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Hamburger Hill. 1987.
Origine : Etats-Unis
Genre : Guerre
Réalisation : John Irvin
Avec : Dylan McDermott, Steven Weber, Courtney B.Vance, Don Cheadle...




Mai 1969. La 101e division aéromobile est chargée d’attaquer la colline 937 située dans la vallée d’Ashau. Les combats dureront dix jours pour un résultat à l’intérêt stratégique peu évident.

La guerre du Vietnam demeure encore aujourd’hui comme la plus profonde blessure infligée à la nation américaine. A ce jour, il s’agit de l’unique défaite de l’armée américaine et celle-ci, par les nombreux troubles qu’elle a suscités sur le sol américain, marque toujours autant l’opinion publique. A partir de la deuxième moitié des années 70, Hollywood s’est lancée dans la production de nombreux films qui évoquent le conflit, aussi bien directement qu’indirectement. Même des films d’action comme L’Arme fatale s’ancrent dans le souvenir de cette défaite. Durant une bonne quinzaine d’années, la guerre du Vietnam a véritablement hanté le cinéma américain. Elle a donné lieu à bon nombre de films désireux de coller au plus près de la réalité en ne cachant rien des horreurs qu’elle a engendrées, et en amoindrissant l’imagerie triomphante qu’un film propagandiste comme Les Bérets verts avait pu véhiculer en son temps. A l’opposé d’un Apocalypse now ou d’un Full Metal Jacket, sorti la même année, deux visions de cinéaste sur la guerre, Hamburger hill se place davantage dans la mouvance de Platoon par son aspect testimonial. A l’instar de Oliver Stone, John Irvin a lui aussi vécu la guerre du Vietnam de l’intérieur. Pas en tant que soldat -il est anglais- mais en tant que documentariste. Cela confère à son film un style plus cru et dénué d’emphase.



L’année 1969 marque un tournant de la guerre du Vietnam avec l’ouverture de négociations pour la paix à Paris. Aux Etats-Unis, le mouvement pacifiste fait de plus en plus entendre sa voix. Il ne fustige plus seulement les politiques mais les soldats eux-mêmes, pourtant victimes, pour la plupart, des choix va t-en guerre de leurs dirigeants. Sur le terrain, cette animosité grandissante à l’encontre des soldats obsède tout un chacun. On les envoie loin de chez eux participer à une guerre dont ils saisissent mal la finalité et, qui plus est, férocement critiquée par la vox populi. Perdus dans un milieu hostile, ce contexte houleux contribue à les isoler davantage. Dès les premiers plans du film -un long travelling latéral le long du mémorial des soldats morts au combat- le propos de John Irvin brille par sa clarté. Dans Hamburger hill, il sera question du rude quotidien de soldats qui cherchent avant tout à survivre plutôt qu’à tuer, à l’aune d’une opinion plus que défavorable à leur sujet. John Irvin ne cherche jamais à glorifier ses soldats, ni à tricher avec la réalité. Il les décrit tels qu’il les a vu : inconscients, apeurés, désabusés, fragiles et courageux. La peur est leur compagne et la mort leur quotidien. Une peur encore plus grande chez les anciens, car eux savent de quoi il retourne alors que les bleus viennent là imprégnés d’un discours rassurant qui voudrait faire croire que la victoire est proche. Ces Bleus constituent le nerf de la guerre puisque sans leur concours, les combats s’arrêteraient. Un parti pris réaliste qui se retrouve tout au long de la seconde partie, celle qui se concentre sur la conquête de la fameuse colline. Tel le documentariste qu’il fut, il filme au plus près de ses comédiens, ne les lâchant pas d’un pouce à l’exception de quelques plans épars qui visualisent l’ennemi au sommet de la colline. Sa caméra arpente le champ de bataille en de longs travellings latéraux qui nous montrent toute l’étendue de l’horreur d’un champ de bataille, dont le point d’orgue est cet assaut donné sous une pluie torrentielle. Lors de cette scène, le désarroi des soldats est palpable. Sous le feu nourri ennemi, leurs supérieurs les exhortent à continuer de grimper alors même que la boue qui s’accumule sous leurs chaussures rend leur ascension encore plus pénible. Chaque pas demande un effort colossal, et cette avancée peut se solder à tout instant par une glissade le long d’une colline qui n’est plus qu’un mélange de boue, de chair et de sang, réduisant ainsi leurs efforts à néant. L’issue de la guerre se retrouve tout entière dans cette séquence. Les américains s’embourbent dans une guerre qui leur échappe de plus en plus, à tel point qu’il n’est pas rare que, dans le chaos ambiant, des GI’s meurent sous le feu de leur propre camp. Loin de les sortir d’affaire, chaque pouce de terrain gagné accroît l’envie des nord-vietnamiens de les bouter hors de chez eux, et celle des pacifistes de voir leurs dirigeants retirer leurs troupes d’un pays où ils n’ont rien à y faire. Aucun exploit retentissants lors de ces assauts, juste des hommes qui combattent pour leur survie et pour celle de leurs camarades. Pour accroître le réalisme des combats, John Irvin n’use d’aucune musique de fond pour mieux nous immerger dans ce fracas de cris de douleur, de coups de feu et d’explosion. Il se tient à cette ligne de conduite jusqu’à l’ultime assaut où, de façon inexplicable (obligation contractuelle ?), la musique de Philip Glass retentit soudain. Le film se transforme alors en opéra de l’horreur, ce qui jure avec la sobriété qui précédait. Une faute de goût assez incompréhensible.
Un point revient souvent lorsqu’un nouveau film traitant de la guerre du Vietnam apparaît sur les écrans : la (quasi) absence du point de vue vietnamien. Il ne s’agit pas tant de montrer le conflit du côté des adversaires nord vietnamiens que de prendre en considération la population locale, prise entre deux feux, et, surtout, la participation active des troupes sud vietnamiennes, trop souvent absentes des combats proposées par le grand écran. L’ennemi nord vietnamien est le plus souvent relégué au rang de silhouette furtive dont la propension à jaillir de toutes parts lorsqu’on s’y attend le moins illustre le danger permanent qu’il faisait peser sur les soldats américains et sud vietnamiens. Cet aspect des films portant sur la guerre du Vietnam n’est pas le plus gênant dans la mesure où il apparaît difficile de traiter les deux camps sur un pied d’égalité. De plus, les cinéastes se placent toujours dans l’optique des GI’s, et il est donc logique que la guerre soit vue de leur strict point de vue. Par contre, il est dommage que toute la population soit cantonnée à l’arrière plan, sans que l’on se soucie du véritable impact de la guerre sur elle. Hamburger hill marque, dans sa première partie, une timide tentative de remédier à ce manquement. Les soldats de la 101e ne sont pas parqués dans un camp à l’écart des autochtones mais vivent directement en contact avec eux, leur base jouxtant un village vietnamien. Une proximité dangereuse pour la population vietnamienne qui devient alors la victime collatérale des affrontements entre les belligérants. Il est regrettable que John Irvin ne s’attarde pas davantage sur cet aspect là. Toutefois, il parvient à apporter un regard nouveau sur l’habituelle visite des GI’s dans les maisons closes en ne limitant pas les prostituées à leur strict rôle de « repos du guerrier ». Avant d’être des prostituées, elles sont vietnamiennes et, à ce titre, elles ont une opinion à propos du conflit qu’elles n’hésitent pas à partager avec leurs clients qui, avant toute chose, incarnent l’envahisseur.



John Irvin qui, en tant que documentariste, a côtoyé bon nombre de soldats, a partagé leur quotidien et en a vu mourir plus qu’il n’est possible d’en supporter, souhaitait rendre hommage à ces hommes que leur propre pays a conspué et fini par rejeter en bloc. Il ne cherche pas à réécrire l’histoire et clôt son film sur un sentiment d’inutile qui caractérise parfaitement ce qu’a été cette guerre. Il veut juste que la mémoire de ces hommes soit réhabilitée car, si il est vrai que certains ont commis des actes atroces d’inhumanité, il ne faut pas oublier que la majorité d’entre eux ne souhaitait pas être là, et que leurs actes étaient plus motivés par un fort sentiment de survie que par un élan patriotique. Etre chair à canon n’est pas une vocation. Hamburger hill le démontre avec sincérité en mettant en lumière l’un de ces nombreux vains combats qui ont émaillé la guerre du Vietnam.

Bénédict Arellano

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