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Hellraiser. 1987.
Origine : Royaume-Uni
Genre : Horreur
Réalisation : Clive Barker
Avec : Ashley Laurence, Claire Higgins, Andrew Robinson, Sean Chapman...




Romancier, auteur de pièces de théâtres, illustrateur, scénariste, peintre… Clive Barker possède de multiples talents et œuvre dans de nombreux domaines. Il ne lui manquait finalement que la casquette de cinéaste. Et c’est chose faite en 1987 avec la mise en chantier de son premier film, Hellraiser. En effet, déçu par les précédentes adaptations de ses romans, Underworld et Rawhead Rex, toutes deux réalisées par George Pavlou, Barker décide donc d’adapter lui-même une de ses histoires.
Cette histoire c’est celle de Larry Cotton, qui emménage avec Julia, sa seconde femme, dans la vieille maison de ses parents. Alors qu’il aide les déménageurs à hisser le lourd matelas à l’étage, il s’érafle cruellement la main contre un clou rouillé. L’entaille saigne abondamment, et l’homme affolé répand son sang sur le sol du grenier en appelant sa nouvelle femme à l’aide. Ces quelques gouttes de sang traversent les planches disjointes et viennent nourrir le cœur mort de Frank. Frank est le frère disparu de Larry, ainsi que l’ancien amant de Julia. Voyou et aventurier, il était sans cesse à la recherche de nouvelles sensations. C’est ainsi qu’il a finit par tomber sur une étrange boîte ornée de symboles laqués censée ouvrir à son propriétaire les portes de l’enfer. Les plaisirs sadiques qu’il y endure finissent par l’achever et par ne laisser de lui qu’un organe desséché abandonné dans la maison. Mais nourri de sang, son corps se recompose lentement et Frank revient à la vie. Toutefois il n’est encore qu’un amas d’os et de nerfs putrides. Pour retrouver son apparence originelle, il a besoin d’encore plus de sang...



Cette histoire c’est celle qu’imagine Clive Barker pour sa longue nouvelle The Hellbound Heart, publiée en 1986 outre manche. Le choix de cette nouvelle précisément pourrait être discutable, tant elle semble mineure dans la bibliographie du romancier, qui regorge pourtant d’excellents titres. Pourtant, si sa narration est effectivement assez peu trépidante, il faut reconnaître que The Hellbound Heart fait appel à de nombreux éléments très visuels, et donc parfaitement aptes à êtres exploités dans un film. Parmi ceux-ci on peut citer la présence des désormais fameux cénobites, ces sortes de moines sado-masochistes qui peuplent l’enfer, et dont les corps portent les stigmates sanglants des souffrances atroces qu’ils s’infligent eux-mêmes.
Le film permet donc de donner corps a tout ce cortège de monstres et d’atrocités né de l’imagination débridée de Barker. Ainsi la première chose qui nous frappe à la vue du métrage, c’est l’incroyable sens de l’image dont fait preuve le romancier/cinéaste. Les premièrs moments du film installent d’emblée une atmosphère vénéneuse et d’une noirceur rarement atteinte : Dans une pièce baignée d’une lueur bleutée, le corps de Frank est méthodiquement dépecé par les créatures infernales. Au moyen de crochets, de chaînes et d’autres instruments acérés et cruels ils l'écorchent et arrachent ses membres. Rien n’est épargné au spectateur, les effets gores sont abondamment utilisés et les multiples gros plans nous montrant des hameçons qui s’enfoncent sous la peau et qui la déchirent mettent les nerfs à rude épreuve. Les bruitages sont ainsi amplifiés afin de décupler l’impact de l’horrible torture. Le craquement de l’épiderme, le claquement sec des muscles arrachés, le bruit mouillé du sang qui dégouline, les crochets qui s’entrechoquent, aucun détail sonore n’est oublié. Et ce n’est que le début...
Le film se drape d’une volonté très claire de repousser les limites de l’horreur et d’offrir au spectateur le vrai spectacle gore qu’il est en droit d’attendre. Mais si l’accent est mis sur le spectaculaire, les enjeux narratifs ne sont pas pour autant éclipsés. Il paraît évident que le romancier derrière la caméra sera attentif à la mise en place de son histoire et de ses ressorts dramatiques. Ainsi le film n’ennuie pas et appuie son propos quand il le faut. Barker est également soucieux de livrer une histoire originale et novatrice dans un milieu où la répétition est bien souvent de mise. Son film ne sera pas un énième slasher où un lourdaud défiguré pourfend des jeunes débiles à coups de machette. Au contraire il tente de développer toute une mythologie et un univers bien particulier parallèlement à son scénario. Ainsi derrière cette histoire de résurrection sanglante, on entraperçoit tout un monde infernal peuplé de créatures fascinantes. Les êtres mystérieux que sont les cénobites impressionnent à la fois par leur nature incertaine et par leur aspect purement visuel. Ce sont des créatures grotesques vêtues de combinaisons gothiques faites de cuir et de métal tranchant. Leur peau blafarde est zébrée de plaies sanglantes maintenues ouvertes au moyen de crochets et de tiges métalliques. Leurs visages sont bouffis et congestionnés de douleur. Ces créatures improbables sont la plus parfaite illustration de l’humour très noir de Clive Barker. Un humour grinçant qui fait rire jaune tant l’aspect grotesque de ces êtres est contrebalancé par la cruauté de leurs actes. Il ne faut pas non plus oublier cet incroyable monstre à trois têtes, qui tel une chimère monstrueuse semble garder l’accès à l’enfer.
L’incroyable force du film tient en fait dans cette imagerie à la fois glauque et baroque qu’il développe. Tout Hellraiser baigne dans une sorte de réalisme glauque au travers de ces ruelles sales, de cet hôpital miteux ou de ce sinistre clochard mangeur d’insectes qui apparaît régulièrement tel un spectre. Cet univers malsain, Barker le connaît bien pour l’utiliser systématiquement dans ses romans et ses nouvelles. Il excelle dans la mise en place de ces ambiances dérangeantes qui mettent mal à l’aise aussi bien dans ses œuvres littéraires que cinématographiques. Mais parallèlement à cela, le film a recours à une esthétique sombre très soignée et pas si éloignée que ça de l’ambiance gothique des films de la Hammer. La beauté glacée des images surprend, la musique grandiloquente de Christopher Young est très bien utilisée et le raffinement des décors et des costumes des cénobites choque et contraste avec l’horreur de leurs actes. A ce titre les éclairages et les ombres sont utilisées de manière très judicieuse et pertinente. L’ombre permet à la fois de masquer les défauts des maquillages et des effets spéciaux et de créer cette imagerie très noire. Les scènes où Frank écorché apparaît sont techniquement superbes. L’acteur ne porte qu’un masque, mais son aspect luisant et humide ressort merveilleusement bien dans les jeux avec l’ombre et la lumière, donnant ainsi à l’effet spécial un aspect réaliste véritablement saisissant. L’équipe de Bob Keen, le responsable des effets spéciaux, a réalisé un travail merveilleux qui justifie pleinement le recours massif à l’imagerie gore dont fait preuve le film.
Et finalement, mis à part quelques erreurs de débutant dans la mise en scène, Hellraiser est un film en tous points réussis qui mérite son statut d’œuvre indispensable pour les amateurs du genre.



Arnaud Schilling

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