critiques


réalisateurs


acteurs


thèmes


origines



Hellboy II : the golden army. 2008.
Origine : Etats-Unis
Genre : Fantastique
Réalisation : Guillermo Del Toro
Avec : Ron Perlman, Selma Blair, Doug Jones, Luke Goss...


Le premier Hellboy découlait d’une longue attente, Guillermo Del Toro possédant le script définitif depuis 1998. Ce projet lui tenant vraiment à cœur (il considère le personnage créé par Mike Mignola comme son alter ego), il s’arma de patience, tournant dans l’intervalle ce que je considère comme son meilleur film, L’Échine du diable puis Blade 2, dont le succès ne fut certainement pas étranger au soudain feu vert des studios. Bénéficiant d’un budget peu élevé en comparaison des autres adaptations de comic-books, il parvint néanmoins à donner à Hellboy un visuel d’une grande richesse, presque mythologique, sans se départir d’une bonne dose de spectaculaire. Si à l’aune de ses pairs (les Spiderman, X-men et consorts), Hellboy ne fit pas la fortune du studio, Guillermo Del Toro était malgré tout fermement décidé à tourner une suite, histoire de corriger les quelques scories dont il jugeait le film original pourvu. Après l’intermède Le Labyrinthe de Pan, il s’attaqua donc à cette suite, par essence plus ambitieuse, mais sans jamais perdre de vue les spécificités du personnage titre.

Alors que Hellboy n’était encore qu’un enfant, son père adoptif, Trevor Bruttenholm, lui narrait l’histoire des légions d’or dont le roi des Elfes, le vaillant Balor, avait ordonné la construction afin de mettre un terme à la guerre qui opposait les créatures féeriques aux Hommes. Alors que ces légions menaçaient d’exterminer la race humaine, il décida de les stopper net en brisant en trois morceaux la couronne qui permettait de les diriger, remettant l’un d’eux aux Hommes en signe de bonne entente. Plus de cinquante ans plus tard Nuada, le fils du roi Balor, revient d’exil bien décidé à s’emparer des trois parties de la couronne pour reconquérir les terres que ses ancêtres ont perdues au profit des Humains et exterminer ces derniers. Seul Hellboy semble en mesure de contrecarrer ses projets. Et pour l’occasion, il va se rendre compte que l’histoire de son enfance n’avait rien d’une fable.

A peine le premier Hellboy achevé, Guillermo Del Toro sait déjà dans quelle direction orienter sa suite. Il souhaite montrer les conséquences de la découverte de Hellboy dans le monde actuel et ainsi s’intéresser aux réactions qu’une telle figure rendue publique pourrait susciter chez tout à chacun. Être épris de liberté et rêvant de vivre à l’air libre comme tout le monde, Hellboy supporte mal sa condition de monstre que l’on doit cacher dans les profondeurs de la terre. Ce mal-être était déjà perceptible dans le premier film, se matérialisant par la haine qu’il nourrissait à l’égard de l’agent Myers, ce jeune blanc-bec qui faisait la court à sa promise, l’incendiaire Liz. Et la scène finale de Hellboy de marquer in fine son acceptation de son statut à l’aune de l’amour que lui témoigne Liz. Il ne lui reste alors plus qu’à être accepté des Hommes autrement que comme phénomène de foire.
L’entame de Hellboy 2 poursuit cette quête initiée dans le premier film, nous dépeignant un Hellboy toujours aussi ingérable, qui n’hésite pas à s’offrir quelques petites escapades en ville, photos souvenirs à l’appui. Œuvrant pour la sauvegarde de l’humanité, il éprouve un ardent désir de reconnaissance que le BPRD lui refuse par souci de confidentialité. Dépossédé de la figure paternelle par Raspoutine et ses sbires, Hellboy a perdu du même coup son garde-fou, se retrouvant livré à lui-même et à ses pulsions enfantines. Car sous ses allures de colosse qui ignore la peur se cache l’âme d’un petit enfant, celui-là même que nous présente Guillermo Del Toro lors du prologue, le temps d’un flash-back. Finalement, il y a peu de différences entre le Hellboy des années 50 et celui de 2008 si on excepte sa logique évolution physique. Il demeure cet être capricieux et impulsif qui ne réfléchit jamais à la portée de ses actes. Peu lui importe de savoir si Liz et Abe souhaitent que le grand public apprenne leur existence à partir du moment où c’est ce qu’il veut lui. Égoïste en diable comme il sait l’être parfois, Hellboy fait cavalier seul et assure le spectacle pour être enfin placé sous le feu des projecteurs, au grand dam de ses amis et de ses supérieurs. Grand classique du film de super-héros, la question sur la place de celui-ci dans la société et le regard qu’elle porte sur lui se pose ici de manière très brève. Durant la genèse du film, Guillermo Del Toro a choisi de changer son fusil d’épaule et de ne plus axer l’intégralité de son récit sur ce point. Hellboy n’est pas un super-héros au même titre qu’un Batman, un Superman ou un Spiderman. Jouer les héros au grand cœur n’est pas son genre. Il s’agit pour lui d’un travail qu’il se doit d’effectuer parce qu’il n’a pas eu le choix. De lui-même, il n’irait pas sauver la veuve et l’orphelin, préférant écluser quelques bières, s’occuper de ses chats et rêvasser dans les bras de Liz, sa fiancée. Bien sûr, une fois qu’il se retrouve au cœur de l’action, il se prend au jeu et se donne sans compter mais il ne s’agit en aucun cas pour lui d’un sacerdoce. Son vœu le plus cher, maintenant qu’il assume sa condition, consiste à vivre comme et au milieu de tout le monde. Certes, en grand enfant qu’il est, que les gens puissent l’admirer pour ses exploits ne le laisse pas indifférent, mais ce qui lui importe par-dessus tout, c’est d’être accepté pour ce qu’il est. Un vœu pieux dans une société qui a encore bien du mal à se débarrasser de toutes formes de préjugés raciaux. Loin de s’appesantir sur ce point, Guillermo Del Toro s’en sert juste à des fins empathiques à l’égard de ses personnages. Hellboy perd de sa superbe et de sa belle assurance, assailli par le doute. De doute, le Prince Nuada en est totalement dépourvu. Il hait la race humaine pour sa façon de tout s’accaparer au détriment des créatures féeriques et il est bien décidé à mettre un terme définitif à son règne. Pour cela, il n’hésite pas à tuer les siens, geste qui le rapproche de cette race qu’il abhorre. Par son comportement et sa soif de pouvoir, il ne vaut pas mieux que ceux qu’il s’acharne à combattre. A travers son combat se lit l’affrontement entre le monde imaginaire et le monde cartésien, le véritable sujet du film. Hellboy se retrouve un pied dans les deux mondes à l’instar de son géniteur cinématographique : Guillermo Del Toro.
Fervent adepte du genre fantastique, Guillermo Del Toro n’a de cesse d’ancrer celui-ci dans une réalité tangible voire, dans ses films les plus intimistes, historique. Si cette volonté apparaît de manière moins évidente dans les deux Hellboy (il nous dépeint ici un univers plus proche de l’heroic-fantasy), elle subsiste néanmoins par petites touches. Cela transparaît dans les rapports orageux et plus que communs entre Hellboy et Liz, cette dernière cherchant à lui cacher sa maternité à un moment où elle n’est plus certaine de pouvoir continuer de vivre avec lui, ou encore dans cette romance impossible entre la Princesse Nuala et Abe. Au-delà de leur aspect « monstrueux », Guillermo Del Toro met en place une correspondance entre ce qu’ils ressentent et ce que nous pouvons ressentir. Hellboy, Liz, Abe ou le Prince Nuada éprouvent les mêmes sentiments que nous : ils s’aiment, se détestent, se jalousent, s’entre-déchirent… Qu’il s’agisse d’êtres humains ou de monstres, Guillermo Del Toro traite ses personnages avec la même déférence et le même sérieux. Il ne triche pas et met autant de lui-même dans ses films plus intimistes que dans ses films à grands spectacles. Et c’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles, même lorsqu’il s’agit d’une suite pas franchement utile comme Hellboy 2 (grosso modo, Hellboy souffre des mêmes tourments d’un film à l’autre sans que l’on constate une notable évolution), on éprouve malgré tout un certain plaisir à être trimballé d’un immeuble abritant une vente aux enchères à un marché aux trolls en passant par des grottes immenses et majestueuses. Et puis voir le héros picoler avec son pote tout en chantant à tue-tête sur un air romantico gnangnan pour guérir un chagrin d’amour confère au film un côté franchement irrésistible.

Convoquant le folklore celte à une imagerie dans la droite lignée de ce qu’il a produit pour Le Labyrinthe de Pan, Guillermo Del Toro crée une passerelle entre le film qui a assis sa légitimité en dehors du cercle très fermé des adorateurs du fantastique et son film à venir, la grosse production Bilbo le Hobbit, qui le verra marcher sur les pas de Peter Jackson. Souhaitons-lui de ne pas se perdre dans ce gigantisme et, surtout, de ne pas revivre le cauchemar du tournage de Mimic, même si le résultat était loin d’être déshonorant.

Bénédict Arellano

Textes et images © Association Tortillapolis. Tous droits réservés.