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Hellraiser : Deader. 2003.
Origine : Etats-Unis
Genre : Horreur
Réalisation : Rick Bota
Avec : Kari Wuhrer, Paul Rhys, Simon Khunz, Doug Bradley…




Amy Klein est une journaliste d’investigation célèbre pour avoir écrit des articles chocs sur le milieu de la drogue et de la prostitution. Son rédacteur en chef reçoit un jour une cassette vidéo montrant une adepte d’une secte se suicider, tandis que son gourou la ressuscite. Il envoie alors Amy enquêter sur cette secte en Roumanie...

Déjà le septième film d’une saga qui aurait du s’arrêter il y a longtemps, Hellraiser Deader reste très fidèle aux deux précédents épisodes et tire encore plus la saga vers les tréfonds de la nullité. Et c’est encore une fois à Rick Bota que l’on doit ce splendide film. Le manque de personnalité du réalisateur l’avait déjà conduit à commettre un pitoyable Hellraiser : Hellseeker qu’on peut résumer en une pâle resucée de Hellraiser : Inferno qui était lui-même bien raté. A ce titre, il est assez incroyable de constater à quel point les derniers épisodes de la saga semblent s’auto-alimenter. Ils épousent tous la même structure narrative basée sur la descente aux enfers du personnage principal et les mêmes atours visuels faits de violents éclairages bleus ou verts, tant et si bien qu’ils semblent totalement interchangeables, et que seuls quelques menues différences permettent de les distinguer. Ici en lieu et place des salauds des films précédents, le personnage principal est une femme hantée par son passé traumatisant. Mais c’est là la seule différence, et d’ailleurs le personnage de Amy est traité de la même façon que les personnages des films précédents : elle mène un simulacre d’enquête qui la conduit dans des lieux « underground », elle est assaillie par des hallucinations qui s’avèreront être réelles pour finir face à pinhead et aux cénobites… Il y a aussi la secte des deaders qui donne au film son titre. Mais là encore il ne s’agit pas d’une réelle originalité qui permettrait de distinguer cet épisode de ses congénères. En effet la secte n’est qu’un élément somme toute très factice, qui permet uniquement la rencontre entre Amy et les cénobites. Presque un élément de décor, qui n’a en fait aucun rôle particulier dans l’intrigue du film. Le réalisateur se contente de nous ressortir les habituels poncifs sur le gourou charismatique et sur l’organisation occulte qui fait peur... En guise de gourou nous avons donc une sorte de clown pathétique qui fait bien des efforts pour paraître mystérieux et charismatique, et en guise de secte une bande d’acteurs persuadés de jouer dans un film de zombies tant leur inexpressivité est caractéristique. Les locaux de cette secte sont une sorte de cave désaffectée et boueuse, histoire de bien montrer aux spectateurs que c’est « underground » tout ça. De même on retrouve ce parallèle idiot fait entre les cénobites et les milieux du piercing et des tatouages, via le portrait condescendant de ces bonshommes grimés comme des clown qui exhibent leurs coupes punk et leurs tatouages de manière grotesque. Le film nous propose une plongée dans les bas fonds éminemment racoleuse et sans finesse. Exit donc le personnage pervers et rongé par sa quête morbide du plaisir qu’était le Docteur Chanard dans Hellraiser 2, place à la secte d’allumés qui font des partouses goth dans les wagons de métro (!).
Toujours dans cette volonté de décrire des bas fonds glauques, la caméra s’attarde longuement sur les décors décrépis: chambres d’hôtel miteuses et squat de junkies crados. Bien loin de contribuer à l’installation d’une quelconque atmosphère de toute façons inexistante, ces éléments ne font que renforcer le coté artificiel et clinquant d’un film qui a tout misé sur ses aspects extérieurs. Les personnages sont à l’avenant, et ce ne sont pas les quelques lignes de dialogues insipides qui les feront exister dans l’imagination du spectateur. D’autant plus que les acteurs ont en commun leur jeu exagérément expressif: les méchants froncent bien fort les sourcils pour bien montrer qu’ils ont un regard de tueur et les gentils hurlent ou pleurent avec une telle maladroitesse qu’il sera difficile de ne pas sourire. La palme revenant sans doute à Kari Wuhrer, une bimbo dont on se demande bien ce qu’elle fait ici, qui ferait aussi bien de se trouver une autre occupation qu’actrice...
Tout le film est caractérisé par ce vide, et rien n’a de matière, de volume. L’enchaînement invraisemblable de ces moments « hallucinatoires » où les créatures de l’enfer se manifestent ne fait rien pour combler cet aspect désespérément plat. Les péripéties que nous présente le film n’ont, de plus, aucune cohérence. Au lieu de perdre intelligemment le spectateur afin de l’amener dans une dimension irréelle ou n’importe quoi peu arriver, l’alternance réalité / hallucination dans laquelle se complaît Hellraiser Deader finit par lasser. Elle est à ce titre bien plus révélatrice d’un scénario trop étriqué et d’une narration bancale que d’une quelconque volonté de créer du suspense.
Rick Bota a ainsi et a tort misé sur les aspects le plus visuels de son histoire. Les effets spéciaux et les éclairages restent ce qu’il y a de plus soigné dans le film. Mais cela ne veut pas dire que c’est efficace. En effet, même s’ils sont de bonne facture, tous les maquillages voient leur impact réduit à néant soit parce que la mise en scène outrancière ne les met jamais en valeur, soit parce que leur aspect grotesque et déjà vu leur confère un aspect indéniablement ridicule. L’exemple le plus flagrant et l’inévitable démembrement final où le personnage se voit écartelé par les désormais fameuses chaînes munies de crochets. Alors oui on voit les crochets percer la peau et ça saigne beaucoup, mais ces effets étaient bien plus réussi dans les premiers épisodes, et le final où le supplicié finit par éclater comme une baudruche de sang virtuel ne manquera pas de faire rire nombre de spectateurs. Enfin, les éclairages surréels qui semblent êtres devenu la caractéristique essentielle des Hellraiser depuis Hellraiser : Inferno font ici une apparition en force. Le film enchaîne sans répit les scène rouges bleues, jaunes, vertes, sans aucune raison visible, sinon que Bota doit trouver cette ambiance MTV vraiment très joulie. Il transforme ainsi l’esthétique sombre et glauque des premiers hellraiser en un carnaval multicolore : assurément l’éclairagiste a du obtenir un cachet particulièrement élevé.
Enfin pour ce qui est de la « mythologie Hellraiser » apparemment si chère à la poignée de fan des films, elle est ici particulièrement malmenée. D’une part le film se contente encore de montrer son Pinhead fatigué et ses répliques emphatiques au détriment des autres cénobites (vu leur gueule ça peut toutefois se comprendre, mais passons) et d’autre part il se contente de bêtement inscrire les créatures de Barker dans « la guerre contre le paradis », annihilant du coup tout l’aspect vicieux et étrange des motivations des créatures.

Hellraiser Deader est donc un bien triste film qui se confondra rapidemment avec ses deux prédécesseurs. Et dire que Rick Bota, qui a fait à nouveau preuve de son incapacité à réaliser un film convenable avec cet opus, sera également le réalisateur du prochain Hellraiser Hellworld...



Arnaud Schilling

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