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Hellraiser II Hellbound. 1988.
Origine : Royaume-Uni
Genre : Horreur
Réalisation : Tony Randel
Avec : Ashley Laurence, Claire Higgins, Doug Bradley, Ken Cranham...




Le premier Hellraiser ayant rapporté la somme de 20 millions de dollars de recettes (ce qui est énorme pour une production gore de ce type) à la firme New World, une suite est très logiquement mise en chantier. Si Clive Barker est un temps envisagé pour réaliser à nouveau cette suite, il se désiste bien vite du poste pour des raisons très pragmatiques : ayant par contrat un roman à livrer à son éditeur, il ne pouvait pas se consacrer avec la même énergie aux deux choses en même temps. Cependant il reste très proche du projet, puisque c’est lui qui assure toute la production du film et qui en signe le synopsis.
Il commence ce synopsis là où le premier film s’arrêtait : La jeune Kirsty est parvenue à échapper aux cénobites et à son oncle Frank revenu de l’enfer. Elle est conduite dans un hôpital psychiatrique et confiée aux bons soins du docteur Chanard, tandis que la police tente de comprendre ce qui a bien pu se passer dans la maison des Cotton. Mais l’enquête piétine et les forces de l’ordre se bornent à compter les cadavres et à collecter les preuves sanglantes. Comme par exemple ce matelas imbibé de sang, sur lequel Julia est morte...
De son coté, Chanard se montre particulièrement insistant vis-à-vis de Kirsty, et son histoire semble le fasciner. A tel point qu’il se fait livrer le matelas sanglant chez lui. Mais les apparences sont trompeuses et l’intérêt de Chanard n’est pas motivé par la conscience professionnelle, mais plutôt par le désir de goûter aussi aux plaisirs interdits dispensés par les cénobites...



A partir de là, Peter Atkins, un ami d’adolescence de Barker, rédige le scénario de ce Hellraiser II à la demande même de Barker. Le romancier anglais reste donc très présent sur toutes les étapes de la création de cette séquelle. Restait à trouver un réalisateur pour rendre concret le projet. Le jeune Tony Randel semble être l’homme de la situation. Ancien membre de l’équipe de Roger Corman, il a occupé divers postes lors des tournages de quantité de films fantastiques et de science- fictions. Par ailleurs, il travaille pour la firme New World (qui a produit le premier Hellraiser) et a sympathisé avec Clive Barker lors de la post-production du film. Le choix est idéal, Randel réalise la meilleure (et de très loin) séquelle de la franchise Hellraiser à ce jour.
Cette séquelle a en effet l’intelligence de faire évoluer la plupart des éléments sous-exploités ou restés en suspens dans le premier film. Ainsi, alors que les cénobites restaient très mystérieux dans le premier film, le second en dévoile un peu plus sur eux, et surtout sur leurs origines. Ils sont également beaucoup plus présents. Randel se montre particulièrement généreux et n’hésite jamais à les dévoiler toujours plus. Ce second volet s’inscrit clairement dans l’optique d’en montrer toujours plus. Il y a plus de cadavres, plus de tortures, plus d’écorchés… tout ça pour le plus grand plaisir des spectateurs. Plus de gore aussi. Le premier film étant déjà sacrément corsé à ce niveau là, aller plus loin ne devait pas être aisé. Pourtant Randel et l’équipe du film n’ont pas froid aux yeux et n’hésitent pas à prouver qu’on peut pousser le bouchon encore un peu plus loin. A tel point que le film a eu de sacrées démêlées avec la censure quand il est sortit. L’incroyable scène de la résurrection de Julia étant surtout visée par les censeurs. Jugez plutôt : le docteur Chanard installe l’un de ses patients sur le matelas sanglant. Ce dernier est persuadé d’être recouvert d’une multitude d’asticots répugnants. Sitôt qu’on lui retire sa camisole de force il se met à se gratter l’épiderme jusqu’au sang. Chanard lui donne alors un rasoir et le laisse s’entailler tout le corps de plus en plus profondément. Le sang gicle et imbibe le matelas. C’est alors que deux bras ensanglantés en sortent et saisissent vigoureusement le malheureux qui se débat… Evidemment tout nous est montré en détail et la scène dure longtemps, pour finir par l’apparition d’une Julia entièrement écorchée.
Les effets spéciaux sont à nouveau superbes. Et là où le premier film oscillait entre réalisme putride et esthétique baroque, le second penche clairement pour l’esthétisme en donnant aux muscles écorchés une étrange beauté, à la fois fascinante et effrayante. Les décors sont eux aussi magnifiques. Tout particulièrement ceux de l’enfer selon Clive Barker. Un enfer où il n’est point question de flammes et de damnés rôtissant, mais d’un labyrinthe de tourment éternel. Cette gigantesque construction dantesque et gothique est figurée par un superbe « mate painting ». Les couloirs où Kirsty est contrainte d’errer pour retrouver son père sont reconstruits en studio et enfin les apparitions de cet énorme Dieu reprenant les motifs du cube permettant l’entrée en enfer sont faites d’images composites. Les effets spéciaux sont donc plus variés et surtout mieux réalisés que dans le premier film. Et ce sont eux qui donnent les moyens techniques pour pouvoir explorer plus en avant l’univers et la mythologie créés par Barker. Cette mythologie est abondamment exploitée et ce deuxième volet se situe dans la droite lignée de son prédécesseur en faisant toujours usage de cette imagerie baroque et sombre.

Bref, si la comparaison entre les deux films est inévitable tant leurs histoires respectives sont liées, le second volet n’en souffre cependant pas du tout, tant sa maîtrise technique et artistique est flagrante. Hellraiser II est donc un excellent film, qui va même jusqu’à surpasser son prédécesseur sur de nombreux points.



Arnaud Schilling

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