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The Haunting. 1999.
Origine : Etats-Unis
Genre : Éprouvante
Réalisation : Jan De Bont
Avec : Lili Taylor, Liam Neeson, Catherine Zeta-Jones, Owen Wilson...


Afin de pratiquer des expériences sur la peur, le Docteur Marrow (Liam Neeson) et son assistante engagent quatre volontaires pour les accompagner dans le sinistre manoir de Hill House, conçu au siècle précédent par un certain Hugh Crane. Ne pouvant leur avouer qu'ils cherchent avant tout à les terroriser, ils prétextent d'une étude sur les troubles du sommeil pour les réunir. Parmi eux, Eleanor Vance, dite "Nell" (Lili Taylor), traumatisée par onze années à veiller auprès de sa mère et menacée d'expulsion par sa belle famille.

Quel choix étrange que de confier un film de maison hantée à un réalisateur de films d'action (les deux Speed, Twister), fut-il l'ancien chef opérateur de Paul Verhoeven. Surtout que La Maison du diable, la précédente adaptation de la Maison hantée de Shirley Jackson, n'avait rien du film d'action et que sa réputation faisait d'elle l'indétrônable chef d'œuvre du genre. Ce fut pourtant le choix de Dreamworks, la compagnie de Spielberg, aidée pour l'occasion par le vieux Sam Arkoff, l'ex ponte de la mythique AIP qui travailla là pour la dernière fois au cinéma (ses quelques travaux qui suivirent jusqu'à sa mort en 2001 furent quelques remakes de film AIP, tous tournés pour la télévision...). Bon, admettons. Hantise démarre d'ailleurs de façon assez semblable à celle du film de Robert Wise ou du livre de Shirley Jackson : les problèmes d'ordre psychologiques et familiaux de Nell semblent indiquer qu'elle est appelée à être digérée par une maison pleine d'âmes en peine telle que la sienne. Pourtant, quelques éléments font déjà tiquer : la modernisation des personnages, principalement celui joué par Catherine Zeta-Jones, qui devient une bisexuelle bourgeoise plus pour se donner un style sexy à la mode que par réelle tendance. Elle est la grossière parodie du personnage sophistiqué que fut Claire Bloom et son apport au film se limite vite à un nom vendeur au milieu du casting, sans aucune influence sur Nell. L'autre sujet d'expérimentation du Dr. Marrow, joué par Owen Wilson (autre nom vendeur), subit lui aussi les affres de la commercialisation racoleuse, devenant le bout en train de service dans un milieu qui s'y prête fort mal. Retenons principalement son évocation des Teletubbies lorsqu'il s'agit de mentionner ce qui l'effraie. Marrow est lui aussi victime du syndrome de la facilité, De Bont imaginant cette histoire de fausse expérimentation sur l'insomnie pour... pour quoi, d'ailleurs ? A quoi peut bien servir ce changement ici ? Peut-être pour identifier un méchant en corps et en os, mais pourtant Marrow ne tarde pas à venir au secours de Nell (les deux autres cobayes faisant de la figuration, et l'assistante et le quatrième cobaye étant depuis longtemps partis). Hantise regorge de ces vides scénaristiques béants et substitue petit à petit l'identification de Nell aux esprits de la maison à sa course au "sauvetage des enfants", thème spielbergien inventé de toute pièce pour le film. L'histoire de Hill House est ici réinventée, Hugh Crane devenant le maître de cérémonie empêchant le repos des âmes de ses victimes (les enfants de son usine morts dans la maison). Au milieu des gentilles âmes et de la grande méchante, Nell est tiraillée : elle veut libérer les enfants mais Hugh Crane cherche à l'en empêcher pour lui faire suivre le même chemin que ses deux précédentes épouses. Une mythologie en fait vaguement similaire à celle de La Maison des damnés, dans laquelle la médium jouée par Pamela Franklin cherche à libérer l'âme du fils Balasco de la présence de son père. Mais De Bont est décidément trop commercial pour exploiter cette autre noble référence : là où John Hough n'en faisait qu'une piste parmi d'autres (chaque personnage ayant sa propre interprétation du surnaturel), lui est catégorique, évitant ainsi à ses spectateurs d'être en proies aux doutes. Nell passe ainsi les ridicules minutes finales à courir partout en criant "il faut sauver les enfants, il faut sauver les enfants !" pendant que les autres lui courent après. Il n'y a pas une once de mystère dans l'histoire de Hill House : sitôt les personnages assurés que la maison est bien hantée, le fameux mystère s'évapore au profit d'une avalanche de manifestations surnaturelles ne prêtant pas à confusion sur le rôle de Nell, nouvelle maman pour tous ces esprits d'enfants morts. Et à partir de là, le mauvais film devient un calvaire.

Annoncées par des décors grandiloquents et surchargés construits en studio, les manifestations surnaturelles concoctées par De Bont et ses techniciens de KNB font de Hantise l'un des plus mauvais films de maison hantée, asymétriquement à La Maison du diable, l'un des tout meilleurs. Ayant véritablement vidé l'esprit de son public en réduisant le point de départ commun à Wise et Jackson à une simple opposition entre Nell et Crane, De Bont n'a plus qu'à "en mettre plein les mirettes" comme le veut la tradition hollywoodienne, c'est à dire en ne choquant personne. Nous nous retrouvons donc en train d'assister à un déferlement d'effets spéciaux numériques exubérants et bancals, rendant bien entendu impossible le moindre frisson. La maison devient plus que vivante : elle devient hystérique, tant du côté de Crane que des enfants. C'est bien le moins que l'on puisse dire lorsque la moindre statue se met en mouvement, que les bas reliefs de chérubins se mettent à tourner la tête pour exprimer des émotions ou que des faciès spectraux apparaissent un peu partout. Plus ça va, plus ces manifestations deviennent immenses et grotesques, jusqu'à ce que l'on ne comprenne même plus ce à quoi nous sommes en train d'assister. Arrivés à un point où Nell est retenue par les lattes du plancher pour que le plafond puisse la tuer (heureusement que les rideaux lui viennent en aide !), il n'y a plus qu'à fuir, en espérant faire un peu mieux que tous ces personnages gesticulant entre de mauvais effets spéciaux envahissant l'écran. Au milieu de cette avalanche, De Bont singe sans vouloir les comprendre quelques scènes de La Maison du Diable, tels que l'escalier qui s'écroule, la main invisible tenue par Nell ou les coups sur la porte de la chambre. Ce ne sont que de simples mimiques reproduites sans inspiration aucune, le triste réalisateur allant jusqu'à nier les effets de peur de Wise en faisant par exemple sortir Nell de sa chambre pour qu'elle soit effectivement poursuivie par les battements qui tambourinaient à sa porte un peu plus tôt. Il n'y a aucun sens de mise en scène dans Hantise, aucune exploitation du décor ou de la photographie, comme si les surcharges architecturales confinant parfois au n'importe quoi (les pièces "manèges" créées pour les enfants !) suffisaient à faire peur. Il est même impossible de dire que le film soit un "train-fantôme" mêlant frissons et amusement à l'instar des films de William Castle : l'humour apporté par le personnage de Owen Wilson ne relève que de la "punchline" et le réalisateur est par ailleurs bien trop impressionné par ses effets spéciaux pour en faire des gadgets semblables aux squelettes qui sortent du placard (comme dans l'une des scènes de La Nuit de tous les mystères de William Castle).

Le remake de La Maison du diable (ou la seconde adaptation de Shirley Jackson) est un film stupide, laid, auto-satisfait... Pas difficile de comprendre pourquoi Stephen King, un temps rattaché au projet, claqua la porte pour causes de "différents artistiques" avec Steven Spielberg, initialement prévu pour porter lui-même la chose à l'écran. Après le départ de King il laissa sa place à De Bont... Quelques rumeurs (jamais confirmées ni démenties) affirment que l'influent patron de Dreamworks retourna lui-même quelques scènes, mécontent du résultat obtenu par son poulain dont la carrière de réalisateur prit alors sérieusement du plomb dans l'aile. Que ce soit le cas ou non, cela n'a pas changé grand chose.

Loïc Blavier

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