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Hellraiser V : Inferno. 2000.
Origine : Etats-Unis
Genre : Thriller fantastique
Réalisation : Scott Derrickson
Avec : Craig Sheffer, Nicholas Turturro, Sasha Barrese, Doug Bradley…


Joseph Thorne est un inspecteur de police qui a toujours su profiter des avantages que lui donnent son insigne et son arme, et il fait bien peu de cas de l’illégalité de ses actes. Ses états de service sont pourtant brillants, il les doit à son acharnement et à sa faculté de pouvoir résoudre rapidement les énigmes les plus complexes.
Mais la découverte du cadavre déchiqueté d’un de ses camarades de lycée risque bien de mettre ses facultés à mal et sa situation en péril. En effet il n’arrive pas à comprendre pourquoi on a retrouvé un doigt d’enfant sectionné à coté du cadavre. Ni à quoi sert cette mystérieuse boîte laquée posée près du carnage, bien en évidence...



Hellraiser V : Inferno, arrivé tardivement de ce coté de l’atlantique et sans avoir pu bénéficier d’une sortie en salles, a la difficile tâche de faire suite à un Hellraiser bloodline qui avait déçu pas mal de monde. Face à cette situation, le novice Scott Derrickson décide d'explorer l'univers des Hellraiser sous un angle radicalement différent. Occupant à la fois le poste de réalisateur et celui de scénariste il a en effet l'occasion d'imprimer sa patte au film et semble ne pas s'en être privé. C'est tout à son honneur que d'avoir voulu ainsi apporter du sang neuf à la série en faisant de ce cinquième opus un véritable thriller, dont l'intrigue est centrée sur un personnage principal ambigu et tourmenté. Épris d'une irrépressible volonté de justice, notre brave détective se lancera donc tête baissée à la poursuite de ce sadique et mystérieux tueur qui laisse derrière lui une piste sanglante faite de doigts d'enfants et de cadavres mutilés. Joueur, le tueur met les nerfs de Joseph à rude épreuve en s'attaquant aux personnes qui lui son chères et en laissant toujours plus d'indices mystérieux derrière lui. Joseph se retrouve cependant vite sur la piste d'un personnage inquiétant, qui agit dans l'ombre et se fait appeler "l'ingénieur". Un personnage que tout le monde semble redouter mais que personne d'encore en vie n'a jamais vu. Mais dans son enquête, le policier aura bien du mal à résister à la tentation de la drogue, des prostituées et de la violence.
De fait, alors qu'il apparaît clairement comme le héros du film, Joseph nous sera immédiatement antipathique et fait figure de parfait anti-héros. De plus il est toujours intéressant de voir ce genre de personnages très terre à terre, et directement issus de la littérature policière, confrontés à des éléments purement fantastiques qui les dépassent. Ainsi Joseph sera bien vite englué dans son enquête, il devra se battre contre ce qu'il prend pour des hallucinations et se retrouvera à pourchasser des chimères. Et derrière cette histoire policière se cache en réalité un véritable chemin de croix pour le personnage principal qui subira une progressive et douloureuse descente aux enfers tout au long du film.
Mêler la mythologie des Hellraiser à un thriller policier était, sur le papier, une idée pour le moins novatrice et prometteuse. Mais Derrickson ne s'arrête pas là et prend le parti audacieux de quasiment se passer de Pinhead pour son film ! Réduire le rôle du célébrissime personnage incarné par Doug Bradley au rang de simple figurant ne sera toutefois pas du goût de toute une horde de "fan boys" énervés qui hurleront au scandale. C'était pourtant une initiative intéressante qui avait pour elle de trancher nettement avec une certaine "slasherisation" de la série.
Vu comme ça, Hellraiser V : Inferno avait tout pour être un opus original et réussi dans une saga qui commençait à battre de l'aile. Hélas il semblerait que Derrickson n'ait pas le talent et l'expérience pour assumer l'ambition de ses idées. Il semble en plus être très mal entouré, puisque d'une part ses acteurs rivalisent de fadeur (Craig Sheffer semble avoir remporté la palme) et que d'autre part les effets spéciaux du film sont particulièrement laids. Les nouveaux cénobites tout particulièrement, qui ne sont déjà pas aidés par leur look outrancier et ridicule (le pire étant ces espèces de monstres cow-boys adeptes du kung fu !), souffrent en plus de maquillages hâtifs à peine masqués par des effets virtuels bien lisses et impersonnels. D'ailleurs de manière générale le film est très soft pour un Hellraiser et il aurait sans doute gagné à se montrer moins timoré dans le gore, sans toutefois tomber dans une surenchère gratuite.
Ensuite la mise en scène, qui souffre clairement du syndrome du "glauque-chic" propre au cinéma des années 2000 (et immortalisé par la série des Saw) qui veut que l'on abuse de filtres vert ou bleu pour donner une teinte clip vidéo aux scènes d'horreur. Le résultat est atrocement clinquant et tape-à-l'oeil. Les images léchées du film n'ont plus aucune personnalité et achèvent de transformer cette intéressante tentative de livrer quelque chose de nouveau en un banal thriller comme il y en a tant depuis Seven.

Bref, si la comparaison entre les deux films est inévitable tant leurs histoires respectives sont liées, le second volet n’en souffre cependant pas du tout, tant sa maîtrise technique et artistique est flagrante. Hellraiser II est donc un excellent film, qui va même jusqu’à surpasser son prédécesseur sur de nombreux points.



Mais le pire dans ce film ce n'est pas tant son aspect aseptisé ou ses effets de mise en scène douteux, non le pire c'est encore le scénario qui parvient à transformer une excellente idée en une avalanche de poncifs sans intérêts. En effet si toutefois l'histoire est relativement bien rythmée et parvient à maintenir éveillé l'intérêt du spectateur, aucun des lieux communs relatifs au thriller ou à la série des Hellraiser ne nous sera épargné. Je passe donc rapidement sur le contraste flic aux méthodes brutales / flic intègre pour m'attarder sur l'inévitable passage dans le monde du piercing. L'aspect sado-masochiste des cénobites est en effet trop marqué pour qu'il ne soit pas tentant de montrer quelques scènes de gros durs tatoués et piercés qui ont évidemment à voir avec les démons. En plus ça tombe bien le sujet est vendeur, c'est toujours ça de pris. Il y a également l'affaire du complot, mettre un grand méchant manipulateur qui contrôle tout aussi ça fait bien dans un film. Et enfin, le fameux twist du "c'était un rêve", la plus mauvaise idée qu'un scénariste ait jamais eue. Notre bon héros passera ainsi la moitié du film à se réveiller en sueur, allant même jusqu'à faire des rêves dans son rêve. Ainsi chaque fois que la situation deviendra critique, hop, le héros se réveille et on revient en arrière dans le film. Le pauvre en est si déstabilisé qu'il finit par ne plus distinguer le rêve de la réalité. Toutes ces séquences dans l'imaginaire du héros donnera l'occasion au réalisateur de faire pleins de jolies séquences oniriques avec des filtres verts devant sa caméra...
Enfin, venant définitivement enfoncer le clou, le film se termine sur une note moralisatrice des plus malvenue. En clair, Hellraiser V : Inferno est un mauvais Hellraiser de plus, ses quelques bons éléments étant irrémédiablement gâchés par un manque flagrant de savoir faire de la part de l'équipe du film. Dommage.



Arnaud Schilling

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