critiques


réalisateurs


acteurs


thèmes


origines



Kentucky Fried Movie. 1977.
Origine : Etats-Unis
Genre : Comédie
Réalisation : John Landis
Avec : Marilyn Joi, Saul Kahan, David Zucker, Marcy Goldman...




Un film difficile à résumer, qui démarre et qui se finit par la version anglaise de "La Carioca", que reprendront les Nuls dans La Citée de la peur, et qui parodie en fait le monde de la télévision, appuyant sur les conneries colossales que l'on nous sert quotidiennement. Une routine télévisuelle sur lequel le scénario va se baser pour construire la parodie. Avec pour fil rouge le présentateur des news, qui, quoi qu'il arrive, après des nouvelles dramatiques ou des trucs sans intérêt, va inlassablement annoncer le film à 11 heures...

Tous les programmes habituels sont ainsi passés au crible avec une irrévérence profonde : puisque la télé -déjà à l'époque- allait toujours plus loin dans la bêtise, les scénaristes (les fameux ZAZ : David et Jerry Zucker ainsi que Jim Abrahams), eux, pour la parodier, vont devoir y mattre le paquet. Ce qu'ils ne se privent pas de faire. Et comme Kentucky Fried Movie ne dure qu'une heure et demie, et que les auteurs se proposent de détourner le plus de programmes possibles, il va sans dire que le rythme est dément. Si ce n'est pour une longue parodie de film, sur laquelle nous reviendrons, le scénario n'est en fait qu'une succession de sketchs portant sur plein de choses différentes, telles que par exemple la publicité et le publi-reportage. On retiendra notamment le culte et profondément irrévérencieux "être mort n'est pas une barrière sociale", mettant en scène une famille continuant à élever leur gamin mort...
L'actualité est également parodiée, avec notamment des retranscriptions de procès. Procès incensés avec un avocat qui s'amuse à faire le con avec une bite sur la tête... Et il y a aussi les débats politiques... Et sans aucune retenue, les ZAZ font enfin abandonner aux politiciens leur immuable langue de bois. Cynique mais drôle.
Notons aussi aussi les fausses bandes-annonces, présentant des films exagérément bis, comme par exemple Cleopatra Schwartz, une sorte de James Bond au féminin issue de la blaxploitation et aidée par son mari rabbin... Quand au fameux faux film mentionné plus haut et sur lequel se délecte le réalisateur John Landis, il s'agit d'une parodie d'un film d'arts martiaux, parodie nommée "A Fistful of Yen" ("Pour une poignée de Yen", titre faisant écho à Pour une Poignée de Dollars de Leone, lui-même remake du Yojimbo d'Akira Kurosawa ). Complétement absurde, ce court-métrage (puisque c'est ce que c'est, en fait) se complait à mettre en boîte tous les clichés des films bis au rabais, chose que l'on pardonne aisément devant la forte teneur en humour de la chose.



Bref tout ça croule sur le cynisme. Un cynisme du meilleur effet : joyeux et desprogien, totalement irrévérencieux et mettant en évidence la ligne éditoriale de la télévision : un abrutissement total du public, du racolage gratuit (via le sexe ou la violence), des présentateurs incompétents ou méprisants vis-à-vis de leurs spectateurs... Des spectateurs qui eux-même ne sont pas épargnés par les ZAZ. Car derrière chaque sketch les scénaristes sous-entendent que si les programmes télévisés apparaissent si stupides et calibrés , c'est que le public se laisse faire et en redemande, entraînant une vraie spirale de la bêtise ! Chose on ne peut plus vraie, et certainement encore plus valable aujourd'hui qu'elle ne l'était à l'époque. D'ailleurs le dernier sketch du film, montrant un présentateur de journal télévisé et ses techniciens en train de s'exciter en voyant un couple de téléspectateurs en train de faire l'amour, va totalement dans ce sens et finit le film sous forme de gros bras d'honneur. La télé emmerde son public, et le public en redemande : la femme du couple ne voulait en effet pas faire l'amour si la télé n'était pas allumée ! Ou quand l'image influence jusqu'à la moindre parcelle de la vie privée des spectateurs abrutis...
Bref un film anarchiste, qui ne respecte rien, tape sur tout le monde à un rythme effréné (trop, peut-être, pour certains). Sa suite, Amazon Women on the Moon (quelque fois appelée Cheeseburger Film Sandwich), pourtant sans les ZAZ, sera du même très haut niveau... Dommage que Landis (à la barre de la séquelle également, en compagnie de quelques comparses) n'en ait pas produit d'autres... La télévision serait-elle allée trop loin dans la bêtise, à tel point qu'il n'est même plus possible de la parodier ? C'est fort possible...



Loïc Blavier

Textes et images © Association Tortillapolis. Tous droits réservés.