingham Palace, sur une lande servant de champ de guerre, aux Bahamas), Help! perd de son intérêt jusqu'à devenir un film bordélique où les Beatles ne sont que des protagonistes parmi tant d'autres. Les séquences musicales sont aussi ravagées par cette tendance à en faire trop : d'abord relativement calmes, elles deviennent ensuite de véritables clips burlesques montées comme des ancêtres de MTV.

Cette surenchère rédhibitoire, le film la doit en grande partie au trop vaste éventail d'humour proposé. Il y a d'abord toute l'influence des Marx Brothers et de leur film La Soupe au canard. Il y a aussi l'humour relatif à chaque membre du groupe, comme par exemple l'attraction qu'exerce Paul le séducteur sur Ahme ou encore le gag qui devient récurrent de John cherchant à couper le doigt de Ringo pour mettre fin à cette histoire. La parodie de James Bond répond à l'appel, notamment dans les Alpes où un palet de Curling est remplacé par une bombe (ce qui peut aussi évoquer les cartoons). Enfin, il y a l'humour absurde et pré-Monty Python qui se dévoile principalement dans les intertitres (trois ans avant le Flying Circus et presque vingt ans avant Le Sens de la vie, Lester a recours à des interludes complètement absurdes et à une séparation en plusieurs actes dont le second propose 10 secondes de scène inutile). Pris individuellement, tous ces styles peuvent faire mouche. Mais dès lors qu'ils se chevauchent les uns les autres, le film tombe inéluctablement dans la confusion. Résultat, le spectateur décroche, les images se succèdent les unes aux autres à un rythme trop rapide pour pouvoir se raccrocher à quoi que ce soit. Help! se veut décidément trop généreux. Les Beatles ne s'y trompèrent pas, et réalisèrent après coup que le film leur avait totalement échappé. Ils ne reviendront plus ensemble devant la caméra pour un long-métrage cinématographique, excepté pour les quelques secondes clôturant Yellow Submarine et pour un Let it be rendu obligatoire par engagement contractuel (et qui fut d'ailleurs un désastre, tant les tensions au sein du groupe galvaudèrent l'entreprise).

Loïc Blavier

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